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OEA/Ser.G
CP/INF.
4702/02
1 juillet
2002
Original: anglais
RAPPORT DE LA COMMISSION
D’ENQUÊTE
SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 17
DÉCEMBRE 2001 EN HAITI


Bureau du Secrétaire général
Le 1er juillet 2002
Monsieur le Président,
J’ai
l’honneur de faire parvenir à Votre Excellence le Rapport de la Commission
d’enquête sur les événements du 17 décembre 2001 en Haïti, et de lui demander
de bien vouloir communiquer ce document aux membres du Conseil permanent.
Je voudrais également vous informer
que le 26 juin 2002, j’ai remis au Gouvernement haïtien, par l’intermédiaire de
l’Ambassadeur Raymond Valcin, Représentant permanent d’Haïti près l’OEA, les versions française
et anglaise de ce rapport.
Je voudrais en outre vous faire
rapport sur la tâche accomplie par la Commission consultative sur les
réparations appelée à examiner l’indemnisation des personnes qui ont souffert
des dommages en relation directe avec les actes de violence du 17 décembre 2001
en Haïti (CP/RES. 806, du 16 janvier 2002).
D’après le mandat confié à la Commission
consultative, celle-ci devait “présenter un rapport à la Commission
ministérielle créée en vue d’indemniser les victimes directs de la violence qui
a commencé le 17 décembre 2001 et qui a continué pendant plusieurs jours”. Le
14 juin 2002, la Commission consultative a fait parvenir à la Commission
ministérielle un rapport dans lequel il a décrit la nature des dommages causés,
et les critères généraux appelés à régir les indemnisations y afférentes. Dans ce rapport, la Commission consultative
a réaffirmé l’obligation du Gouvernement d’indemniser ceux qui ont été
directement victimes, et a soumis plusieurs recommandations générales portant
sur les modalités de l’octroi des indemnisations. Il faudrait dans ce cadre prendre en compte tant l’obligation
d’indemniser les victimes que la nature exceptionnelle des pertes que celles-ci
ont souffertes. La Commission
consultative a terminé son rapport en exprimant l’espoir qu’une indemnisation
équitable serait accordée aux victimes dans les meilleurs délais possibles.
Son Excellence
L’Ambassadeur Roger Noriega,
Représentant permanent des États-Unis
près l’Organisation des États
Américains
Président du Conseil permanent
Washington, D.C.
Le 14 juin, la Commission
consultative a également présenté une analyse des affaires qui lui avaient été
remises jusqu’à cette date, et a pu déterminer, en examinant chaque cas, si la
partie en cause était une victime directe, ce qui entraînerait par conséquent
son indemnisation. Jusqu’à présent, la
Commission consultative a émis un avis sur 35 affaires déposées devant elle
avant le 14 juin, et sur 13 autres affaires déposées par
la suite. Le Gouvernement haïtien a
fixé au 25 juin le délai de présentation des demandes de réparation.
En
soumettant les Rapports de la Commission d’enquête, et de la Commission
consultative à la Commission ministérielle, l’établissement, depuis mars, de la
Mission spéciale de l’OEA sur le renforcement de la démocratie en Haïti, et la
visite sur les lieux effectuée du 28 au 31 mai 2002 de
la Commission interaméricaine des droits de l’homme, l’OEA a donné les suites
appropriées au mandat émis dans la résolution CP/RES.
806.
Le
Secrétaire général adjoint, l’Ambassadeur Luigi
Einaudi et moi-même serons disposés à discuter de ces questions avec les
membres du Conseil permanent.
Je
saisis cette occasion pour vous renouveler, Monsieur le Président, les
assurances de ma plus haute considération.
César
Gaviria
Secrétaire général


Le 20 juin 2002
Monsieur le Secrétaire général,
J’ai l’honneur de m’adresser à Votre
Excellence pour lui faire parvenir le Rapport de la Commission d’enquête
chargée d’examiner les actes de violence qui se sont produits en Haïti le
17 décembre 2001. Elle voudra bien
trouver dans ce rapport l’établissement des faits, ainsi que nos
recommandations.
(s) Roberto Flores Bermudez
(s) Alonso Gomez-Robledo
(s) Nicholas Liverpool
Son Excellence
M. César Gaviria
Secrétaire général de l’Organisation
des États Américains
Washington, D.C. 20006


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Le 20 juin 2002
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de m’adresser à Votre
Excellence pour lui faire parvenir le Rapport de la Commission d’enquête
chargée d’examiner les actes de violence qui se sont produits en Haïti le 17 décembre
2001. Elle voudra bien trouver dans ce
rapport l’établissement des faits, ainsi que nos recommandations.
(s) Roberto Flores Bermudez
(s) Alonso Gomez-Robledo
(s) Nicholas Liverpool
Son Excellence
Monsieur Jean-Bertrand Aristide
Président de la République d’Haïti
Palais national
Port-au-Prince, Haïti
Table des Matières
I. INTRODUCTION...................................................................................................... 1
Antécédents................................................................................................................... 2
Composition de la Commission
d’Enquête...................................................................... 4
Méthodologie utilisée pour
l’établissement du rapport...................................................... 5
II. Les faits......................................................................................................................... 6
A. L’attaque armée contre le Palais
national pendant les premières heures du lundi 17 décembre 2001 6
1.
Antécédents........................................................................................... 6
2.
Les événements du 17 décembre 2001................................................... 7
a.
Les faits..................................................................................... 7
i.
Irruption dans le Palais national....................................... 7
ii.
Occupation du Palais national......................................... 8
iii.
Fuite et poursuite............................................................ 9
b.
Objectifs et responsabilités en relation avec l’attaque
perpétrée contre le Palais national 11
i.
Les objectifs de l’attaque contre le Palais national.......... 11
ii.
Responsabilités pour l’attaque....................................... 12
B.
Mise à sac et incendie des quartiers généraux des partis
politiques de l’Opposition, des résidences privées des dirigeants des partis
composant la Convergence Démocratique,
et des centres culturels et d’enseignement nationaux et étrangers à
Port-au-Prince et dans d’autres villes et localités 13
1.
Antécédents......................................................................................... 13
2.
Quartiers généraux des partis politiques de l’Opposition........................ 14
a.
Port-au-Prince......................................................................... 14
b.
Autres centres urbains et localités.............................................. 16
i.
Gonaïves et environs..................................................... 16
ii.
Petit Goâve et environs................................................. 17
iii.
Cap-Haïtien et environs................................................ 18
iv.
Les Cayes et environs................................................... 19
3.
Résidences privées des dirigeants des partis de la Convergence Démocratique 19
a.
Port-au-Prince......................................................................... 19
b.
Autres villes et localités............................................................. 21
i.
Gonaïves et environs..................................................... 21
ii.
Petit Goâve et environs................................................. 21
iii.
Cap-Haïtien et environs................................................ 22
iv.
Les Cayes et environs................................................... 23
v.
Hinche et environs........................................................ 23
4. Centres culturels et d’enseignement....................................................... 23
C.
Possibilité de liens entre les incidents mentionnés aux
sections A et B ci-dessus et les actes de violence du 28 juillet 2001 survenus
à Port-au-Prince et dans d’autres localités en Haïti 25
1.
Les violents incidents du 28 juillet 2001................................................. 25
a.
Introduction.............................................................................. 25
b.
Port-au-Prince......................................................................... 27
c.
Autres villes et localités............................................................. 29
i.
Mirebalais.................................................................... 29
ii.
Belladère...................................................................... 29
iii.
Hinche......................................................................... 29
d.
Conséquences des attaques...................................................... 30
i.
Port-au-Prince............................................................. 30
ii.
Mirebalais.................................................................... 30
iii.
Belladère...................................................................... 30
iv.
Hinche......................................................................... 31
e. Inefficacité de l’intervention de la
Police.................................... 31
2.
Liens possibles entre les incidents du 28 juillet 2001,
et ceux du 17 décembre 2001 32
D.
Les attaques, les actes d’intimidation et les menaces
visant les membres de la presse et les propriétaires des médias le 17 décembre
2001 et les jours suivants.................... 33
1.
Antécédents......................................................................................... 33
2.
Attaques, actes d’intimidation et menaces visant les
membres de la presse 34
3.
Attaques, actes d’intimidation et menaces contre les
propriétaires des médias 36
III. CONCLUSIONS....................................................................................................... 37
IV. RECOMMANDATIONS......................................................................................... 41
ANNEXES AU
RAPPORT DE LA COMMISSION D’ENQUEÊTE SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001 45
APPENDICE I........................................................................................................................ 47
APPENDICE II....................................................................................................................... 55
APPENDICE III...................................................................................................................... 63
APPENDICE IV..................................................................................................................... 65
APPENDICE V....................................................................................................................... 67
APPENDICE VI..................................................................................................................... 81
APPENDICE VII.................................................................................................................... 85
APPENDICE VIII................................................................................................................... 89
APPENDICE IX..................................................................................................................... 91
APPENDICE X....................................................................................................................... 95
SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 17
DÉCEMBRE 2001 EN HAITI
I. INTRODUCTION
Antécédents
Bien
que le docteur François Duvalier soit parvenu au pouvoir aux termes d’élections
tenues en 1957, il présida un régime autoritaire particulièrement brutal. Avec
l’aide d’une milice privée, toute contestation politique fut systématiquement
et complètement supprimée et les opposants furent emprisonnés ou assassinés.
Après sa mort en 1971, son fils Jean-Claude Duvalier prit les rênes du pays
qu’il dirigea pendant les quinze prochaines années de la même façon que son
père. Pendant cette période, l’Opposition politique continua de grossir,
notamment au sein de l’armée et au début de 1986, suite à une opposition
soutenue de politiciens et des forces armées, Jean-Claude fut forcé de s’enfuir
du pays. Une série de gouvernements militaires se succédèrent avant que le pays
ne fut en mesure d’entamer la transition vers un gouvernement civil.
Une Assemblée
constituante établie pour rédiger un nouveau projet de Constitution s’acquitta
de sa tâche le 10 mars 1987. La nouvelle Constitution fut publiée après avoir
été approuvée par voie de referendum et elle entra en vigueur plus tard dans la même année. La
Constitution établit un système bicaméral consistant en une Chambre de députés
de 83 membres et d’un Sénat de 27 membres. Des élections législatives et
présidentielles sont prévues tous les cinq ans. Le Président qui est le
chef de l’Etat, ne peut se succéder. Il peut bénéficier d’un seul autre mandat
après un intervalle de cinq ans. Il lui est interdit de rechercher un troisième
mandat. La Constitution établit que les élections présidentielles se tiennent
le dernier dimanche du mois de novembre de la cinquième année du mandat du
Président qui assume son poste le 7 février suivant la date des élections. Les
élections présidentielles qui se sont tenues au milieu du mois de décembre 1990
sous la supervision des Nations Unies et de l’Organisation des Etats Américains
(OEA) ont porté à la présidence M. Jean-Bertrand Aristide, leader du Front
national pour le changement et la démocratie. En janvier 1991, un ancien
Ministre de l’Intérieur du régime de Duvalier, Roger Lafontant, monta, sans
succès, un coup d’état. Cependant, en septembre 1991, le chef de l’armée, le
Brigadier Général Raoul Cédras, s’empara du pouvoir aux termes d’un coup d’état
militaire et le Président Aristide partit pour l’exil.
En juin 1992, l’armée
installa un gouvernement civil dirigé par le Premier Ministre M. Marc L. Bazin qui était l’un des candidats à la
présidence vaincu par le Président Aristide aux élections de 1990. Ce
gouvernement sous la férule des militaires demeura au pouvoir jusqu’à ce qu’il
fut permis au Président de rentrer au pays en octobre 1994 pour reprendre son
mandat écourté. Des élections générales furent tenues en décembre 1995 et le candidat
vainqueur fut M. René Préval dont le gouvernement fut constamment en proie à la
violence et à l’instabilité tout au long de son mandat. En janvier 1999, le
Président Préval procéda à la dissolution du Parlement en attendant des
élections parlementaires qui furent à plusieurs reprises renvoyées jusqu’à leur
tenue le 21 mai 2000. Pendant cette période, Haïti demeura sans Parlement. Les
élections présidentielles eurent lieu en novembre de cette année, à la suite
desquelles M. Aristide du Parti Fanmi Lavalas en sortit vainqueur.
Les résultats des
élections législatives, municipales et locales qui se déroulèrent le
21 mai 2000, furent publiquement contestées et depuis, cette question
domine la scène politique. Les résultats furent suspendus suite aux objections
émanant des partis politiques de l’Opposition et de la communauté
internationale. La reprise de ces élections le 9 juillet de cette année
produisit les mêmes résultats. Un boycottage des principaux partis politiques
regroupés sous le nom de «Convergence Démocratique» signifia que la
victoire du Parti Fanmi Lavalas fut encore plus écrasante.
Il se produisit deux
événements très significatifs. Le 28 juillet 2001, plusieurs hommes armés
s’emparèrent de l’Académie de Police et occupèrent un certain nombre de postes
de Police, provoquant des morts, des blessures et des dégâts matériels. Aucune
de ces hommes ne fut appréhendée. A l’aube du 17 décembre 2001, des hommes
armés pénétrèrent dans le Palais présidentiel et l’occupèrent, causant aussi
des morts, des dommages et préjudices au Palais et sur la route sortant de
Port-au-Prince. Un seul des auteurs fut appréhendé.
Le 16 janvier 2002, le
Conseil permanent de l’OEA a adopté la Résolution CP/RES. 806 (1303/02) corr.2
appelant à la réalisation d’une enquête complète et indépendante des événements
du 17 décembre 2001. Les Chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes
(CARICOM), lors de la treizième réunion inter-session, a accepté la
recommandation émanée d’une mission spéciale de la CARICOM qui s’était rendue
en Haïti, et relative à la constitution d’une Commission d’Enquête indépendante
et internationale qui aurait pour tâche de procéder à une évaluation des
événements du 17 décembre 2001.
Aux termes de la
Résolution CP/RES. 806 (1303/02) corr.2, le Gouvernement haïtien doit, au moyen
de l’adoption d’un éventail de mesures décisives, rétablir «un climat de
sécurité propre à créer les conditions nécessaires à la reprise de négociations
patronnées par l'OEA….». Le Secrétaire général et le Secrétaire général
adjoint, par le truchement du Représentant spécial du Secrétaire général à
Port-au-Prince, ont pris l’initiative de cet effort, en collaboration avec la
CARICOM et avec l’appui du Groupe d’amis d’Haïti. La résolution impute «à tous
les partis politiques, avec l'appui de la société civile et d'autres
institutions pertinentes en Haïti» la responsabilité d’aider à créer les
conditions favorables à la tenue des négociations, «en vue d'aboutir à un
accord destiné à résoudre la crise politique».
