2 juin 2002 - Bridgetown, Barbados
Monsieur le Premier Ministre, j'éprouve un grand plaisir à me retrouver de nouveau à la Barbade à l'occasion de la tenue de cette Session dans ce pays où les idéaux démocratiques et la règle parlementaire ont fleuri pendant trois siècles. Nous n'aurions pu choisir un meilleur lieu pour nous réunir à cette époque critique de notre histoire que dans ce pays prospère, ce Centre international des affaires. Nous nous sentons revigorés dans cette société diverse et égalitaire, avec sa culture unique et dans laquelle règne la primauté du droit.
Je m'exprime au nom des peuples d'Amérique quand j'affirme que nous avons un grand respect pour votre leadership. Vous êtes un chef d'État brillant et visionnaire. Nous admirons la rigueur de votre pensée, votre connaissance des questions d'intérêt public, votre perspicacité, votre formation exceptionnelle et l'attention que vous portez à la complexité des questions interaméricaines.
Je saisis aussi l'occasion pour vous remercier, Monsieur le Ministre Miller, ainsi que votre personnel et la population de la Barbade pour votre chaleureuse hospitalité. Je suis heureux que l'Assemblée générale se tienne dans la Caraïbe, puisque nous examinons des questions qui revêtent une grande importance pour les nations du Continent américain, notamment pour les petits États insulaires.
L'année dernière, la démocratie a été l'objet de sévères assauts. Le 11 septembre, alors que nous approuvions la Charte démocratique à Lima, nos idéaux et nos modes de vie ont été attaqués en un acte de terrorisme d'une sauvagerie sans précédent qui a causé la mort de citoyens de 30 des États membres. Ces attaques ont posé le plus grand défi à notre civilisation, à nos valeurs, aux droits de la personne et aux libertés civiles, ainsi qu'aux principes de tolérance et de pluralisme qui nous unissent. D'une seule voix, nos nations ont exprimé aux États-Unis, notre nation sœur, nos peines, notre indignation et notre douleur devant la perte de milliers d'innocentes vies et nous avons prié ensemble pour les victimes et leurs familles. Le Secrétaire d'État Powell a partagé avec nous quelques-uns de ces tristes moments.
Ces crimes odieux constituent également la menace la plus grave pour notre sécurité collective. Nos États membres avaient besoin de répondre à ces défis en agissant résolument, aux termes d'une coopération solide et d'une ferme détermination. Ceux qui sont parties au Traité de Rio ont réaffirmé le principe de la solidarité continentale et tous les pays de l'OEA , dans une déclaration historique, ont souligné que les attaques contre les États-Unis constituent des attaques contre tous les États américains. Ils ont aussi ajouté que nos États s'entraideraient dans cette lutte et qu'ils assureraient leur défense collective.
Deux conférences spécialisées de l'OEA ont créé le Comité interaméricain contre le terrorisme (CICTE). Après le 11 septembre, le CICTE a été renforcé pour se focaliser sur la formulation de politiques et la planification, contribuer au démantèlement des réseaux financiers utilisés par les terroristes, détruire leur appui logistique, éliminer leurs sanctuaires, recueillir et analyser les renseignements et enfin prendre des mesures pour résoudre le problème de faux papiers.
Des efforts substantiels sont également en cours en vue d'accroître la sécurité de l'espace aérien, et des voies maritimes et terrestres, de renforcer les mécanismes de lutte contre le blanchiment de l'argent, de modifier ou d'adopter une nouvelle législation nationale et de donner une nouvelles impulsion au processus de signature et de ratification de tous les instruments internationaux contre le terrorisme. Un secrétariat réduit a été créé pour fournir un cadre institutionnel à des programmes de formation et de coordination avec d'autres institutions interaméricaines, accords et mécanismes de suivi.
Il a été particulièrement utile de bénéficier du soutien des ministres de la justice qui se sont réunis à Trinité-et-Tobago pour renforcer l'entraide juridique et judiciaire, simplifier les modalités d'extradition des délinquants internationaux et de saisie des revenus provenant des délits au moyen de la confiscation des biens. Suite à une initiative canadienne, un projet pilote procède à la mise en place d'un réseau d'échanges d'information sur ces sujets.