Dans cette perspective,
les propos d’ouverture du nouveau Premier Ministre et son engagement déclaré
envers les négociations sont encourageants et rassurants. L’arrestation récente
de quelques individus impliqués dans de graves activités criminelles, pour
qu’ils soient traduits en justice, est un acte encore plus louable. Soumettre
des membres d’un parti politique à la primauté du droit est un acte majeur de
courage politique et moral. Des décisions
aussi résolues serviront de facteur de dissuasion des violations des
droits de l’homme, inspireront la confiance dans le Gouvernement et
contribueront énormément à créer un climat de sécurité dans le pays
Le 15 mars 2002, le
Président Aristide a désigné Monsieur Yvon Neptune, ancien Président du Sénat,
au poste de Premier Ministre et un nouveau Conseil des Ministres a été
constitué. Ce Conseil inclut M. Marc L. Bazin en qualité de Ministre sans
portefeuille chargé de faciliter l’établissement de meilleures conditions pour
la tenue des négociations. Le Gouvernement a également indiqué son désir de
forger un compromis.
Sur la base des
consultations tenues avec la CARICOM et le Gouvernement haïtien, le Secrétaire
général de l’OEA décida de constituer une Commission d’enquête composée de trois personnes et dont le mandat était
défini comme suit:
«1. A compter du mois d’avril 2002, les trois
membres de la Commission mèneront une enquête sur les circonstances entourant
les événements suivants:
a.
Une attaque armée
contre le Palais national à Port-au-Prince durant les premières heures de la
journée du lundi 17 décembre 2001.
b.
Le pillage et l’incendie du siège de partis politiques de
l’Opposition, des résidences privées des dirigeants de la Convergence
Démocratique et de centres culturels et universitaires, étrangers ou nationaux
à Port-au-Prince ainsi que dans d’autres villes et localités.
c.
Tout lien possible entre les incidents indiqués aux
alinéas a. et b. ci-dessus et les violents incidents du 28 juillet 2001 à
Port-au-Prince et autre part en Haïti.
d.
Attaques, actes d’intimidation et menaces contre les
membres de la presse et propriétaires des médias le 17 décembre 2001 et les
jours suivants.
2.
L’enquête
sera menée de manière indépendante et séparément de toute procédure judiciaire
en Haïti.
3.
Le 30 juin 2002 ou préalablement à cette date, les trois
membres de la Commission soumettront leur rapport sur l’enquête au Gouvernement
haïtien et au Secrétaire général de l’OEA. Ce rapport contiendra les résultats
de l’enquête et des recommandations adressées au Gouvernement haïtien; il
reflètera aussi leurs discussions et conclusions indépendantes basées sur cette
enquête. »
La Commission est l’un
des trois organes créés par l’OEA pour prêter une assistance au Gouvernement
haïtien dans le cadre des efforts qu’il déploie pour résoudre la crise
politique qui sévit dans le pays. Le Conseil consultatif sur les réparations a
été autorisée à formuler des recommandations au Comité interministériel
constitué par le Gouvernement haïtien en vue d’enregistrer les plaintes de
dommages et d’entamer des poursuites pour obtenir des réparations. Le Comité
est en voie de mettre sur pied une structure générale destinée à déterminer
différentes catégories de circonstances et de dommages en vue de recommander
ensuite des voies et procédures expéditives pour évaluer chaque catégorie en
fonction de ses mérites. La structure sera complétée bientôt. Toute la
documentation fournie à notre Commission sur les dégâts matériels et physiques
a été acheminée au Bureau du Représentant de l’OEA à Port-au-Prince, de sorte
que l’information puisse être transmise à l’organe pertinent chargé des
réparations. À la réception des documents, la Commission a souligné que les
parties concernées devraient s’adresser directement aux organes spécifiquement
chargés de traiter du dossier des réparations.
L’OEA a également
constitué une Mission spéciale chargée de renforcer la démocratie en Haïti.
Cette Mission a déjà entamé ses travaux et sera idéalement placée pour aider le
Gouvernement haïtien à mettre en œuvre quelques-unes des recommandations
formulées dans ce Rapport.
La Commission est composée de trois juristes:
Roberto Flores Bermúdez, ancien Ministre des affaires étrangères du Honduras;
Alonso Gómez Robledo, professeur de droit international à Mexico et Nicholas
Liverpool, ancien juge à la Cour d’appel dans les tribunaux des Bahamas, de
Belize, de la Grenade et de l’Organisation des États des Caraïbes orientales.
Le Dr. Bertha Santoscoy, en détachement de la Commission interaméricaine des
droits de l’homme, (CIDH), a exercé la fonction de Secrétaire Exécutive de la
Commission.
Suite à des réunions tenues au siège de l’OEA
à Washington D.C. le 5 avril, les membres de la Commission se sont rendus en
Haïti le 8 avril pour entamer leurs travaux. Trois visites ont été effectuées
en Haïti du 8 au 23 avril; du 13 au 23 mai et du 11 au 17 juin. Pendant cette
période, les membres de la Commission ont tenu des audiences à Port-au-Prince
et dans les provinces, spécifiquement à Gonaïves, à Petit-Goâve, au Cap-Haïtien
et aux Cayes.
La Commission s’est réunie avec le Président
Jean Bertrand Aristide, le Premier Ministre Yvon Neptune ainsi que d’autres
Ministres du Gouvernement. Elle a aussi rencontré le Groupe d’amis d’Haïti qui
est composé surtout des Ambassadeurs Représentants des principaux pays
donateurs, le Nonce apostolique et d’autres représentants de haut rang de
l’Église catholique, les Ambassadeurs de France et des États-Unis d’Amérique,
le Représentant résident du Programme de développement des Nations Unies et
l’Ambassadeur de l’OEA en Haïti, M. Sergio Romero.
La Commission a reçu des témoignages de
plusieurs groupes et individus. Ci-joint une liste complète à l’Annexe I.
Plusieurs documents et films ont été présentés à la Commission pour étayer les
témoignages fournis. Une liste de ces documents est reproduite à l’Annexe II.
La Commission a visité diverses maisons et institutions qui avaient été
détruites. La liste pertinente figure à l’Annexe VII. Tout au long de son
rapport, la Commission fait état d’actes qui ont été commis en violation des
dispositions de la Constitution d’Haïti et de la Charte démocratique. Les
dispositions pertinentes sont reproduites aux Annexes V et VIII*.
La Commission a bénéficié de l’appui du
Président, du Gouvernement, des fonctionnaires et du peuple d’Haïti dans
l’accomplissement de son mandat. La Commission a notamment reçu l’appui
intégral du Ministre des affaires étrangères, M. Joseph Philippe Antonio et de
son personnel qui ont fait tout leur possible pour assurer que les travaux de
la Commission se réalisent sans heurts et à temps. La Commission tient à les
remercier pour leur appui.
La Commission adresse aussi ses remerciements
à l’Ambassadeur Sergio Romero et son personnel pour leurs marques d’attention
et leur courtoisie constantes à l’égard de la Commission. Finalement, la
Commission tient à remercier le Dr. Bertha Santoscoy, la Secrétaire Exécutive
et son personnel dévoué en Haïti pour l’appui qu’ils lui ont prêté pendant
cette période de trois mois.
Méthodologie utilisée pour l’établissement du
rapport
Le rapport est le fruit des témoignages et de
la documentation recueillis par la Commission sur les actes violents perpétrés
le 17 décembre en Haïti, ainsi que sur leurs liens avec les événements du 28
juillet 2001, éléments réunis et reçus pendant ses visites en Haïti.
La Commission a prêté attention aux
dépositions des autorités haïtiennes, des représentants de la Convergence
Démocratique, des victimes des actes violents, des média, des représentants de
la Société civile, des groupes des droits de la personne et des Organisations
Populaires. La Commission a tenu compte des documents officiels fournis par le
Gouvernement haïtien. Toute l’information a été analysée par la Commission et lorsque
cela s’avérait pertinent, elle a été incorporée dans le présent rapport.
La Commission s’est rendue aux Gonaïves, à
Petit-Goâve, au Cap-Haïtien et aux Cayes pour rencontrer les victimes, les
représentants de partis politiques, les autorités administratives et les
membres de la Police. Pendant ses visites, la Commission a aussi mené une
inspection des maisons qui avaient été endommagées ou détruites, ainsi que les
quartiers généraux des partis politiques de l’Opposition qui avaient été pillés
et incendiés.
Les
faits décrits ci-après sont basés sur l’information pertinente recueillie par
la Commission pendant ses audiences et ses entrevues.
A. L’attaque
armée contre le Palais national à Port-au-Prince durant les premières heures de
la journée du lundi 17 décembre 2001.
1. Antécédents
Depuis le rétablissement de la démocratie en Haïti à
travers les élections du 16 décembre 1990, le Palais national, siège de la
présidence de la République, a été l’objet d’attaques armées. Selon le rapport
de la Mission d’observation des élections en Haïti, soixante-dix actes de
violence ont été enregistrés après les élections du 21 mai 2000, dont sept sont
liés à la mort de candidats de partis politiques ou de leurs membres. La
Mission d’observation de l’OEA a également rapporté qu’immédiatement après les
élections, elle avait observé les arrestations et la détention de plusieurs
dirigeants de l’Opposition. Elle a aussi fait remarquer qu’elle avait «relevé
un état de désorganisation et de manque de transparence dans la compilation des
résultats, ainsi que des retards dans la communication.». Le rapport indiquait
que l’irrégularité la plus patente relevée par la Mission portait sur le
comptage des voix des candidats au Sénat. Suite à ces résultats, dix-neuf
candidats au Sénat furent élus au premier tour, dix-huit d’entre eux
appartenant au Parti Lavalas, alors que, selon la procédure adéquate, huit de
ces candidats devaient se présenter au deuxième tour. Faute d’un nouveau calcul des résultats et de la réalisation d’un
deuxième tour pour tous les candidats, la Mission de l’OEA a conclu que la plus
haute autorité électorale du pays avait délibérément violé sa propre
Constitution et la Loi électorale.
En vue de créer une
coalition visant à protester les résultats de ces élections, un groupe de
partis politiques et d’autres coalitions [dont l’Organisation du peuple en
lutte (OPL), l’Espace de concertation (KONAKOM, PANPRA, KID, Haïti Kapab et
Génération 2004)] créèrent la Convergence Démocratique.
L’Opposition essaya d’organiser des
démonstrations pacifiques et tint des réunions pour manifester leur
mécontentement au sujet des résultats des élections. Parmi ces démonstrations
et réunions, citons les suivantes:
·
La marche organisée par le «Mouvement Paysan Papaye»
(MPP) le 21 mars 2001 à Hinche;
·
La journée de réflexion organisée par la Convergence
Démocratique le 21 mars 2001 aux Cayes;
·
La réunion organisée par la Convergence Démocratique le
21 mai 2001 aux Cayes;
·
La réunion organisée par Edgar Leblanc le 18 novembre
2001 à Marigot;
·
La marche organisée par la Convergence Démocratique le 29
novembre 2001 à Saint-Marc;
·
La journée de réflexion organisée par «Initiative
citoyenne» le 15 décembre 2001 au Cap-Haïtien.
Toutes ces activités ont
été perturbées par des groupes armés, sans intervention de la Police. En dépit
des récentes avancées en matière de démocratie participative en Haïti, de
nombreuses institutions fondamentales sont encore à un stade initial. Il faut
citer à cet égard l’administration de la justice et la Police nationale qui se
trouvent dans une situation fragile. La situation précaire de ces deux
institutions constitue un important facteur à retenir dans le cadre des
événements du 17 décembre 2001 et des réactions y afférentes.
2. Les
événements du 17 décembre 2001
La Commission a
bénéficié de la coopération intégrale des représentants du Gouvernement, de
l’Opposition politique, de représentants de la Communauté internationale, des
médias et des institutions universitaires, des victimes ou des membres de leurs
familles et de la Société civile organisée.
Tous les témoignages
indiquent qu’il y a eu une attaque armée contre le Palais national, siège de la
présidence de la République le 17 décembre 2001. Ce fait est documenté par la déposition reçue par la Commission
de plusieurs témoins et victimes de cet événement, ainsi que de sources
officielles. Il sied de mentionner qu’après l’attaque contre l’Académie de
Police et d’autres postes de Police le 28 juillet 2001, des rumeurs
persistantes faisaient savoir que les assaillants reviendraient à la charge.
Ces rumeurs étaient continues et constantes et annonçaient un «coup d’état»
imminent. Selon des modalités consistantes avec la guerre psychologique, les
rumeurs établissaient que le «coup d’état» aurait lieu au mois d’août, puis en
septembre et ce, jusqu’à l’arrivée de la date du 17 décembre 2001.
a. Les
faits
i. Irruption
dans le Palais national
Les
témoignages recueillis par la Commission indiquent qu’entre 1 h 30 et 2 heures,
l’attaque fut lancée contre le Palais national par des individus vêtus de
camouflage, lourdement armés et faisant feu à la fois de la façade nord et de
la façade ouest du Palais : Le groupe d’assaillants venant de la façade
nord a enjambé la clôture de la façade nord du Palais national pendant que la
façade ouest était attaquée par un groupe d’environ 20 personnes dans trois
camionnettes découvertes. Les gardes se sont retranchés de leurs positions. Les
deux groupes ont fait irruption dans le Palais, s’emparant du bâtiment
principal sans rencontrer de résistance de la part des gardes en charge de la
sécurité du Palais.
L’irruption dans le
Palais national a pu avoir lieu en raison des mesures inadéquates de sécurité
appliquées ce jour-là et de la complicité, au sein de la Police nationale,
d’officiers qui ont passé des renseignements. Les assaillants connaissaient les
points faibles de la situation des gardes
chargés de la sécurité au Palais national.
ii. Occupation du Palais national
Les
assaillants occupèrent le Palais national jusqu’à 5 h 30 environ. Le nombre
total d’assaillants a été l’objet de déclarations officielles contradictoires à
différents moments pendant le déroulement des événements. Néanmoins, ce nombre
a été finalement placé à 20.
Pendant
le temps qu’ils ont occupé le Palais, les assaillants ont constamment fait feu
avec une mitrailleuse M-50 monté sur l’un des véhicules, ainsi qu’avec beaucoup
d’autres armes militaires du type Uzi, Galil et Fal. Selon la déposition de M.
Claude Dieuveu, vers 4 h 45, il passait devant la façade ouest du Palais
lorsqu’il fut blessé par une balle. Selon M. André Jean, il marchait sur la Rue
Légitime vers la façade ouest du Palais vers 5 h 15 quand il fut blessé par une
balle. Les déclarations des deux témoins concernant leurs blessures sont
corroborées par une lettre du Ministre de la santé publique et de la population
en ce qui a trait à l’admission de ces deux personnes à l’Hôpital de
l’Université d’État d’Haïti à Port-au-Prince.
Pendant
leur occupation du Palais national, les assaillants ont causé des dommages que
la Commission a pu vérifier durant une visite d’inspection le 19 avril. Les
dommages relevés dans la salle d’accueil, la salle de repos de l’Unité de
sécurité de la présidence (USP), le bureau de la Fondation Steele qui loge les
agents étrangers de la sécurité, le bureau de la Première Dame, le Salon
diplomatique, les bureaux du Président de la République et ceux du Secrétaire
privé du Président.
Durant le cours de
l’occupation du Palais, les assaillants ont utilisé des transmetteurs de radio
qu’ils avaient récupérés de la Police pour déclarer que Jean Bertrand Aristide
n’était plus Président et que Guy Philippe était le nouveau commandant de la
Police nationale d’Haïti. Le nouveau Président, disaient-ils, serait un
«ambassadeur». Ce fait a été corroboré par plusieurs témoins qui sont des
membres de la force de Police.
Aucune perte de vies
humaines n’a été enregistrée parmi les membres du Secrétariat général du Palais
national (USGPN) ou du Corps d’intervention pour le maintien de l’ordre (CIMO).
De même, aucune perte n’a été rapportée par le Groupe d’intervention de la
Police nationale d’Haïti (GIPNH) assignée au Palais, généralement dénommée
Forces spéciales SWAT. Les morts et les blessés ont été relevés parmi la Police
ou les unités de sécurité qui n’étaient pas directement assignés à la
protection et à la sécurité du Palais national, ainsi que les civils atteints
par les assaillants.
Parmi les assaillants, il a été établi que M.
Shavre Milot, apparemment co-commandant des «putchists», un ancien officier
militaire et ancien membre de l’Unité de sécurité du Palais national, fut
atteint d’une balle et tué. M. Milot
travaillait à l’USGPN au moment de la réélection du Président Aristide.
Milot avait publiquement déclaré après le coup d’état de 1991 que si Aristide
revenait, il le tuerait lui-même. Selon la déposition des autorités du Palais
national, entre 5 heures et 5 h 30, lorsque les assaillants s’apprêtaient à
quitter le Palais, les membres de la Garde présidentielle commencèrent à leur
tirer dessus et ils tuèrent l’attaquant susmentionné. En raison de la nature
des blessures subies par l’attaquant, des doutes ont été exprimés au sujet de
la véracité des circonstances dans lesquelles Milot avait été tué, surtout que
le cadavre avait été emporté avant l’arrivée sur la scène du médecin-légiste.
iii. Fuite
et poursuite
À 5 h 30 environ, les
assaillants quittèrent le Palais par la façade ouest dans trois véhicules.
Pendant leur fuite du Palais, ils firent feu avec leurs armes, y compris la
mitrailleuse M-50. Ils firent feu également à plusieurs endroits pendant leur
fuite, comme par exemple à la Rue Pavée et à la Rue Monseigneur Guilloux où,
selon les témoignages recueillis par la Commission, il y eu plusieurs victimes,
notamment le policier Ednor Morisset qui avait bloqué la rue plus tôt. Les assaillants firent feu sur lui et le
blessèrent. A Tabarre, au Carrefour Fleuriot, près de la résidence du
Président, le Commissaire Anthony Nazaire, Assistant à l’Unité de sécurité
présidentielle au Palais national, fut blessé.
A la Tremblai, il a été rapporté que plusieurs civils tombèrent victimes
et furent blessés. Parmi eux, citons Brévil Jean Roma qui a été frappé de
balles à 6 heures. A Croix des Bouquets, Mme Marie Lourdes Jacques a été tuée
par balles lorsque les assaillants passèrent à travers la zone. Astrel Jean-Guy, qui, vers 6 h 30, vit
passer les trois camionnettes avec leurs phares allumés et tirant près d’une
barricade érigée à Croix des Bouquets, fut lui-même blessé par une balle.
Les
Forces spéciales SWAT suivirent les assaillants sur leur chemin d’évasion avec
l’assistance d’un hélicoptère assigné au Président de la République. Cet engin
était piloté par Frantz Gabriel qui
était en charge de la coordination de la sécurité terrestre et aérienne du
Président. Il était accompagné de trois membres de la force de réaction de
l’USP (Equipe CAT). Le chemin d’évasion
passait par Tabarre, Croix des Bouquets, Ganthier – où ils abandonnèrent le
premier véhicule -; Thomazeau – où il se produisit un échange de coups de feu
entre les Forces SWAT et les assaillants et où ils laissèrent le deuxième véhicule, tandis qu’un autre
groupe se dispersait dans la zone, jusqu’à ce qu’ils atteignirent le Morne à Cabrit
où ils abandonnèrent le troisième et dernier véhicule sur lequel avait été
installée la mitrailleuse M-50. Les poursuivants perdirent les traces des
autres assaillants qui avaient été transportés dans ce véhicule. Lorsque la
poursuite prit fin, les Forces SWAT trouvèrent un dépôt d’armes dans une cave
près du site où le dernier véhicule avait été abandonné. L’hélicoptère avait
déjà regagné sa base. Peu de temps après, un ancien soldat nommé Pierre
Richardson était apparemment capturé dans la zone et il se trouve actuellement
en prison, accusé d’avoir participé à l’attaque. Dans sa déposition devant la
Commission lors de la visite de celle-ci au Pénitencier national, M. Richardson
a nié avoir participé à l’attaque et a accusé les membres de la Police de l’avoir
torturé et de l’avoir forcé à faire des déclarations contre son gré. Le juge
Bernard St. Vil a cependant dit que M. Richardson avait officiellement admis sa
complicité dans l’attaque, en la présence de son avocat et il avait aussi
impliqué M. Guy François, un ancien militaire qui apparemment devait fournir un
support aux assaillants. M. Guy François, qui se trouve en prison depuis le 18
décembre 2001, a rejeté toute complicité dans l’attaque perpétrée contre le
Palais national et a accusé les autorités de le détenir illégalement.
La
Commission a fait le même parcours suivi par les assaillants ce matin du 17
décembre jusqu’au Morne à Cabrit où le dernier véhicule fut retrouvé et où ils
avaient laissé une cache d’armes et de munitions. Pendant ce voyage, la
Commission était accompagnée des officiers de Police Cabannes Pierre Lucien et
Brutus Serge fils, du Groupe d’intervention de la Police nationale (GIPNH) qui
faisaient partie des autres officiers qui s’étaient lancés à la poursuite des
assaillants. A cette occasion, la Commission
a appris que les assaillants étaient presque tous originaires de
Thomazeau et qu’ils n’étaient pas restés au village parce que, de manière
inattendue, les Forces SWAT s’étaient lancées à leur poursuite.
M. Frantz Gabriel a été
interviewé par la Commission le 14 juin 2002 durant la dernière visite de
celle-ci. Il a corroboré chaque aspect important des preuves recueillies au
sujet de la poursuite et déjà fournies par les membres des Forces SWAT. Il a
déclaré que le 17 décembre, il avait été informé à 4 heures environ que des
assaillants se trouvaient à l’intérieur du Palais et qu’il devait effectuer une
reconnaissance aérienne. Il s’envola vers 5 h 15 ou 5 h 30 et il établit un
contact visuel pour la première fois avec les assaillants après leur départ de
Ganthier pour la Croix des Bouquets. Des forces de terre les poursuivaient. Les
fugitifs commencèrent avec trois véhicules contenant chacun 10 personnes. Ils
abandonnèrent un véhicule sur la route en terre battue de Ganthier à Thomazeau
et les occupants de ce véhicule montèrent à bord des deux autres véhicules. A
ce stade, les véhicules en poursuite qui consistaient en des membres des Forces
spéciales SWAT, de la Police judiciaire et de la Police régulière étaient
encore loin des assaillants.
M. Gabriel retourna à
l’aéroport pour se réapprovisionner en carburant et à son retour, environ 12
assaillants se trouvaient dans un véhicule bleu sur lequel était installée une
mitrailleuse M-50. Ils se rendaient vers le Morne à Cabrit. Il lui semblait
qu’ils avaient laissé leur deuxième véhicule à Thomazeau. Il les vit faisant
feu sur l’hélicoptère et en fait, l’une des balles frappa l’hélice sans causer
de dommages. Il les suivit jusqu’au Morne à Cabrit, maintenant les Forces SWAT au
courant de leur déplacement. Il remarqua que le véhicule émettait de la fumée
noire. Lorsqu’ils arrivèrent dans un petit village au haut du Morne à Cabrit,
ils garèrent la voiture sur une voie de desserte et transportèrent leurs armes
(sauf le M-50) et les munitions dans une caverne située à environ 200 mètres
plus loin. Lorsqu’ils sortirent de la caverne, il nota qu’ils avaient changé de
vêtements et ne portaient plus leurs tenues vertes de camouflage. Ils se
dispersèrent en petits groupes dans différentes directions. La Police avait
alors atteint la route où ils avaient garé le véhicule. Il retourna alors à la
base.
Sur le chemin du retour en voiture à Morne à
Cabrit, il rencontra les Forces SWAT regagnant Port-au-Prince. Il les
arrêta et ceux-ci lui montrèrent un
homme étendu à l’arrière de l’un des véhicules de Police. Il fut informé qu’il
s’agissait de Richardson et que les officiers avaient trouvé un laisser-passer
à destination de la République Dominicaine, ainsi qu’une somme d’argent dans sa
poche. Il ajouta qu’il avait entendu dire que des doutes avaient été exprimés
au sujet de ces événements, mais il n’en avait aucun lui, puisqu’il les avait
vécu.
b Objectifs et responsabilités en relation
avec l’attaque perpétrée contre le Palais national
i. Les objectifs de l’attaque perpétrée contre
le Palais national
La Commission a écouté les témoignages des autorités, de
l’Opposition politique, de la Société civile et des membres des médias au sujet
des objectifs de l’attaque perpétrée contre le Palais national le 17 décembre
2001.
Selon la version officielle provenant de sources
gouvernementales, l’attaque contre le Palais national le 17 décembre 2001 était
une tentative de coup d’état pour renverser le Président Jean Bertrand Aristide
du pouvoir. On a fait remarquer que les auteurs étaient d’anciens membres des
Forces armées qui s’étaient rendus en Haïti à partir de la République
Dominicaine.
Selon l’Opposition, l’attaque contre
le Palais national était un coup monté par le parti au pouvoir pour trouver un
prétexte l’habilitant à affaiblir l’Opposition au moyen de représailles
physiques contre les dirigeants de la Convergence Démocratique. L’intention
était également de piller et de détruire les résidences privées, les quartiers
généraux des partis politiques et les institutions culturelles et
universitaires qu’ils gèrent, supportent ou encouragent. Les membres de la
Société civile avaient tendance à appuyer les points de vue de l’Opposition,
tandis que les membres des médias pensaient que «quelque chose s’était produit
ce jour-là au Palais».
ii. Responsabilité
pour l’attaque
L’Opposition politique en Haïti n’a pas été accusée de
responsabilité quelconque dans l’attaque perpétrée contre le Palais national et
elle n’a pas non plus été accusée d’avoir conspiré avec les assaillants par le
Gouvernement, la Police ou aucune autre autorité nationale ou parti politique.
Dans sa déclaration devant la Commission le 10 avril, M. Jonas Petit,
porte-parole du Parti Fanmi Lavalas, a déclaré que «Ce coup d’état aurait été
le 33ème dans deux cents ans, donc je ne peux dire que la
Convergence était impliquée; il pourrait avoir son origine n’importe où». Les
seules personnes qui aient affirmé à la Commission que l’Opposition politique
avait une responsabilité dans cette attaque sont MM. René Civil et Paul
Raymond, dirigeants de deux Organisations Populaires qui sont considérés par
plusieurs comme des extrémistes.
L’Unité du Secrétariat
général du Palais national (USGPN), le Corps d’intervention pour le maintien de
l’ordre (CIMO) et le Groupe d’intervention de la Police nationale (GIPNH) ont
agi de telle sorte que même si leurs actions pouvaient être attribuées à de
l’incompétence, la possibilité a été suggérée qu’il peut y avoir eu complicité.
Il est pertinent de citer les conclusions ci-après d’un rapport officiel sur
les événements du 17 décembre 2001 :
·
Il y a des déficiences dans le haut commandement et un
manque patent de leadership. Cette situation est causée par l’absence d’unité,
la non-coordination des décisions et les modalités de déploiement des forces de
la Police.
·
Il n’y a pas eu de résistance pour empêcher l’irruption
des assaillants dans le Palais. De surcroît, d’autres autorités comme le
Commissaire du Département de l’Ouest n’ont pas pu entrer dans le Palais pour
lancer une contre-attaque.
·
Faiblesse dans le personnel, manque de matériel,
d’armement et de munitions, tant sur le
plan de la qualité que du volume.
·
La non-existence d’un service de renseignements.
·
Des difficultés logistiques comme le manque de
communication.
Le rapport a aussi
établi que l’entrée principale conduisant au Palais n’était ni verrouillée, ni
enchaînée cette nuit-là.
M. Harvel Jean-Baptiste, Inspecteur général de la Police
nationale haïtienne a souligné l’existence d’un problème de motivation parmi
les membres de la Police. Dans sa déposition, le Chef de la Police nationale
haïtienne, M. Jean Nesly Lucien, a déclaré qu’une recommandation avait été
formulée dans le sens du licenciement de divers officiers de Police suite à
l’attaque du 28 juillet ; mais cette recommandation n’avait pas été
suivie.
Les Forces armées haïtiennes ont été dissoutes durant le
second mandat du Président Jean Bertrand Aristide. Selon les rapports, ce corps
était une armée corrompue qui permettait de mener des activités illégitimes et
illégales. Selon la déposition de l’Inspecteur général de la Police nationale
haïtienne, plusieurs anciens officiers militaires n’acceptent pas le fait que
l’armée a été dissoute. Il a été aussi allégué que plusieurs anciens militaires
n’ont pas reçu de compensation adéquate
lorsque l’armée fut dissoute.