Le projet de convention contre le terrorisme qui est soumis à votre examen réaffirme l'engagement des États membres de l'OEA de coopérer sous l'égide du droit international, offre un cadre juridique solide et complet, met l'accent sur les contrôles frontaliers et financiers et encourage la formation.
Pendant la dernière décennie, le système interaméricain a créé un nombre considérable d'instruments, d'outils et d'initiatives dans le domaine de la sécurité continentale pour gérer ces multiples défis. Le moment est propice d'incorporer ces instruments et concepts en un seul cadre, et c'est ce que vous avez fait en décidant en septembre dernier de convoquer la Conférence continentale sur la sécurité, en vertu des mandats émanés du Sommet de Québec. Les préoccupations des petits États insulaires en matière de sécurité doivent occuper une place importante dans ces travaux. Nous devons chercher par exemple à adopter toutes les recommandations de la Commission interaméricaine concernant l'atténuation et la prévention et des catastrophes; examiner les inquiétudes qu'inspire le transport de déchets nucléaires et veiller à la continuation de notre projet de changement climatique global dans la Caraïbe, financé par la Banque mondiale.
Notre nouvel instrument le plus important, bien qu'il porte sur un autre sujet, est la Charte démocratique interaméricaine adoptée à Lima (Pérou). Avec cette Charte nous protégeons le droit de nos populations de vivre en démocratie; nous incorporons notre vision et nos principes communs, nos besoins, nos aspirations, notre volonté collective et notre engagement à travailler de concert pour défendre nos valeurs de base. La contribution des pays anglophones de la Caraïbe où la démocratie s'est révélée plus durable que dans n'importe quelle autre sous-région du monde en développement, revêt une importance exceptionnelle.
La démocratie représentative ne se limite pas à la tenue d'élections libres et transparentes. Aux termes de la Charte, la démocratie, c'est le respect des droits de la personne et des libertés publiques, la séparation et l'indépendance des pouvoirs publics, la transparence, la responsabilisation, l'honnêteté, la responsabilité, la participation des citoyens, une société civile forte, un système pluraliste de partis, l'accès à l'information, la liberté de la presse et d'expression, un système effectif de contrôle du pouvoir, l'élimination de toutes les formes de discrimination et la primauté de la Constitution et du droit.
La Charte attire l'attention sur une nouvelle génération de droits concernant les peuples autochtones, la diversité ethnique, religieuse et culturelle des Amériques, les enfants, les femmes, les travailleurs migrants et leurs familles et les droits des travailleurs basés sur les conventions de l'OIT.
La Charte démocratique est le fruit de la conviction que nous nous trouvons aujourd'hui à un tournant critique de notre histoire. La mondialisation politique a créé à travers le monde une préoccupation généralisée pour la justice sociale et la défense des principes démocratiques et des droits de la personne. Les systèmes démocratiques de plusieurs nations de notre Continent affrontent de sérieuses menaces. Nous disposons d'institutions publiques et de systèmes politiques faibles et dans plusieurs nations, l'État n'est pas en mesure de fournir les services essentiels de santé, d'éducation et de sécurité.
La Charte démocratique est plus qu'un instrument pour faire face aux crises et imposer des sanctions. Elle a pour objectif d'aider les démocraties à bénéficier d'un support continental lorsque leurs processus politiques et institutionnels sont en péril ou lorsque l'exercice de leur pouvoir légitime est en danger. La Charte fournit à nos nations les instruments requis pour affronter collectivement les menaces et les défis d'une manière ordonnée, résolue, opportune et consensuelle.
L'année dernière, au Honduras, au Nicaragua, en Colombie et en République dominicaine, nous avons démontré une fois de plus l'efficacité de nos missions d'observation des élections. Suite aux mandats émanés du Québec, l'OEA soutient des initiatives inter-parlementaires et continue d'habiliter les autorités locales à recourir aux grandes lignes tracées à la réunion de La Paz. Nous avons établi des partenariats avec les pays de la Caraïbe, le PNUD et l'Université des Antilles en relation avec une initiative supportant la réforme constitutionnelle dans la région.