B. Mise à sac et incendie des quartiers généraux
des partis politiques de l’Opposition, des résidences privées des dirigeants
des partis composant la Convergence Démocratique,
et des centres culturels et d’enseignement nationaux et étrangers à
Port-au-Prince et dans d’autres villes et localités
1. Antécédents
Le
15 octobre 1994, suite au rétablissement de Jean Bertrand Aristide comme
Président d’Haïti, il y eut une tentative de renforcer l’autorité civile sur le
secteur militaire. En 1995, les Forces armées d’Haïti furent dissoutes.
Néanmoins, la Police nationale s’est retrouvée dès le début sans ressources et
dénuée de la capacité d’exercer ses fonctions dont la plus importante est de
maintenir l’ordre dans le pays.
L’abolition
des forces armées et l’absence d’une Police nationale capable de maintenir
l’ordre ont donné une nouvelle dimension à la pratique connue en Haïti de
résoudre les différends politiques par le recours à des groupes irréguliers,
armés dans certains cas. Les Organisations Populaires qui jusqu’alors
représentaient des mécanismes hétérogènes pour la défense de la communauté, ont
connu des mutations au cours des sept dernières années. Initialement, elles ont
marqué le début de la participation de la société civile à la réalisation
d’objectifs politiques nationaux. Ce
rôle initial qui consistait à servir de mécanismes civils pour la préservation
de la démocratie, semble maintenant être devenu un mécanisme au service de
solides intérêts politiques ou d’autres intérêts illégitimes. La Commission a
recueilli des témoignages établissant que même pendant sa première visite, on
avait entendu quelques dirigeants militants d’Organisations Populaires dire que
les événements du 17 décembre n’étaient qu’un début, ou «un morceau de
toile servant à recevoir le lourd fardeau sur la tête».
La situation a empiré avec la disponibilité d’un nombre
indéterminé d’armes, dont plusieurs à des fins militaires, sous le contrôle de
dirigeants de certaines Organisations Populaires. Ces armes ont également été
distribuées parmi les membres de ces organisations. Dans quelques cas, ces
dirigeants sont des politiciens connus ou des bandits qui s’imposent aux
autorités locales ou travaillent avec elles dans certaines régions. Ils
agissent avec impunité.
Des actes d’agression et d’intimidation ont eu lieu à
plusieurs reprises pendant les mois suivant les élections du 21 mai. Les actes
de violence perpétrés par les Organisations Populaires se sont produits pendant
des démonstrations et des réunions organisées par l’Opposition, ce qui a
résulté en des pertes de vies humaines comme cela a été le cas à Saint-Marc en
novembre 2001, où plusieurs blessures et dégâts matériels ont été rapportés
dans la publication «Les événements du 17 décembre 2001» compilée par le
Centre œcuménique des droits de l’homme.
A la fin de juin 2001, le Gouvernement haïtien a commencé
à lancer des appels à la population en vue de l’application de la «zéro
tolérance» aux délinquants qui seraient surpris en flagrant délit. Cet appel a
été interprété comme une invitation à la justice sommaire. Le
18 novembre 2001, le Président de la République publiquement
réaffirma la «zéro tolérance» contre les auteurs d’enlèvement et d’autres
crimes graves.
Les dirigeants
d’Organisations Populaires M. René Civil du groupe Jeunesse Pouvoir
Populaire (JPP) et M. Paul Raymond des
"Ti Kominote Legliz" (TKL) déclara à la Commission que les
accusations proférées contre eux, à savoir qu’ils auraient lancé des menaces
publiques contre les dirigeants de l’Opposition, avaient pour but de vilipender
les Organisations Populaires. Ils ajoutèrent que leur mission consistait à
changer le monde par des moyens pacifiques. Ils accusèrent également la
Convergence Démocratique d’essayer de recourir à la violence en raison de
l’absence de leadership et de programmes optionnels à soumettre à leur pays.
Ils accusèrent aussi la Convergence Démocratique d’avoir planifié le coup
d’état du 17 décembre à partir de la République Dominicaine où ils avaient
assisté à une réunion quelques jours avant la tentative de coup d’état. Ils
ajoutèrent aussi que les membres de la Convergence Démocratique avaient
incendié leurs propres maisons en vue d’en imputer la responsabilité aux
Organisations Populaires. *
Les événements du 17 décembre 2001 sont considérés par plusieurs comme
parmi les pires de l'histoire politique récente d'Haïti.
2. Quartiers généraux des partis
politiques de l’Opposition
a. Port-au-Prince
La Commission a reçu des témoignages au sujet des
dommages subis par les quartiers généraux des partis de l’Opposition, des
dirigeants de l’Organisation du peuple en
lutte (OPL) qui loge également les bureaux de la Convergence Démocratique, la Konfederasyon
Inite Demokratik (KID), le Congrès
National des Mouvements Démocratique (CONACOM – KONAKOM en créole), la Mobilisation pour le Développement National (MDN),
l’Alliance pour l’Avancement et la
Libération d’Haïti (ALAH) et le Parti
Démocratique Chrétien d’Haïti (PDCH).
M. Paul Denis, membre du
Comité exécutif de l’OPL, a dénoncé l’attaque contre le siège de cette
organisation. Il a fourni des détails de l’attaque et a mentionné qu’environ
100 personnes qui éventuellement ont reçu l’appui d’un bulldozer du Conseil
national d’équipement (CNE), ont pu renverser le mur et les portes en métal et
pénétrer à l’intérieur du bâtiment. En même temps, les assaillants tiraient
avec des armes à feu, en la présence de la Police qui était demeurée passive.
Il a aussi déclaré que les assaillants se rendirent plus tard à l’Office National d’Assurance-Vieillesse pour
réclamer la somme qui leur avait été promise pour la perpétration de ces actes.
Le quartier-général de l’OPL et la résidence de son dirigeant, Gérard Pierre-Charles,
furent complètement détruits par le feu le 17 décembre 2001.
La Commission a écouté
le témoignage de Victor Benoit, dirigeant du KONAKOM et d’autres membres du
partie indiquant que le 23 janvier 2000, ils avaient déposé des plaintes
légales devant le Commissaire du
Gouvernement. M. Micha Gaillard, co-Secrétaire général du Parti et
porte-parole de la Convergence
Démocratique a fait état de la déclaration de M. René Civil et a rejeté
l’affirmation de celui-ci alléguant que la planification dudit coup d’état
aurait commencé lors d’une réunion du Congrès international socialiste se
déroulant en République Dominicaine. Il l’a considéré comme dérisoire.
Plusieurs témoins ont
fait état de la participation de militants du Parti Fanmi Lavalas au pillage et
à l’incendie des quartiers généraux des partis politiques de l’Opposition.
Après avoir incendié les quartiers-généraux de la Convergence Démocratique, le
Groupe de Lavalas s’exprima en ces
termes: «Maintenant, rendons-nous au KID». La Commission a également été
informé du fait que les assaillants savaient exactement ce qu’ils voulaient
accompli, et «que ces actes n’étaient pas dûs à un simple hasard».
L’Alliance pour l’Avancement et la Libération d’Haïti, (ALAH)
maintenait aussi son quartier général à Port-au-Prince. Son siège était situé
dans l’enceinte appartenant à son dirigeant Reynold Georges, laquelle enceinte
comptait trois maisons. Elles ont toutes été détruites par le feu le
17 décembre 2001. Les deux premières maisons ont été incendiées vers midi
et la troisième a brûlé vers 20 heures. M. George considère cet acte un cas de
justice punitive que la résidence de l’un de ses voisins qui supporte le Parti
Fanmi Lavalas brûle accidentellement comme conséquence de l’incendie déclenchée
dans son bâtiment.
Le quartier général du
KID a été incendié pour la troisième fois le 17 décembre 2001. En effet, ces
mêmes incidents se sont produits en 1991 et le 8 avril 2000.
De
nombreux témoins ont fait état de la passivité de la Police. Celle-ci était
présente durant la mise à sac et l’incendie, mais elle ne fit aucune
intervention. Le Directeur général de
la Police, dans une tentative d’exonérer le manquement de la Police d’agir,
déclara qu’il s’était produit plusieurs attaques ce jour-là. Lorsqu’il arriva sur les lieux, le
quartier-général de la Convergence
Démocratique était déjà en feu. Il ajouta que la Police n’a pas reçu une
formation au combat.
La
Commission a visité les ruines de ce qui avait été le quartier de l’OPL, du
KONAKOM, du KID et d’ALLAH et elle a observé sur place les dégâts matériels que
montraient encore les locaux, en dépit du laps de temps écoulé.
b. Autres centres urbains et localités
i. Gonaïves
et environs
Au
cours de sa visite aux Gonaïves le 15 avril, la Commission s’est rendue au
quartier général du MOCHRENA et a pu constater les dommages causés aux locaux
de ce parti. Ce quartier général est
situé dans une enceinte qui abrite aussi la résidence du Pasteur Luc Mésadieu,
Président du MOCHRENA et sa famille, et où vivaient aussi six autres familles.
Le pillage et les incendies n’ont épargné aucun des bâtiments. Selon les témoins, dans les premières heures
du matin du 17 décembre, environ 200 jeunes gens se massèrent devant la résidence
du Maire située en face du poste de Police.
La Commission a été informée que le Maire et son assistant distribuèrent
des armes à ces jeunes gens. Plusieurs
personnes, dont certaines venaient de Port-au-Prince, dirigèrent le groupe vers
la résidence du Président et du Vice-président du MOCHRENA. Ce jour-là, toutes les stations-services
étaient fermées sauf celle du Maire où le groupe pouvait faire le plein
gratuitement. L’assistant du Pasteur
Mésadieu, M. Ramy Darand, fut assassiné par ce groupe – son corps fut aspergé
d’essence et brûlé avec un pneu autour du cou parce qu’il avait refusé de
révéler le lieu où le Pasteur Mésadieu s’était mis à couvert. La Commission a vu les lieux de l’assassinat
de M. Darand. M. Julien Joseph a été
identifié comme étant l’un des auteurs du meurtre de Ramy Darand. M. Amiot Métayer (dit «Le Cubain») a été
identifié comme étant l’un de ceux qui ont attaqué les locaux du MOCHRENA à la
recherche du Pasteur Mésadieu. M.
Emmanuel Méus, le Secrétaire général du MOCHRENA, a été également soumis à des
agressions physiques et a reçu des menaces de mort.
Quelques
agents de Police tentèrent de rétablir l’ordre, mais ils étaient des cas
isolés. En général, la Police était
perçue comme complice dans ces événements.
La
Commission a interviewé le Directeur de la Police du Département de
l’Artibonite, M. Joany Canéus, qui a essayé d’excuser l’inaction de la
Police. Il a fait valoir qu’en raison
de l’attaque menée contre le Palais national à Port-au-Prince, la Police
craignait qu’une attaque soit également dirigée contre le poste de Police. Il a souligné que la Police n’était pas
formée pour gérer une situation comme celle qui s’est produite le 17 décembre,
et que lui-même n’avait à disposition ni des véhicules ni le personnel
nécessaires pour maîtriser la situation.
Il a aussi déclaré qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que la Police
soit en mesure d’assurer la sécurité à tous les points qui étaient les cibles
des attaques. Cependant le Directeur de
la Police a indiqué que dans d’autres occasions moins explosives, la Police
avait passé des jours et des nuits montant la garde devant le quartier général
du MOCHRENA pour assurer sa sécurité. Il a ajouté qu’à une autre occasion, la
Police avait posté des patrouilleurs devant la résidence du Pasteur Mésadieu,
et devant celle du Pasteur Revnel et du Pasteur Dieudonné, tous membres du
MOCHRENA. Il a souligné que personne
n’avait sollicité de protection particulière depuis les événements du 17
décembre. La Commission a demandé
qu’une copie du bulletin quotidien de l’enquête menée autour des événements du
17 décembre 2001 lui soit fournie. M.
Canéus répondit qu’il s’agissait d’un document confidentiel et que sa remise
devait être autorisée par le Directeur général de la Police. La Commission demanda alors le document directement
du Gouvernement à Port-au-Prince.
Jusqu’à la date d’établissement du présent rapport, ce document n’avait
pas été fourni.
La
Commission reçut des témoignages du Pasteur Luc Mésadieu à Port-au-Prince. Celui-ci confirma tous les renseignements apportés
par les membres de son parti aux Gonaïves.
Il ajouta également que pendant deux ou trois semaines avant le 17
décembre, les représentants du Parti au pouvoir avaient annoncé publiquement
qu’ils allaient diriger une attaque contre les membres de la Convergence Démocratique, contre chaque
maison, contre chaque personne, et qu’ils allaient le tuer.
La
Commission demanda la coopération du Gouvernement pour l’aider à recueillir le
témoignage de M. Amiot Métayer. Malgré
ces tentatives, cela n’a pas été possible.
La
Commission a également reçu à Port-au-Prince un témoignage de M. Stephen Moïse,
Maire des Gonaïves, qui a nié toute participation ou complicité dans le pillage
et l’incendie des résidences ainsi que dans la distribution des armes ou de l’essence.
ii. Petit-Goâve
et environs
Petit-Goâve représente
ce qui pourrait devenir la pire des hypothèses pour la République d’Haïti si
l’État ne prend pas des mesures d’urgence pour protéger ses citoyens contre les
invasions de leurs propriétés par les membres des Organisations
Populaires. Dans cette localité,
l’appui politique semble s’établir à mi-chemin entre les partisans de la Convergence Démocratique et ceux de Fanmi Lavalas, ce qui constitue une
source d’attaques et de contre-attaques permanentes.
Lorsque
la Commission visita cette localité le 20 avril 2001, elle reçut des
témoignages tant de la Convergence
Démocratique que de Fanmi Lavalas. Il semble que lorsque la nouvelle y est
parvenue qu’une attaque avait été perpétrée contre le Palais national, et qu’un
coup d’état avait eu lieu, les partisans de la Convergence Démocratique se mirent à fêter, à attaquer les
propriétés appartenant aux membres de Fanmi
Lavalas et à y mettre le feu. Un
peu plus tard ce jour-là, lorsqu’on apprit que le Président était en sécurité
et que les assaillants avaient pris la fuite, les partisans de Fanmi Lavalas ont à leur tour attaqué et
détruit les résidences des membres de la Convergence
Démocratique. Les détails relatifs
aux dommages causés aux propriétés privées sont fournis dans le prochain
chapitre. Aucun dommage n’a été causé
aux quartiers généraux des partis politiques de l’Opposition dans cette
localité.
La
Commission a également été informée de l’existence d’un groupe partisan de
Fanmi Lavalas se faisant appeler «Domi nan bwa» qui signifie littéralement
«dormir dans les bois». Ses membres
habitent en effet dans les bois et attaquent quand et où ils le veulent.
iii. Cap-Haïtien et environs
Au
cours de sa visite au Cap-Haïtien le 17 mai 2002, la Commission a reçu un
témoignage de M. Clébert Dorvil, de la Grande-Rivière du Nord (située à 20 km
au Sud du Cap-Haïtien) qui mettait en question l’élection législative (Chambre
des députés) du 21 mai 2000. M. Dorvil
informa que le quartier général de l’OPL avait été mis à sac, et que tous les
documents ainsi que le matériel de bureau avaient été détruits. Le groupe dirigé par Dieudonné Martial,
Nelton Chery, et le policier Maxène Martial, les avaient attaqués avec des
armes à feu et des gaz lacrimogènes. Le
groupe put perpétrer son attaque avec des armes à gaz lacrymogène. Le quartier général de l’Organisation
Paysanne de la Grande-Rivière du Nord (OPGN) avait également été l’objet d’une
attaque. Dans ce contexte, M. Trifène
Phaète a informé qu’il se trouvait au quartier général de cette organisation
lorsque le Maire de la Grande-Rivière du Nord arriva avec quelques
personnes. Il put s’échapper avant
l’incendie du bâtiment.
Pendant
sa visite au Cap-Haïtien, la Commission a reçu un témoignage de M. Gaël
Ménélas, Commissaire principal, qui a expliqué que, pour des raisons
stratégiques, presque la totalité des 28 policiers en poste au Cap-Haïtien ce
jour-là avaient été envoyés aux portes Sud de la ville pour en assurer la
sécurité. Lorsqu’il fut informé que la
résidence d’un membre de la Convergence
Démocratique avait été attaquée, il ordonna que certains policiers soient
dépêchés sur les lieux. À leur arrivée
sur place, ils trouvèrent quelques objets personnels brûlant encore devant la
maison Il mentionna aussi que dans une
autre partie de la ville il y avait une confrontation de différents groupes que
la Police dût disperser avec le gaz lacrymogène. Pendant cette confrontation, un jeune homme, Junior Ismaël reçut
à la tête des blessures qui lui avaient été infligées avec une pique. La Commission put parler à M. Ismaël. Le Délégué du Département, M. Jean-Mirtho
Julien, décrivit la spontanéité du contrôle des rues par les militants de Fanmi Lavalas le matin du 17
décembre. Il ajouta qu’il n’était pas au
courant d’incendies de maisons ou de dommages majeurs. Il reconnut cependant qu’il y avait des cas
isolés de dommages qui n’avaient pas été prémédités. Il souligna en outre que la majorité des habitants appuie le
Gouvernement, ce qui explique leur descente dans les rues et les attaques
qu’ils lançaient contre l’Opposition.
Il a poursuivi en mettant en relief que «La force de l’État réside dans
sa capacité de mobilisation de la population en raison de la faiblesse de la
Police».
iv. Les
Cayes et environs
Aucun
dommage n’a été infligé aux quartiers généraux des partis politiques de
l’Opposition.
3. Résidences
privées des dirigeants des partis de la Convergence
Démocratique
a. Port-au-Prince
La destruction de la
résidence de M. Victor Benoit, Chef de la KONAKOM, constitue le cas le plus
flagrant et le plus prémédité de destruction de la propriété privée ce
jour-là. En effet, dans le cas de la
résidence de M. Gérard Pierre-Charles et des bureaux du CRESFED par exemple, il
existe des preuves que les assaillants ne savaient pas exactement où aller, et
qu’ils aient demandé à des passants des renseignements leur permettant de
localiser ces maisons.
En
revanche, la résidence de Victor Benoit est située dans un quartier où l’on
n’arrive pas par hasard. Sa destruction
a été froidement et professionnellement orchestrée. Un groupe de six hommes, tous masqués, arrivèrent vers midi et
repartirent vers 12 h 30. Ils
arrivèrent dans quatre véhicules armés jusqu’aux dents, dont un patrouilleur
officiel de marque Nissan, de couleur blanche, immatriculé au numéro 0824,
ainsi que trois autres véhicules non immatriculés. Ils mirent le feu à la résidence de M. Benoit, pièce par pièce,
dans un acte ciblé et bien calculé. Le
17 avril, la Commission entendit le témoignage de Mme Jessie Benoit concernant
les détails de l’attaque perpétrée contre leur résidence. Leur avocate, Mme Dilia Lemaire, informa la
Commission que le 18 décembre, ils déposèrent une plainte devant le Commissaire
du Gouvernement, et mirent en relief l’immatriculation de l’un des véhicules
qu’avaient utilisé les assaillants. En
effet, une enquête avait révélé que ce véhicule était une voiture de service de
la Chambre des députés, et d’autre part, le Président de la Chambre des députés
avait fait savoir qu’il était l’un de ceux qui avaient été mis au service de la
Chambre des députés. Me
Lemaire fit également remarquer que selon les déclarations des témoins du
quartier, le convoi de quatre véhicules était parti du poste de Police de Bon
Repos. Le 14 mars 2002, elle
introduisit une nouvelle action en justice contre le Commissaire du
Gouvernement mais n’a reçu aucune réponse jusqu’à présent.
Mme
Suzie Castor, épouse de M. Gérard Pierre-Charles, dirigeant de l’OPL, informa
la Commission le 10 avril que sa résidence au Morne Hercule, à Pétion-Ville,
fut attaquée et mise à sac le 17 décembre à environ 9 h 30. Elle expliqua qu’un groupe d’environ 15
personnes était à la recherche de sa maison, et lorsqu’il la trouva, il
conduisit son attaque à coup de pierres.
Des coups de feu ont également été entendus. Deux camions du Centre national de l’équipement (CNE)
transportant des bandits armés se mirent à attaquer sa résidence. Ils se frayèrent un chemin pour avoir accès
à la maison en abattant un mur latéral.
Mme Castor ajouta que le Sénateur Prince Sonson Pierre, et le Maire de
Pétion-Ville, ainsi que son assistant étaient présents tout au long de
l’attaque. Selon le témoignage du
Sénateur Prince Sonson Pierre reçu par la Commission, celui-ci se serait rendu
sur les lieux lorsqu’il entendit à la radio que la résidence des Pierre-Charles
avait été attaquée. Le but de sa visite
était d’empêcher que des préjudices soient causés à la famille de Gérard
Pierre-Charles et à sa résidence. Mme
Castor ajouta que deux véhicules furent incendiés au vu de la Police qui se
contenta d’observer. Dans son
témoignage, elle fit remarquer que les forces spéciales SWAT arrivèrent à sa résidence et ouvrirent les portes, ce qui
la rendait plus vulnérable à une mise à
sac par les attaquants. Elle ajouta que
ceux-ci avaient, en fait, l’intention de la tuer car ils disaient à haute voix
que lorsque les Pierre-Charles abandonneraient leur maison, ils les couperaient
en morceaux. Lorsqu’ils ne les virent
pas quitter la maison, ils se mirent à leur recherche dans le quartier et
causèrent des dommages à plusieurs autres maisons. Elle déclara de surcroît que les agresseurs arrivés chez elle
venaient de Cité Soleil, et qu’une voiture de Police rattachée à cette zone les
avait accompagnés.
Mme
Castor indiqua qu’après l’attaque, deux chargements de pierres furent enlevés
de la cour de sa maison. Ces pierres
avaient de toute évidence été transportées par camion et distribués aux
agresseurs, ce qui prouve qu’il ne s’agissait pas d’un acte spontané. La résidence privée de M. Reynold Georges,
le dirigeant politique du Parti ALAH, est située dans un lotissement comportant
deux autres maisons dont l’une sert de quartier général de son parti. Les circonstances de la destruction de ces
locaux ont été décrites plus haut. M.
Georges a fait savoir que des gens du quartier avaient appelé les pompiers,
mais que quand ceux-ci arrivèrent, ils déclarèrent: «C’est la maison d’un
dirigeant politique. Nous
n’interviendrons pas. Laissez-la
brûler!».
La
Commission visita les résidences privées de M. et Mme Gérard Pierre-Charles et
de M. Reynold Georges le 11 avril. Elle
visita également la résidence privée de M. et Mme Victor Benoit le 22 mai. Dans tous les cas, elle constata les
dommages infligés à ces résidences.
b. Autres
villes et localités
i. Gonaïves
et environs
En
dehors de la capitale, dans beaucoup de cas, le quartier général des partis
politiques de l’Opposition et les résidences des dirigeants des partis de la
Convergence Démocratique sont situés dans le même lotissement. Les cas des résidences des dirigeants des
partis politiques aux Gonaïves ont été décrits au chapitre précédent.
ii. Petit-Goâve
et environs
D’après les témoignages
reçus par la Commission, un groupe de militants de Fanmi Lavalas s’est réuni le 17 décembre dans la résidence de
l’ex-Magistrat Semereste Bolière. Au
cours de cette réunion, des armes furent distribuées en vue de leur utilisation
dans les attaques contre les résidences des membres des partis politiques de
l’Opposition. Le résultat a été
l’incendie et la mise à sac de 16 maisons.
M. Mckensie Innocent, un policier de Petite-Rivière de Nippes; M. Yves
Joly, un des gardes du corps du Député Milford Dufort; Ti Yonyon et sa femme
Aline, entre autres, ont été identifiés comme étant les auteurs de ces
actes. Parmi les résidences détruites
citons celles de Jean Jasmin, de Jean François et de Hypolite Desgrange.
Des
dirigeants de la Convergence Démocratique ont informé la Commission, au cours
de la visite effectuée par cette dernière à Petit-Goâve le 20 avril, que le
policier Manuel Pascal avait été le coordonnateur des «chimè» ( Groupes
d’individus violents généralement associés à Lavalas) qui avaient incendié
plusieurs maisons. Ces actes se
déroulèrent, de 8 h 30 à 17 h 30 en présence de la Police qui se contentait
d’observer. Ce jour-là, six personnes
ont été blessées par balle. Ils ont
également mentionné que les partisans de Fanmi
Lavalas avaient publiquement déclaré que leur objectif était de détruire l’Opposition,
et qu’ils allaient mettre à sac les résidences de ses dirigeants. Jean Willis, un ancien directeur de la
TÉLÉCO, a eu à dire «Il n’y aura plus aucun dirigeant des partis de la
Convergence Démocratique à Petit-Goâve».
La
Commission s’est rendue à ce qui était la résidence (entièrement détruite) de
Mme Marie-Rose Coicou ainsi qu’à celles de M. Jasmin et de M. François qui ont
également été gravement endommagées.
La
Commission a aussi eu des réunions avec les représentants de Fanmi Lavalas. D’après le Pasteur Semereste Bolière, ancien Député-Maire, des
partisans de la Convergence Démocratique mirent à sac et incendièrent la
résidence d’Emmanuel Antoine. Il a
ajouté que le même sort fut réservé à la résidence de sa mère. Il souligna que la Convergence Démocratique
terrorisait la population, que ses partisans occupaient maintenant le haut du
pavé, et que leur objectif était de déstabiliser le Gouvernement. La Commission s’est rendue dans les
résidences des partisans de Fanmi Lavalas
à Petit Goâve qui avaient subi des dommages importants. Le climat explosif qui règne à Petit-Goâve a
été décrit plus haut.
iii. Cap-Haïtien
et environs
Dans
le Nord du pays, au Borgne situé à 35 km à l’ouest du Cap-Haïtien, d’après un
témoignage recueilli du représentant de la Mobilisation
pour le Développement National (MDN) dans cette région, un grand nombre de
personnes ont dû fuir cette zone.
Aucune de ces personnes n’est un partisan de Fanmi Lavalas. Celles qui
n’ont pas pu s’échapper ont été ou tuées ou arrêtées. M. Marc Lamour, M.
Étienne Lamour, et Mme Marceline Joseph avaient été accusés d’être à la tête du
mouvement dirigé contre la MDN et mené par un groupe d’hommes lourdement armés.
La
Commission s’est rendue au Cap-Haïtien le 17 mai 2002. Elle a recueilli des déclarations de
plusieurs dirigeants des partis politiques appartenant à la Convergence
Démocratique, dans lesquelles ceux-ci décrivaient les actes violents perpétrés
contre les membres de cette coalition.
La résidence de M. Milton Chery
où la Commission s’est rendue, a connu des dommages causés par 50
personnes armées. Le Maire de Milot, le
Représentant des autorités portuaires, Mme Mislène Azémar (dite Mme Toto), et
Johnny Tabarre ont été désignés du doigt comme membres du groupe qui a attaqué
la maison de M. Chéry. Le poste de
Police est situé à 15 mètres seulement de la maison de M. Chéry, cependant,
aucune assistance n’a été fournie par la Police. M. Nixon, un membre de la Convergence Démocratique, raconta la
persécution à laquelle il a été soumis, et la tentative d’incendie de sa
résidence le 17 décembre (en fait cette maison a été incendiée le 6 mai
2002). Il a aussi mentionné les menaces
constantes dont il a été l’objet depuis lors.
M. Élusca Charles qui avait été auparavant candidate à la Mairie,
décrivit comment 17 personnes armées, menées par les autorités de la ville, ont
essayé d’attaquer sa maison. Ces
personnes emportèrent tout ce qu’elles voulaient, et mirent le feu à ce qui
restait. Il accusa la Police de
passivité. M. Chéry Pierre Bonnard, de
Dondon, localité située au Sud du Cap-Haïtien, mentionna la mise à sac de cinq
maisons par des personnes armées qui patrouillaient les rues. La Commission a reçu le témoignage de M.
Rosemond Martial et de plusieurs autres personnes qui ont confirmé les
déclarations ci-dessus.
La résidence de M.
Trifène Phaète, de la Grande-Rivière du Nord, a été attaquée, mais elle n’a
subi aucun dommage parce qu’elle était défendue par ses partisans. Lorsque M. Martial soumit au Commissaire sa réclamation,
celui-ci lui répondit que «Juridiquement il pouvait le présenter, mais pas
politiquement». M. Martial dût
s’adresser à un juge d’une autre localité pour qu’un inventaire de ses pertes
soient dressé.
iv. Les
Cayes et environs
Le
20 mai, la Commission s’est rendue aux Cayes, dans le Département du Sud
d’Haïti. À la réunion qu’elle a tenue
avec les dirigeants des partis politiques de la Convergence Démocratique, M.