En ce qui concerne la toute importante question des droits de l'homme, notre système interaméricain des droits de l'homme est plus actif aujourd'hui que jamais. Sans doute, il existe aujourd'hui un plus fort consensus parmi les États membres, de meilleurs règlements et normes de recevabilité, assortis d'une participation élargie de la société civile. Le rôle du rapporteur est utilisé de manière plus complète et plus performante, notamment en relation avec la liberté d'expression. J'estime que notre système des droits de l'homme est prêt maintenant à aller de l'avant qualitativement; mais pour que cela devienne une réalité, il faut plus de ressources. La question de l'universalisation doit être résolue, l'accès des citoyens au système doit être élargit et il faut déterminer si les organes des droits de l'homme peuvent accomplir leur tâche sur une base plus permanente.
À travers les négociations concernant la Déclaration des droits des peuples autochtones, nous avons réalisés des progrès sensibles au sujet de cette question de grande portée. Nous avons poursuivi nos travaux sur les droits de la femme et la parité hommes-femmes, sur l'équité ainsi que sur l'intégration de la parité hommes-femmes dans tous les programmes et les politiques. La CIM a mis un accent particulier sur la mise en œuvre dans les pays de la Caraïbe, de la Convention de Belém do Pará qui traite de la violence contre la femme. Nous oeuvrons au renforcement des droits et du traitement des personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement. Ce faisant, les organisations de la société civile deviennent de plus en plus des participants directs à nos travaux, aux termes d'une collaboration accrue.
Passant maintenant à un pays de l'OEA qui a beaucoup retenu notre attention, l'Assemblée générale de Costa Rica nous a donné le ferme mandat de travailler avec tous les secteurs de la société haïtienne pour aboutir à un accord destiné à régler les problèmes issus des élections du 21 mai 2001. et lancer un dialogue national portant sur la réconciliation et le renforcement des institutions démocratiques. Nous sommes parvenus à un accord en vue de la création d'un Conseil électoral crédible, neutre et indépendant. Malheureusement, les attaques armées du 28 juillet et du 17 décembre et les actes de violence subséquents ont paralysé les négociations.
En janvier, le Conseil permanent a renouvelé notre mandat et ordonné la mise en place d'une mission ayant pour tâche d'examiner les problèmes à long terme des institutions haïtiennes et ceux de la population d'Haïti, et de créer un climat de sécurité, condition nécessaire à la reprise des négociations. Le Conseil a été chargé d'examiner les questions relatives aux droits de l'homme, à la sécurité, au système judiciaire et à la gouvernance. En même temps, l'OEA et la CARICOM ont mis sur pied une mission indépendante d'enquête composée de trois éminents juristes. Ceux-ci ont eu pour tâche de mener une enquête sur les événements du 17 décembre. Nous avons aussi créé une commission consultative qui fera des recommandations au sujet des réparations à verser aux organisations et individus ayant souffert des dommages comme conséquence directe des actes de violence du 17 décembre. À travers tous ces événements, Les pays qui font partie du Groupe d'amis d'Haïti ont été appelés à servir d'organe consultatif. La Mission a bénéficié de la coopération pleine et entière du Gouvernement du Président Aristide.
Mais nous manquerons de résoudre les problèmes politiques de base d'Haïti si nous sommes incapables de parvenir à un accord concernant la tenue d'élections dans un proche avenir et de rétablir la coopération de la communauté internationale et des institutions financières avec ce pays. Le gouvernement doit intégralement respecter les termes de la résolution de janvier. Toutes les parties, y compris la coalition d'opposition dénommée: Convergence démocratique, doivent démontrer la volonté de régler le différend politique et de reprendre les négociations pour finaliser l'accord. La population d'Haïti a besoin désespérément de cet accord. Je tiens à remercier l'Ambassadeur Einaudi et son personnel pour la tâche difficile accomplie et son dévouement à la réalisation de cet objectif. J'aimerais aussi remercier le Ministre Hunte de Sainte-Lucie pour sa précieuse coopération.
Messieurs les Ministres, Ambassadeurs et amis,
La plus grande épreuve de la Charte a été de faire face à la situation au Venezuela. Dès que les événements tragiques du 11 avril ont été connus du public, les Présidents et Ministres du Groupe de Rio réunis à San José (Costa Rica) ont approuvé une résolution musclée condamnant la violation de l'ordre constitutionnel et les actes déplorables de violence. La résolution demandait aussi à l'OEA de convoquer une séance du Conseil permanent en vertu de l'article 20 de la Charte, en vue d'assurer la normalisation des institutions démocratiques dans ce pays. Le Conseil permanent a demandé au Secrétaire général d'envoyer une mission d'enquête au Venezuela et a convoqué une session extraordinaire de l'Assemblée générale pour adopter les décisions jugées appropriées.
La plupart d'entre vous ont déjà été saisis de mon rapport à l'Assemblée générale. Nous avons rencontré le Président Chavez et un large éventail de représentants des plus importantes institutions du pays. Nous sommes sortis de cette réunion très préoccupés par le degré de polarisation rencontré au Venezuela, facteur qui entrave le dialogue démocratique et la recherche d'accords visant à encourager la compréhension et à contribuer à la paix.
J'ai dit à l'Assemblée que la communauté internationale, notamment l'OEA, devrait encourager l'adoption de mesures propres à désamorcer les conflits les plus sérieux pour reprendre de la crédibilité, parvenir à la stabilité politique et encourager la relance économique. Notre Assemblée a exprimé sa satisfaction pour le rétablissement de l'ordre démocratique au Venezuela, a confirmé la détermination des États membres à continuer à appliquer la Charte démocratique et a accueilli la décision du Gouvernement d'accepter une visite de la Commission interaméricaine des droits de l'homme sur le terrain. Vous avez à votre disposition le rapport de la Commission. Vous avez également reçu le rapport du Gouvernement du Venezuela comportant une évaluation des événements relatifs à la rupture de l'ordre constitutionnel.
Notre assemblée était également favorable à l'initiative du Gouvernement du Venezuela d'ouvrir un dialogue général et de recommander à tous les secteurs de la société vénézuélienne de participer au plein exercice de la démocratie - et de faire tout leur possible pour contribuer à son rétablissement - et à la réconciliation nationale. Ce dialogue est déjà engagé et apporte soulagement et espoir à des millions de citoyens vénézuéliens. Les travaux de l'Assemblée nationale sont fondés sur un catalogue des questions les plus critiques, y compris une enquête sur la violence et les décès qui sera entreprise par une Commission de la vérité composée de représentants de la société civile, dont le mandat sera établi par une loi spéciale non encore approuvée.
Nous sommes tous conscients que le Venezuela, à ce stade très critique, a besoin de la solidarité et de la coopération des tous les peuples et gouvernements du Continent. L'OEA est prête à faire tout ce que le Gouvernement vénézuélien attend d'elle pour renforcer ses institutions démocratiques.
Pour passer à une autre question, un groupe de divers pays de toute la région a souligné devant le Conseil permanent que le Continent américain accuse les inégalités de revenu les plus fortes du monde (c'est-à-dire l'écart entre riches et pauvres). L'OEA souhaite vivement renforcer son rôle dans la lutte contre la pauvreté. Nous avons des moyens très limités mais dans l'esprit de la réunion de Monterrey, nous pouvons jouer un rôle d'appui à la coopération horizontale afin de renforcer le dialogue entre les acteurs sociaux et d'aider à créer de meilleures possibilités de formation et d'accentuer notre rôle dans le domaine du développement humain.
À notre traditionnel programme de bourses, nous avons ajouté les nouvelles offres de notre Agence, fondées sur des partenariats avec le secteur public et les technologies modernes. Les activités du Portal éducatif des Amériques permettront d'offrir les cours et la formation d'enseignants en ligne. Nous utiliserons ce portal pour renforcer l'éducation à distance à l'Université des Indes occidentales et nous continuerons de travailler dans le même domaine avec le projet EDSAT.
Le processus du Sommet fait du commerce une priorité du programme interaméricain. Au cours de l'année écoulée, avec l'appui technique de l'OEA, la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) a fait des progrès. Nous poursuivons notre action en ce qui concerne le renforcement des capacités commerciales et l'assistance technique - domaine particulièrement important pour beaucoup de pays, y compris ceux des Caraïbes. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le Mécanisme de négociation régional dans ce domaine, et à travers le Groupe sur les petites économies. Notre effort dans son ensemble s'appuie sur la création du Réseau de recherche sur le commerce des Amériques, conçu pour renforcer la transparence et relier entre eux les milieux universitaires.