Claude Bernard, de l’OPL, a rappelé que
le 17 décembre, le Député Serge Métellus avait annoncé qu’un véhicule venant de
Petit-Goâve en route vers Les Cayes, transportait un groupe important de
personnes armées qui s’exprimaient en espagnol. Par suite de cette annonce, les membres de Fanmi Lavalas envahirent les rues, mirent à sac et incendièrent les
maisons et les établissements de commerce appartenant aux membres de la
Convergence, dont ceux de M. Jean-Gabriel Fortuné, et de beaucoup
d’autres. Ils s’attaquèrent alors à la
maison de M. Faubert Pierre-Louis, dirigeant du MOCHRENA qui habite la localité
de Simon, près des Cayes. Le groupe
était mené par un partisan de Fanmi
Lavalas «Ti Pistol» et était armé de pistolets et d’autres armes
militaires. La Commission a reçu la
liste des personnes qui avaient été accusées d’avoir participé à cette
attaque. Elle a aussi été informée
que la Police n’avait pas été présente sur les lieux pour protéger la vie des
dirigeants de l’Opposition, mais plutôt pour assurer la protection des «chimè».
À
Saint-Louis du Sud, située à 25 km des Cayes, les délégués de la MDN ont
informé que la résidence de Mme Christina Dorfeuille avait été mise à sac et
incendiée par les «Chimè Lavalas» qui sont arrivés avec l’aide du Député Jean
Candio, de Fanmi Lavalas. La Commission a également reçu les documents
dans lesquels figurait une liste des personnes qui avaient été assassinées le
17 décembre. La Commission a aussi
été informée que l’ancienne candidate à la députation, l’Ingénieure Sonette
Castor, membre de la Convergence Démocratique, fut mise en état d’arrestation
le 17 mars 2002, et fut rouée de coups infligés par les «Chimè
Lavalas» en présence du Juge Éberle Cadet à l’intérieur du Tribunal où il
exerçait ses fonctions à Cavaillon.
v. Hinche
et environs
D’après
Fritz Luckner Jean, dirigeant de la
MDN, deux jours avant l’attaque perpétrée contre le Palais national, le
Député lavalassien, Barbot Villier, entra à Lascahobas dans une camionnette
remplie d’armes à feu, qu’il distribua à environ 50 activistes dans trois
communautés de Lascahobas.
4. Centres
culturels et d’enseignement
Pendant
les événements du 17 décembre, deux centres culturels à Port-au-Prince ont été
l’objet d’attaques: le Centre de
recherche et de formation économique et sociale pour le développement
(CRESFED), et l’Institut français.
Le
CRESFED est un centre de formation, de recherche et de documentation qui a été
fondé en 1986 et dont le Directeur est le Professeur Suzy Castor. Ce bâtiment qui offre une source
irremplaçable de matériels sur l’histoire et la culture d’Haïti et des Caraïbes
a été l’objet d’une attaque, pillé et réduit en cendres le 17 décembre 2001.
Mme
Suzie Castor raconta le 10 avril comment le Centre fut mis à sac et
détruit. Elle fit remarquer qu’environ
14 personnes arrivèrent dans le quartier à la recherche du Centre, et le
trouvèrent après avoir demandé des renseignements à trois reprises. C’est alors
qu’elles commencèrent leur attaque.
Personne n’était dans le Centre à ce moment. Un autre groupe mené par la Police arriva. Il était accompagné d’un délégué de
l’édilité rattaché à cette section du Canapé-Vert. Ces personnes arrivèrent avec l’intention de détruire le
Centre. Elles entrèrent dans le
bâtiment, et allant de pièce en pièce, elles pillèrent et détruisirent tout sur
leur passage. Certains documents volés
par les malfaiteurs furent plus tard vendus par eux. En fait, le lendemain du jour de cette attaque, des exemplaires
de la collection d’ouvrages spécialisés du CRESFED étaient vendus sur les trottoirs
de Port-au-Prince. Le Centre s’était
fait une renommée, et était reconnu pour les chances qu’il offrait à toute
personne intéressée, quelque que soit son niveau, de partager la richesse du
savoir. Tant des groupes communautaires
que des universitaires assistaient aux colloques qu’organisait le CRESFED. Le Centre était le dépositaire des ouvrages
d’histoire haïtienne, et il était le plus grand centre de documentation sur
l’Amérique latine et les Caraïbes.
Le
20 avril, la Commission s’est rendue au CRESFED et a observé les dommages.
L’Institut français, (ou l’Alliance française) est une institution
prise en charge par le Gouvernement français dans plusieurs pays. Il a pour objet de familiariser les citoyens
du pays d’accueil avec la langue et la culture françaises, et il offre des
cours à l’intention de tous ceux qui désirent maîtriser le français. Une villa située derrière l’Institut, mais
sur la même propriété, a été mise à sac, et plusieurs objets y ont été volés. La villa est située à l’arrière de bâtiments
qu’occupaient auparavant les quartiers généraux de la Convergence Démocratique et de la KONAKOM.
La
Commission a recueilli des témoignages sur les dommages qui ont été causés
uniquement dans un centre d’enseignement.
L’école élémentaire Manassé situé à Biot, à l’entrée ouest de la ville
des Gonaïves, faisait partie d’un campus qui se trouvait sur la propriété du
Pasteur Sylvio Dieudonné. On y trouvait
également un jardin d’enfants et un lycée où les élèves recevaient un
enseignement spécialisé en ébénisterie et soudure. Cinq bâtiments au total, y compris la résidence du Pasteur et
l’église occupaient le même complexe.
Ils ont été réduits en cendres. Lorsque la Commission s’est rendue aux
Gonaïves, c’était déchirant de voir ces jeunes enfants recevant l'instruction
dans ce qui restait des bâtiments qui n’avaient pas encore été réhabilités.
C. Possibilités de liens entre les incidents
cités aux sections A et B ci-dessus -et les actes de violence perpétrés le 28
juillet 2001 à Port-au-Prince et dans d’autres localités en Haïti
1. Les
violents incidents du 28 juillet 2001
a. Introduction
Par
suite des manifestations répétées montées par les partis politiques de
l’Opposition contre les résultats des élections qui ont eu lieu le 21 mai 2000,
l'OEA commença diverses consultations avec le Gouvernement et l'Opposition en
vue d'arriver à un règlement politique satisfaisant à cette dispute
prolongée. Les discussions étaient
assez avancées, et elles ont débouché sur un accord initial qui est intervenu
le 15 juillet 2001. L'espoir de l’atteinte
d'une solution le plus tôt possible a été de courte durée, car le 28 juillet
2001, une nouvelle intervention armée se produisit dans la vie du pays.
Dans
les premières heures de la matinée du samedi 28 juillet 2001, des coups de feu
furent entendus en provenant du poste
de Police de Pétion-Ville. Des coups de
feu ont également été entendus en provenance de l’Académie de Police nationale
où trois officiers de Police furent tués et quatorze blessés. Un peu plus tard dans la journée, les postes
de Police de Mirebalais, Belladère, et Hinche furent également été attaqués.
Plusieurs
individus et officiers de Police qui ont été témoins des événements ont apporté
des témoignages devant la Commission qui a également bénéficié d’un rapport
établi en août 2001 par une délégation des organisations des droits humains
comprenant la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens; la Plate-forme
des organisations haïtiennes des droits de la personne, et la Commission des
avocats pour le respect des libertés individuelles. Selon ces témoignages, les attaques dirigées contre l’Académie,
le poste de Police de Pétion-Ville et d’autres postes de Police à Mirebalais,
Belladère et Hinche avaient été planifiées de façon à se produire de façon
simultanée.
Six
hommes armés attaquèrent le poste de Police de Pétion-Ville dans la première
heure du 28 juillet 2001. Ils
occupèrent le poste de Police, et y restèrent pendant environ une heure et demi
avant de partir en emportant avec eux toutes les armes et les munitions qu’ils
pouvaient trouver. Les officiers du
poste ne ripostèrent pas. En fait, la
plupart d'entre eux prirent la fuite à l'arrivée des commandos. Aucune tentative ne semble avoir été faite
par le haut commandement des forces de Police pour apporter protection ou
renfort aux officiers de Pétion-Ville.
Les attaquants quittèrent le poste de Police et se rendirent à
l’Académie de Police pour rejoindre un autre groupe qui à ce moment
l’occupaient déjà.
La
Commission reçut un témoignage de M. Henry-Claude Ménard, ex-Ministre de
l’intérieur, qui informa que selon les rumeurs qui circulaient, la possibilité
d'un coup d'État avant le 28 juillet avait été indiquée. Il précisa qu'un certain Ravix, un homme
ayant des connexions avec Guy Philippe et Michel François, organisait un coup
d’État.
M.
Jean Nesly Lucien, Directeur général de la Police nationale d'Haïti, informa la
Commission que les attaques perpétrées le 28 juillet contre l’Académie de
Police et le poste de Police de Pétion-Ville avaient pour but d’intimider les
forces spéciales SWAT et de s’approvisionner
en armes.
La
Commission recueillit le témoignage de Mme Claudette Logan et de M. Martino
Dorcil qui exposèrent tous les deux la situation de Martino Moles, un ancien
soldat, qui est actuellement gardien de la sécurité dans la société COBRA et
qui assurait la sécurité de la TÉLÉCO dans le quartier de Pont-Morin le 28
juillet 2001. Il fut enlevé le 10
septembre 2001 par un groupe d’hommes lourdement armés, dont les visages
étaient camouflés. Il fut emmené au
poste de Police de Pétion-Ville et accusé d’avoir participé aux événements du
28 juillet. Aucune accusation formelle
n’avait cependant été portée contre lui.
Parce qu’il est un ancien soldat, son casier judiciaire, comme ceux de
tous les anciens soldats, bénéficiait d’un traitement particulier: On ne le retrouve pas.
Les
représentants de la MDN ont fait savoir que le 28 juillet 2001, les membres de Fanmi Lavalas à Lascahobas envahirent
les rues et attaquèrent tous ceux qui n’appuyaient pas leur mouvement. Ils informèrent que le Député Vinter Badeau,
accompagné du Juge Lionel Demesar et des militants de Fanmi Lavalas étaient secrètement à la recherche de Luc Mondésir et
de Luckner Jean en vue de les assassiner.
Ils ont donc dû laisser le pays.
Les représentants de la MDN informèrent également qu'à Hinche, trois
membres de leur parti furent ejectés d'un hélicoptère en plein vol. Cette
information n’a pas été confirmée. À
Savanette, une femme enceinte fut battue, ce qui a provoqué une fausse-couche. Ils identifièrent les chefs des bandes
armées comme Amos Louis, à Thomassique; Jonas Vincent, à Belladère, et Fanfan
Ti Bois, à Mirebalais.
M.
Renan Hédouville, membre du Comité des
avocats pour le respect de la liberté individuelle (CARLI) souligna à
l’intention de la Commission qu’une interdiction de diffusion avait été placée
sur toutes les informations relatives aux événements qui s’étaient produits ce
jour-là. Cependant, a-t-il indiqué, le
CARLI mena une enquête et confirma que la Police avait organisé le massacre de
la population à Belladère. Ceux qui
avaient condamné ce massacre, d’après M. Hédouville, avaient été assassinés.
La
Commission a demandé qu’une copie du Rapport relatif aux enquêtes menées sur
les événements de juillet 2001, établi par l’Inspecteur général de la
Police. Ce rapport n'a pas été fourni.
La
Commission a conclu que tous efforts de la Police étaient dirigés vers la
libération de l'Académie de Police, ce qui explique qu'aucune attention n'avait
été accordée au poste de Police de Pétion-Ville. Cependant, les témoignages qu’elle a recueillis la portent
également à croire que la Police n’a pas coordonné une attaque ciblée contre
les assaillants à l'Académie par incapacité ou manque de volonté.
Après
avoir été rejoints par leurs compagnons d’armes qui avaient pu s’emparer du
poste de Police de Pétion-Ville, les attaquants s’installèrent dans l'Académie
pendant environ cinq heures à l’issue desquelles, ils purent partir sans aucune
difficulté. Tous les officiers de Police
disponibles avaient été mobilisés.
Cependant les assaillants purent partir sans qu’un seul des officiers
envoyés à l’Académie ne les arrêta. La
plupart des officiers de Police qui étaient en cours de formation à cette
Académie prirent la fuite.
La
Commission estime que cet état de choses n’encourage pas la confiance de
quiconque doit se reposer sur la Police pour sa protection. Nous avons envisagé la question plus en
détail auparavant, lorsque nous avons parlé de l’attaque du 17 décembre
perpétrée contre le Palais national. Nous nous bornerons à dire que selon la
Commission, il est incompréhensible qu’un complexe abritant, entre autres, les
forces spéciales SWAT, ainsi que la Brigade d'intervention et d'enquête ait pu
si facilement être occupé. La
Commission a aussi pu confirmer que les services suivants des forces de Police
font partie de l’Académie: l’Unité
d'intervention et d’enquête; le Bureau des affaires criminelles; le Bureau des
enquêtes judiciaires; le Bureau pour la
lutte contre le trafic des drogues, ainsi que les officiers et les hommes de
l'école de formation pour les nouvelles recrues. Un autre sujet de plus grande préoccupation est le fait qu’à la
suite de ces attaques, au moins trois autres postes de Police, dans d'autres
parties du pays, aient pu être également attaqués et occupés et que cependant
la première tentative d’envoi de renfort à ces poses a été faite à 18 heures à
Belladère.
En
raison des délais limités, la Commission n’a pas pu se rendre à Belladère,
Hinche et Mirebalais. Elle a dû se
reposer sur le rapport de la Coalition des droits de l’homme qui a fait un
rapport sur les incidents survenus dans ces localités.
b. Port-au-Prince
Le
Commissaire Patrick Guillaume qui était chargé du poste de Police de
Pétion-Ville le 28 juillet 2001 informa la Commission que lorsqu’il
entendit les coups de feu nourris provenant des environs de l’Académie de
Police à environ 3 heures, il téléphona à l’Académie. Quelqu’un lui répondit que l’Académie avait été occupée; que le
Président Aristide n’était plus Président, et que s’il voyait dans les rues des
personnes en uniforme, il devrait coopérer avec elles. Il s’est alors entretenu avec le Chef de la
Police qui lui ordonna de se rendre à l’Académie pour se rendre compte de ce
qui se passait. Arrivé aux environs de
l’Académie, il confirma la fusillade au Chef de la Police. Ce dernier le rencontra près de l’École de
la magistrature située pas trop loin de l’Académie, et y installèrent les
cordons de sécurité.
En
route vers le poste de Police de Pétion-Ville, il vit une grande camionnette de
couleur blanche transportant six ou sept personnes en tenue de camouflage,
lourdement armées, et portant des ceintures de balles autour de la taille. Il appela le Chef de Police pour le mettre en
garde. On lui ordonna d'essayer de les
empêcher d'arriver à l'Académie, mais il n'a pas pu le faire. Lorsqu'il arriva au poste de Police de Pétion-Ville, il trouva un bâtiment
désert. Il vit les empreintes de balles
sur les fenêtres et les stores du Bureau de communications de ce poste. Les attaquants s'étaient emparés de toutes
les armes et munitions qui y étaient en dépôt.