Nous sommes tous conscients que d'ici à 2005, nous aurons, parallèlement aux négociations techniques les plus complexes, un débat politique sur les répercussions plus larges de la Zone de libre échange des Amériques. Le débat ne se limitera pas au commerce. Il traitera des préoccupations concernant la mondialisation qui inspirent tant d'amertume dans notre région. Il nous faudra également trouver de nouveaux moyens d'articuler à travers le système interaméricain certaines questions qui ne peuvent s'accommoder facilement d'un Accord de libre échange. À la différence de l'OMC, le Système interaméricain peut aider ses États membres à faire face à nombre de problèmes qui ne sont pas directement liés au commerce et qui pourraient dresser des obstacles à la ZLEA. L'approbation donnée par la Trade Promotion authority aux États-Unis est un élément positif pour ce processus. Nous espérons qu'elle aidera aussi à calmer certaines appréhensions concernant les décisions récentes en matière de tarifs douaniers et de subventions.
L'an dernier à Québec, avec l'OEA dans le rôle de secrétariat technique, la Conférence interaméricaine des Ministres du travail a poursuivi l'application du Plan d'action de Viña del Mar, qui traite des dimensions sociale et humaine de la mondialisation et des aspects sociaux de l'intégration économique, de la dynamique des réglementations du travail, de l'assistance chômage, de la formation et des "filets de sécurité".
En ce qui concerne la lutte contre la corruption, l'OEA a mis en place le mécanisme de suivi de la mise en œuvre de la Convention interaméricaine contre la corruption. Les experts ont commencé à analyser les politiques des pays, et se sont mis d'accord sur des règles propres à assurer que le travail est transparent, rigoureux, indépendant et objectif, et ouvert à la société civile. La Fondation pour les Amériques apporte un important appui du secteur privé à la lutte contre la corruption.
Le secteur du tourisme des Caraïbes a été des plus durement touché par les événements du 11 septembre, précipitant le déclin amorcé durant le premier semestre de 2001. L'OEA travaille à un programme qui est encore à la recherche de financement, pour aider au redressement du secteur du tourisme par une action dans les domaines de l'éducation et des relations publiques, de la commercialisation, de la planification et de l'élaboration de produits, ainsi que du renforcement institutionnel et des transferts de technologie. L'appui de l'USAID a permis d'ouvrir des centres d'information touristique à la Dominique, à la Grenade, à la Barbade, à Saint-Kitts-et-Nevis et à Sainte-Lucie.
Le Mécanisme multilatéral d'évaluation, dans son premier cycle de travaux, a réussi à faire avancer les programmes nationaux jusqu'à un point où presque tous les États membres ont formulé leurs plans directeurs nationaux de lutte contre la drogue et coopèrent plus étroitement que nous n'aurions jamais osé l'espérer. Ce travail est d'une importance critique, et arrive à point nommé pour certains de nos États membres. Je ne saurais trop recommander notre engagement individuel et collectif sans faille, fondé sur le principe de la responsabilité partagée, à ce produit technique et normatif qui a beaucoup contribué pour modifier le terrain sur lequel nous devons combattre ce fléau.
En Colombie, par exemple, nous assistons aux manifestations les plus sinistres du problème de la drogue avec les liens qui se sont établis entre les terroristes et les trafiquants de drogue. Il s'agit d'un phénomène de destruction qui se renforce de lui-même. La Colombie a besoin de la solidarité de la région pour faire face à cette vague d'actes de terrorisme et pour instaurer une paix fondée sur la légalité et le respect des droits de l'homme. La Colombie a besoin que l'usage de la force soit le monopole des organes compétents de l'État et des institutions publiques. Elle a encore besoin de solutions politiques, mais il lui faut aussi renforcer d'urgence ses forces armées, sa police, sa justice et ses investissements dans des programmes sociaux. Le Président élu Uribe jouit d'un énorme soutien auprès de la population colombienne, et il importe qu'il reçoive le même soutien des autres pays du Continent.
En ce qui concerne la situation financière difficile de l'Argentine, je suis certain que j'exprime les sentiments de solidarité que nous ressentons tous à l'égard du Gouvernement du Président Duhalde et du peuple argentin. Au nom de toutes nos nations, nous demandons que les forces politiques et les pouvoirs publics coopèrent avec le Gouvernement à cette tâche difficile, à ces efforts extraordinaires pour parvenir à un accord avec le FMI. Cela est important certes pour le peuple argentin, mais aussi pour tous les pays de notre continent.