Ce poste était doté de 16 officiers de Police ce matin-là. Aucun d'eux n'avait été blessé.
M.
Jean Nesly Lucien, Directeur général de la Police rapporta que ce jour-là,
entre 3 heures et 4 heures, on l'informa que l'Académie avait été
attaquée. Il s’y rendit ne put pas y
pénétrer parce qu’il avait été accueilli par des coups de feu dirigés par les
assaillants contre lui. Il attendit
dans une église voisine que des renforts arrivent lorsqu’un autre groupe venu
de Pétion-Ville vint à l’aide de ceux qui occupaient déjà l’Académie. Ce groupe comprenait 15 personnes et
étaient en tenue de camouflage.
La
Commissaire Hermionne Léonard, Directrice de la Police pour le Département de
l'Ouest, informa la Commission que dans les premières heures de la matinée du
28 juillet, quelques officiers de Police arrivèrent chez elle pour l'informer
de l'attaque contre l'Académie. Elle
s’y rendit et y arriva à 3 heures. Le
Directeur de l'Académie lui demanda de solliciter du renfort, ce qu'elle
fit. Près de l'Académie, elle vit deux
hommes lourdement armés qui portaient des ceintures de balles entourant leur
corps. Elle fit savoir au Directeur de
l'Académie que des hommes l'avaient empêché d'avancer et qu'elle ne pourrait
pas entrer le retrouver. Elle entra
cependant dans l’Académie par d'autres moyens, et d’autres membres de son Unité
purent également la rejoindre. Elle put
se frayer un passage pour entrer dans cette enceinte bien qu’on lui tirait
dessus. Certains officiers avaient été
blessés. Elle décrivit la situation à
l’Académie comme étant totalement chaotique.
Le
Commissaire Jean-Yonel Trécile était à cette époque Directeur du Centre de
formation de l’Académie de Police.
Entre 5 heures et 5 h 30, il reçut un message et essaya, en utilisant la
ligne ordinaire, de téléphoner à l’Académie, mais il n'a pu joindre personne à
l’autre bout du fil. Il téléphona alors
au Commissaire Jan Eddy Cantave sur son portable, et celui-ci lui confirma
qu'il y avait eu une fusillade à l'Académie, et que celle-ci avait été envahie
par l'armée. Il s'enquit des recrues et
apprit que plusieurs avaient été tués et que les autres avaient pris la
fuite. A ce moment, quelqu’un prit,
paraît-il le téléphone portable du Commissaire Cantave, et s'adressa à lui en
créole, l'invita à venir à l’Académie s'il désirait se rendre compte
personnellement de la situation. Il se
rendit donc à l'Académie où il rencontra le Commissaire Léonard et le Directeur
général de la Police.
Une
mise en garde générale fut lancée à partir du Centre de communications de la
Police centrale à environ 6 h 30 ou 7 heures, mettant tous les autres postes de
Police du pays en état d’alerte en raison de l’attaque perpétrée contre
l’Académie. Dans l'intervalle, des
attaques continuaient dans le Plateau central et dans un poste proche de la
République Dominicaine.
c. Autres villes et localités
i. Mirebalais
Les
assaillants armés qui arrivèrent à bord d’un véhicule attaquèrent le poste de
Police de Mirebalais à environ 8 heures.
Un des officiers de Police qui était présent à ce poste s’échappa en
sautant dans un ravin alors qu'un autre officier fut tué par balle. Les attaquants détruisirent tous les moyens
de communication, et s'emparèrent de toutes les armes et munitions qu’ils
pouvaient trouver.
ii. Belladère
Un
groupe d’hommes armés firent leur apparition à Belladère à environ 9
heures. Ils ouvrirent le feu en tirant
en l'air dans toutes les directions avant d'occuper entièrement cette
localité. Pendant cet incident, une
femme reçut une balle dans le dos. Les
attaquants ont eu le contrôle de Belladère jusqu'à une heure avancée de la
soirée.
A
environ 11 heures, l’un des attaquants lut un message retransmis sur la station
de radio locale «Rotation F.M.», dans lequel il invitait les anciens membres de
l’armée à se joindre à son groupe.
L’opération, dit-il, était menée par d'anciens militaires qui voulaient
reprendre leurs anciennes fonctions. À environ 14 heures, un hélicoptère
survola la ville mais repartit sans atterrir.
A 18 heures, deux autres hélicoptères atterrirent sur le terrain de
football à l’entrée de la localité. Les
membres des forces spéciales SWAT débarquèrent et entrèrent dans la
localité. À l’arrivée de ces forces
spéciales, les attaquants battirent en retraite. Aucune confrontation armée n’eut lieu entre les deux camps.
iii. Hinche
Le rapport établi par la
Coalition des droits humains au sujet de l’intervention armée qui s’est
déroulée ce jour-là fut obtenu uniquement de sources de Police. D'après la Police, un groupe d'attaquants
qui arrivèrent à Hinche à 12 h 30 n'avait pas pu entrer dans la ville parce que
quatre officiers de Police avaient été en faction à l'entrée de la
localité. Il y eut un échange de coups
de feu, et trois des officiers remirent leurs armes et se soumirent. Le quatrième officier qui refusa de se
rendre fut tué par balle.
On
ne sait pas quand les attaquants quittèrent cette localité.
d. Conséquences des attaques
Les attaques du 28
juillet 2001 causèrent plusieurs morts et des blessés, ainsi que de nombreuses
arrestations. Cependant, peu de
dommages à la propriété privée furent rapportés.
i. Port-au-Prince
Selon les rapports, trois
personnes furent trouvées mortes à Port-au-Prince. Elles étaient des officiers de Police. Le Commissaire Cantave, l'Administrateur de l'Académie de Police
et deux recrues, Michel Mifleur et Lourdes James Bazemar. La majorité des personnes qui, selon les
rapports, furent blessées pendant les événements du 28 juillet 2001 étaient des
recrues à l'Académie.
Plusieurs
officiers de Police furent mis en état d’arrestation à Port-au-Prince. Ils furent détenus pendant plusieurs
jours. Bon nombre d’entre eux avaient
été mis en liberté, bien que le Commissaire de Division Mario Andresol dont la mise en liberté immédiate avait été
ordonnée par le Tribunal le vendredi 10 août était encore en détention le lundi
suivant dans l'après-midi.
ii. Mirebalais
Un
officier de Police au poste de Police de Mirebalais, Bruno Donaïs Celusca,
trouva la mort. Aucun blessé et aucune
arrestation ne furent rapportés. Il
semble que l'attaque perpétrée contre le poste de Mirebalais avait uniquement
pour objectif la saisie d’armes et de munitions.
iii. Belladère
Aucune
perte de vies humaines n’a été enregistrée à Belladère. Une femme fut blessée, et plusieurs
arrestations furent effectuées. Selon
les informations reçues, la répression commença lorsque les forces spéciales SWAT
reprirent le contrôle de Belladère. Ils
mettaient en état d’arrestation et attaquaient les personnes qui passaient
devant le poste de Police, et perquisitionnaient les maisons de certains
membres des anciennes forces armées, et des personnes étroitement liées à la
Convergence Démocratique. On prétend
que les perquisitions furent menées sous la direction des dirigeants élus
localement du parti Fanmi Lavalas qui
avaient en mains une liste de ceux qui devaient être arrêtés.
Les
personnes qui ont été mis en état d’arrestation à Belladère étaient des
professionnels; d'anciens candidats à des postes électifs; des partisans de la Convergence Démocratique; des anciens
officiers de l'armée et les membres de leur famille.
iv. Hinche
Trois
personnes trouvèrent la mort à Hinche ce jour-là: Zacharie Simon, un officier
de Police; Wilner Jean-Louis, un ancien membre des forces armées et partisan de
la Convergence Démocratique et un
inconnu dont le cadavre enterré a été trouvé sur les rives de la rivière
Inquite. Comme à Belladère, les
personnes arrêtées étaient des professionnels; d’anciens candidats à des postes
électifs; des partisans de la Convergence
Démocratique, et d’anciens militaires ainsi que des membres de leur
famille.
Selon
les informations, de nombreuses irrégularités juridiques se sont produites à
Hinche. Plusieurs arrestations
illégales ont été effectuées, bien que certaines personnes arrêtées ont été
plus tard remise en liberté. La mort de
Wilner Jean-Louis est survenue, selon la Police, au cours d'un échange de coups
de feu avec la Police. Sa maison a été
perquisitionnée, mais aucune preuve compromettante n’a été trouvée. Le Juge de paix qui avait été convoqué pour
examiner son corps n'a pas bénéficié des délais suffisants pour observer les
lieux de la mort et écrire son rapport, sous la rubrique que la Police était
pressée et n'avait pas de temps à perdre.
La
Police, accompagnée de quelques autorités judiciaires et de deux membres du
parti au pouvoir Fanmi Lavalas, Amos
Métellus et James Joseph, avait en mains une liste des maisons qui devaient
être perquisitionnées. Cette liste
comportait les noms de plusieurs professionnels; d’anciens membres des forces
armées, et de partisans de la Convergence Démocratique. En conséquence, bon nombre de personnes
furent mises en état d’arrestation, subirent de mauvais traitements et furent
détenues dans la prison locale. Par
exemple, la Police plaça en état d’arrestation Hébert Séraphin, le
Coordonnateur de «Espace de Concertation»
de Hinche, et Jean-Yves Damus, sans mandat d’arrêt, et en violation de
l’article 24.2 de la Constitution.
Le
Centre de formation qui abritait le
Bureau d'assistance légale du Mouvement
Paysan Papaye (un parti de l'Opposition) fut complètement détruit par un
incendie allumé par un groupe d'inconnus.
e. Inefficacité de la réponse de la Police
Compte tenu de la
réponse de la Police face aux assaillants du 28 juillet 2001, plusieurs
questions doivent être posées, dont la plus importante est le manquement de la
Police de repousser ou de répondre de manière plus efficace à l’une ou l’autre
des attaques. La Commission admet que les villes de Mirebalais, Belladère et
Hinche sont très éloignées de Port-au-Prince et qu’il peut être difficile
d’atteindre ces postes de Police inadéquatement dotés avec suffisamment
d’hommes et de munitions à temps pour lancer une contre-attaque. Mais le poste
de Police de Pétion-Ville se trouve aux alentours de Port-au-Prince et pendant la nuit en question, 16 officiers
étaient de service. Cependant, il n’y a eu aucune réponse à l’attaque contre le
poste de Police.
La situation de l’Académie de Police est encore plus
incroyable. Celle-ci se trouve près de Port-au-Prince. En fait plusieurs
officiers cadres sont arrivés sur la scène dès 5 heures et selon les
témoignages recueillis, l’Académie et l’Ecole de la magistrature, qui est
située près de l’Académie étaient entourées. Cependant les assaillants ont pu
quitter l’Académie vers 7 heures sans être pris à partie.
Il a été indiqué à la Commission que la force de Police n’est
pas formée ni équipée pour gérer ce genre de situation. Mais, en bref, elle
devrait l’être, étant donné qu’Haïti ne dispose pas d’armée. Au moins, la
Police aurait dû être en mesure de défendre ses propres installations, sinon, la
sécurité de l’Etat tout entier pourrait être menacée.
2.
Liens possibles
entre les incidents du 28 juillet 2001 et du 17 décembre 2001
La Commission n’a pas pu
établir de liens définitifs entre les événements du 28 juillet et du 17
décembre 2001. Elle a cependant relevé des similarités marquantes entre ces
deux événements. Alors que l’objectif déclaré dans les deux cas était de
renverser le Président Aristide du pouvoir, les moyens utilisés pour parvenir à
réaliser cet objectif n’auraient pas permis d’aboutir au résultat
recherché. Par exemple, bien que
l’attaque contre l’Académie de Police le 28 juillet se soit produite seulement
à quelques kilomètres de la résidence du Président du pays, rien n’indique que
les assaillants aient essayé de l’atteindre. Il se sont seulement contentés
d’occuper l’Académie pour l’abandonner au moment opportun.
L’occupation des postes de Police à Pétion-Ville, Mirebalais et
Hinche a été de courte durée. Il semble que l’objectif de cette attaque était
d’y enlever les armes et munitions que pourraient trouver les assaillants. Même
à Belladère où les assaillants avaient le contrôle de la ville pour toute la
journée, ils sont partis dès qu’ils ont réalisé que les Forces SWAT n’étaient
pas présentes pour lancer une attaque destinée à les déloger.
Le 17 décembre, les assaillants étaient en plein contrôle du
Palais national. Les témoignages indiquent cependant qu’il était largement
connu que le Président quitte toujours Port-au-Prince les vendredi soirs pour
se rendre dans sa résidence privée. Il retourne le lundi matin, à moins qu’il
ait des raisons spéciales de rester à Port-au-Prince en fin de semaine. Les
assaillants ne pouvaient donc pas s’attendre à le retrouver au Palais. En
outre, si le Président était resté au Palais, les assaillants n’auraient pas
pu pénétrer l’enceinte du palais si
facilement ou pas du tout, étant donné que l’on sait que le Président est très
bien gardé.
Dans
une tentative typique de coup d’état, les forces d’invasion visent tout d’abord
certaines cibles stratégiques comme le chef de l’Etat, le chef du Gouvernement,
le Haut Commandement des Forces armées et la Police, les stations de radio et
de télévision et les ports aériens et maritimes. Il n’y a eu aucune tentative d’atteindre l’une de ces
cibles ou lieux à l’une ou l’autre de ces dates. Ces observations ont porté
ceux qui n’appuient pas le Président Aristide a dire qu’il n’y avait pas
vraiment eu de tentative de coup d’état. La Commission maintient fermement sa
conclusion, à savoir que les événements qui ont été décrits dans d’autres
passage du présent rapport ont en fait eu lieu, qu’ils ont provoqué des
bouleversements au sein de la population qui ont abouti à la violence, à des
blessures, à la destruction et à la mort. Entre autre conséquence, ces
événements se sont soldés par une plus grande polarisation de la situation
politique du pays qu’il ne sera pas facile de
surmonter, alors que des accusations et contre-accusations sont lancées partout. Ces actions ont
certainement compliqué toute tentative de parvenir à un règlement au sujet des
élections contestées de mai 2000.