Il est certainement important qu'un tel accord soit cohérent et viable. Mais il est tout aussi important que nous insistions auprès de ces institutions financières internationales et de leurs Conseils sur le fait qu'il importe de trouver une solution satisfaisante à la crise argentine. Je suis vivement préoccupé par ceux qui remettent en cause le statut de partenaire stratégique qui est celui de l'Argentine. C'est là une insulte pour tous les peuples de ce Continent. D'autres disent avec certitude que cette fois, il n'y aura pas "d'effet de contagion" sur les autres pays. C'est une erreur. Il n'y a peut-être pas encore d'effet de contagion immédiat pour la stabilité économique des pays voisins, mais une solution mal conçue et désordonnée de la crise argentine pourrait nuire sensiblement aux efforts considérables entrepris pour intégrer nos pays à l'économie mondiale.
Il importe que l'OEA continue de jouer un important rôle de médiateur dans les conflits régionaux en puissance. Elle a aidé à calmer les tensions entre le Honduras et le Nicaragua concernant leur différend maritime dans la mer des Caraïbes. L'OEA a également travaillé avec les Gouvernements du Belize et du Guatemala à la recherche d'une solution à leurs litiges frontaliers. Nous remercions les pays membres comme les pays observateurs de leur appui constant au Fonds pour la paix.
Nous remercions également les pays membres et observateurs de leur soutien à notre programme de déminage. Les opérations sont en voie d'achèvement au Honduras et au Costa Rica, mais nous avons encore besoin de ressources pour le Nicaragua. Nous avons également un tel programme en Équateur et au Pérou. Nous sommes résolument attachés à faire de l'Hémisphère occidental une zone exempte de mines terrestres.
Cela m'amène à mon dernier sujet. Au cours de l'année écoulée, nous avons réduit nos arriérés de paiement au Fonds ordinaire, ce qui nous a permis d'honorer nos obligations budgétaires et de placer des fonds en réserve. Mais nous comptons sur les pays membres pour qu'ils apportent une solution durable aux déficits de financement chroniques de l'OEA. Nous partageons tout à fait le point de vue de notre Commission des questions administratives et budgétaires sur la nécessité de faire preuve d'une extrême prudence dans l'utilisation de nos réserves et de notre liquidité, et nous pensons que ses actions permettront d'éviter une crise financière ouverte dans un proche avenir. Si nous maintenons gelé notre budget en valeur nominale dans les années à venir, nombre de nos responsabilités concernant l'aide que nous apportons aux réunions ministérielles seront gravement compromises; le renforcement de notre appui au Système de défense des droits de l'homme risque d'être de plus en plus chimérique; et nos actions en faveur du renforcement des institutions démocratiques peuvent se révéler de plus en plus hors de notre portée; pour ne citer que quelques uns de nos objectifs.
Demain, pour la première fois, dans le cadre des activités ordinaires de notre Assemblée, vous aurez l'occasion d'entendre le rapport du Groupe d'examen de la mise en œuvre des Sommets. Ce rapport marque un pas important dans l'incorporation du processus des Sommets des Amériques au Système interaméricain, avec l'OEA comme institution de coordination du groupe composé de l'OEA, de la BID, de l'OPS, de la CEPALC et de l'IICA et auquel participent la Banque mondiale et diverses institutions financières sous-régionales telles que la CAF, la Central American Bank et la Caribbean Bank. Ce rapport traite de la création d'un Secrétariat du processus des Sommets; de l'amélioration de l'appui aux Réunions ministérielles; de l'expansion des activités liées à la sécurité; et de l'amélioration de la coordination des activités de coopération technique. L'Assemblée générale a également été saisie d'un projet de résolution proposant de nouveaux mécanismes de recrutement en remplacement des recrutements aux fins de carrière qui sont le fruit d'un long processus d'étude et de collaboration avec nos missions et l'Association du personnel.
Au cours de l'année écoulée, nous avons constaté à quel point nos objectifs de démocratie, de croissance et de prospérité sont interdépendants, et nous avons découvert l'ampleur des défis qui nous attendent. Nous aurons besoin d'un nouvel ensemble de lois interaméricaines, de nombreux accords et de travail collectif. La nécessité d'un Système interaméricain plus fort, mieux financé et mieux pourvu en personnel est plus pressante que jamais. Nous pouvons faire davantage. Nous sommes prêts à faire davantage. Nous accomplirons notre tâche avec détermination, afin d'apporter la paix, la prospérité, l'équité et la justice à l'ensemble de nos populations.