Autre frappante similarité, c’est que dans les deux cas,
quelques-uns des présumés assaillants
semblent être venus de la République Dominicaine. Personne ne pouvait
établir avec certitude leur provenance, mais il est un fait qu’après leurs
incursions, leur chemin d’évasion les mena vers ce pays. On peut donc
raisonnablement conclure qu’ils étaient venus de ce pays.
Il semblerait que
l’intention des assaillants peut avoir été de mettre à l’épreuve les mécanismes
de défense de l’Etat et de démontrer combien il était facile d’occuper des
points stratégiques dans le pays. Cependant, le nombre d’hommes, d’armement et
d’équipement dont ils disposaient, dit-on, y compris le matériel volé du Palais
et de plusieurs stations de Police, aurait clairement été insuffisants pour
prendre fermement pied dans le pays, à
moins qu’ils s’attendent à recevoir de l’aide de l’intérieur du pays.
On craint une répétition éventuelle de ces actions qui
entraineront des conséquences encore plus graves à l’avenir. Cette crainte
devrait encourager les combattants politiques en Haïti à fournir une aide plus
significative à l’OEA à laquelle échoit la tâche peu enviable et apparemment
permanente d’essayer de contribuer à résoudre une situation qui se détériore
rapidement dans ce pays.
D. Les attaques, les actes d’intimidation et les
menaces contre des membres de la presse et des propriétaires de média le 17
décembre 2001 et les jours suivants
1. Antécédents
L’assassinat
du journaliste Jean Dominique le 9 avril 2000 indique la gravité des menaces
que reçoivent les journalistes, selon le témoignage de M. Léontes Dorzilme. Il
a fait savoir que la presse indépendante est accusée d’essayer de déstabiliser le
«Pouvoir» (c’est-à-dire le parti au pouvoir). Le jour des funérailles de Jean
Dominique, des manifestants Lavalas se rendirent à la Radio Vision 2000 et menacèrent de l’incendier, ainsi que d’autres
sites tels que le quartier général de l’Opposition. Il ajouta que lorsque des
journalistes annoncèrent que les élections du 21 mai 2000 étaient contestées,
le «Pouvoir» commença à «s’ériger contre eux».
Le 9 août 2001, deux
journalistes de la station Radio Rotation
FM à Belladère furent arrêtés sans
mandat et la station de radio fit l’objet d’une perquisition sans la présence
d’une autorité judiciaire compétente, contrairement à la Constitution.
A
Saint-Marc, le 29 novembre 2001, des journalistes de la Radio Métropole, de la Radio
Vision 2000 et de Radio Caraïbes,
entre autres, faisaient des reportages sur une manifestation organisée par
l’Opposition pour critiquer la performance du Gouvernement. Ces journalistes
ont été persécutés.
Selon le document
intitulé: «Haïti – droits de l’homme», le journaliste Brignol Lindor, Directeur
d’information à la Radio Echo 2000, fut assassiné le 3 décembre 2001 à coups de
machette à Petit-Goâve par un groupe de membres d’une Organisation populaire
dénommé «Domi nan Bwa», d’allégeance Fanmi Lavalas. Le rapport souligne que
trois jours pus tôt, le 28 novembre 2001, le Maire adjoint de Petit-Goâve, M.
Dumas Bony, membre du Parti Lavalas, avait lancé publiquement un appel à la
population locale pour qu’elle se transforme en «brigades de vigilance» et
applique la «zéro tolérance» à environ six «terroristes» dont il avait cité les
noms. Parmi eux, figurait le nom de Brignol Lindor. Le terme
« terroriste » avait été appliqué, dans ces circonstances, à des
membres présumés de la Convergence Démocratique. La famille de M. Brignol
Lindor a nié que celui-ci ait été impliqué d’une façon quelconque avec la
Convergence Démocratique.
2. Attaques,
actes d’intimidation et menaces visant les membres de la presse
Pendant
la mise à sac et l’incendie des quartiers généraux de la Convergence
Démocratique, de l’OPL et la KONAKOM le 17 décembre, les assaillants
attaquaient ouvertement plusieurs journalistes. Ils leur disaient que leur présence était indésirable et que si
les journalises de Radio Caraïbes et
de Radio Vision 2000 assistaient à
ces actes, ils les brûleraient à vif.
Les assaillants se rendirent à Radio
Vision 2000, menacèrent de réduire la station en cendres et obligèrent les
journalistes à crier «Vive Aristide!».
Certains journalistes étaient tellement traumatisés par ces événements
qu’ils décidèrent de quitter Haïti. Les
mêmes actes se sont répétés à Radio
Caraïbes et à Radio Signal FM.
Les
militants de Fanmi Lavalas attaquèrent
plusieurs journalistes ce jour-là. Ils
martelaient les véhicules appartenant à Radio
Métropole, à Signal FM et à
d’autres stations de radio. Certains
membres de Fanmi Lavalas s’exclamaient
ce jour-là «Vous êtes de Radio Métropole?
Vous êtes de Radio Caraïbes? Vous
êtes donc de l’Opposition. Nous allons
vous donner une leçon!»
Les
journalistes durent non seulement subir les attaques verbales, assister au
martèlement de leurs véhicules, mais ils furent également victimes d’agressions
physiques. Le 17 décembre, au moins
trois des journalistes, face aux pistolets dirigés contre eux par les militants
de Fanmi Lavalas, furent contraints
par eux de crier publiquement à haute voix «Vive Aristide! Vive Lavalas!»
À
11 heures, aucune station de radio ne parlait des événements, expliqua Denis
Racicot à la Commission. Il y a
quelques années, les putschistes avaient contrôlé les médias pendant des
événements similaires. Cette fois-là,
elles étaient contrôlées par Fanmi
Lavalas.
Plusieurs
journalistes se virent contraints de quitter le pays pour se rendre à Miami, à
Boston, New York et en France. L’attention
de la Commission a été attirée sur le fait que la polarisation politique
existant en Haïti a mis les journalistes dans une mauvaise position. Toute analyse objective des événements est
perçue comme favorisant le Gouvernement ou l’Opposition. On ne peut pas être neutre. Les journalistes se voient dénier la justice
parce qu’ils sont perçus comme favorables à l’Opposition. Si des journalistes sont attaqués par les
militants de Fanmi Lavalas, les
autorités ne nient jamais qu’ils y avaient été autorisés, pas plus qu’ils ne
prennent des mesures contre ces militants.
M.
Joseph Guyler Delva déclina devant la Commission les détails des menaces qu’il
avait reçues. Il indiqua spécifiquement
les menaces de mort que lui avaient faites les dirigeants des Organisations
Populaires qui s’identifient avec Fanmi
Lavalas. Par exemple, M. René Civil
l’a accusé publiquement de travailler dans l’intérêt des «colons blancs». Le 11 janvier 2002, il dût quitter
précipitamment l’Hôtel Plaza à Port-au-Prince où il prononçait une conférence
sur «La liberté de la presse en Haïti» en compagnie de M. Robert Ménard de «Journalistes sans frontières». Tous les deux furent contraints de s’enfuir
car M. René Civil et M. Paul Raymond, accompagnés des membres de leurs groupes
manifestaient devant l’hôtel et y pénétrèrent pour les attaquer. Les dirigeants
des Organisations Populaires susmentionnées soutenaient que ce genre de
conférences discréditait le Gouvernement.
M. Delva informa que Paul Raymond l’avait accusé d’être un agent de M.
Ménard, et que lui et M. Ménard avaient distribué des armes à travers le pays pour déstabiliser le
Gouvernement. Toutes ces accusations
n’avaient pour objectif que de justifier le traitement qu’ils voulaient lui
réserver. M. Delva mentionna également
les menaces proférées publiquement
par M. Figaro Désir, chef de «Balé Wouzé» (humecter avant de balayer), une
Organisation Populaire de Saint-Marc, qui lui disait que s’il s’avisait de
«mettre un seul pied» dans cette ville, il le brûlerait vif. Malgré le fait que ces menaces aient été
proférées publiquement, les autorités ne prirent aucune mesure contre M.
Désir. M. Delva ajouta que des menaces
écrites dans des petites notes laissées dans sa voiture indiquaient qu’il
devait payer pour ses actes. Il ajouta
que ses amis avaient peur d’aller en voiture avec lui et qu’il rentrait chez
lui en secret pour ne pas mettre ses voisins dans l’obligation de rapporter sa
présence. Pour ce qui est de l’action
en justice qu’il avait introduite contre M. René Civil, il dit que le dossier a
disparu.
M.
Léontes Dorzilmé, directeur de l’information à Radio Vision 2000 informa qu’en raison des mesures d’intimidation
auxquelles il avait été soumis, il avait passé des instructions à ses
journalistes pour qu’ils ne parlent pas des événements du 17 décembre. Il confirma que les militants lavalassiens
obligeaient les journalistes à crier dans les rues «Vive Aristide, Vive
Lavalas!»
M.
Michael Norton a souligné devant la Commission qu’il était trop dangereux pour
les journalistes de rechercher la vérité, car la politique du Gouvernement est
de créer la confusion pour régner. Il
ajouta qu’en fait le Pouvoir n’existe pas, seulement la «force»; le respect des
institutions n’existe pas, mais tout est lié à la «force». Ces déclarations ont été formulées à
plusieurs reprises par plusieurs journalistes comme M. Volcy Assad, de Radio Solidarité, et M. Renan
Hédouville, de CARLI. M. Hédouville a
fait remarquer que si un journaliste n’est pas un membre du Parti Lavalas, il se heurte à un mur lorsqu’il
essaie d’obtenir des informations de sources gouvernementales. Il a également confirmé l’impunité avec
laquelle les Organisations Populaires attaquent les journalistes. Dans ce
contexte, il a fait état du comportement indifférent de la Police pendant la
perpétration d’actes d’agression contre les journalistes. Il s’est aussi référé à la polarisation dans
le pays, en ce sens que si quelqu’un n’est pas «Lavalassien», il est considéré
comme un ennemi du «Pouvoir».
Le Sénateur
Prince Sonson Pierre a expliqué à la Commission que la référence faite à Radio
Caraïbes de sa présence le 17 décembre répondait à son souci d’empêcher que
leurs locaux soient endommagés.
3. Attaques, actes d’intimidation et menaces
visant les propriétaires des médias
En relation avec les menaces et les
actes d'intimidation visant les propriétaires des médias, la Commission n’a
reçu aucun témoignage indiquant que ces menaces ou ces actes d’intimidation
étaient dirigés contre eux. Plusieurs propriétaires des médias ont été invités
à partager leurs opinions sur la question, mais aucun d’eux n’a témoigné devant
la Commission. M. Joseph Guyler Delva expliqua que les propriétaires des médias
ne sont pas généralement connus en cette qualité par le grand public, contrairement
aux stations de radio et aux journalistes qui diffusent les nouvelles et sont
bien connus.
III. CONCLUSIONS
Suite aux discussions
basées sur l’enquête, la Commission a abouti aux conclusions suivantes:
A. Les attaques armées perpétrées contre le Palais
national à Port-au-Prince durant les premières heures du lundi 17 décembre 2001
1. Une attaque
armée a été perpétrée contre le Palais national durant les premières heures de
la journée du lundi 17 décembre 2001.
2. L’attaque a été
effectuée par des personnes versées dans l’utilisation d’armes militaires
lourdes.
3. L’Opposition
politique n’a pas participé à la planification ou l'exécution de l'attaque
contre le Palais national.
4. La résistante de
la Police nationale haïtienne a été pitoyable et sa contre-attaque
insignifiante. Néanmoins, la SWAT Team a joué un rôle important dans la
poursuite des assaillants.
5. L’attaque
perpétrée contre le Palais national n'aurait pas pu avoir lieu sans la
complicité de quelques officiers de Police de différentes unités.
6.
L’objectif de l’attaque contre le Palais national ne
concorde pas avec l’objectif de réaliser un coup d’état.
7.
L’appel à la «mobilisation pacifique» de la population a
constitué l’un des facteurs contribuant aux bouleversements qui ont suivi les
événements du 17 décembre 2001.
B. Le pillage et l’incendie des quartiers
généraux des partis politiques de l’Opposition, des résidences privées des
dirigeants de la Convergence Démocratique
et des centres culturels et universitaires nationaux et étrangers à
Port-au-Prince ainsi que dans d’autres villes et localités
1. Les assaillants
des quartiers généraux des partis politiques de l’Opposition et des résidences
des dirigeants de la Convergence Démocratique ont agi avec impunité et
continuent de jouir de l'immunité de la part des institutions judiciaires et
d'investigation d'Haïti.
2. La mise à sac et
l’incendie des maisons ont été préméditées. Des armes ont été distribuées par
quelques fonctionnaires du Gouvernement et du Parti. Les assaillants ont été
transportés dans des véhicules officiels et ont menacé de tuer des dirigeants
de partis politiques de l’Opposition, et ce, avec la participation de membres
d'Organisations Populaires.
3. La Police
nationale haïtienne est demeurée passive et indulgente devant les actes de
violence, en violation flagrante de la Constitution et des lois nationales
d'Haïti pendant ces attaques.
4. Dans plusieurs
circonstances, des officiers de Police et des fonctionnaires locaux élus ont
été complices dans ces attaques.
5. Des
Organisations Populaires ont démontré leur puissance et leur influence
vis-à-vis une force de Police amateuriste et incapable.
6. La politique de
"zéro tolérance" a été interprétée d'une manière déformée qui a
débouché sur la violence et l’injustice.
7. L’administration
de la justice est fortement influencée par les autorités et les Organisations
Populaires qui travaillent avec elles.
8. On relève un
déni de justice évident pour ceux qui ne supportent pas le parti au pouvoir.
C. Liens possibles entre les événements
mentionnés aux points A et B et les actes de violence du 28 juillet 2001 qui se
sont produits à Port-au-Prince et dans d'autres lieux en Haïti
1. Aucune de ces
attaques ne visait directement et physiquement le Président de la République.
2. Aucune de ces
attaques ne devait déboucher sur une confrontation avec l'unité de sécurité
directement assignée au Président de la République.
3. Les deux
attaques ont été perpétrées par des personnes en uniforme utilisant des
techniques militaires.
4. Dans les deux
cas, la passivité des autorités était évidente et dans plusieurs cas, il semble
y avoir eu complicité.
5. Les attaques ont
mis à jour les lacunes de la Police nationale haïtienne qui représente la seule
autorité légitimement armée dans le pays.
6. Dans les deux
cas, des dommages ont été causés aux partis politiques de l’Opposition, à la
fois à leurs quartiers généraux et aux résidences des dirigeants de la Convergence Démocratique.
7. Dans les deux
cas, l’impunité des assaillants est devenue évidente.
D. Les attaques, l’intimidation et les menaces
contre les membres de la presse et les propriétaires des médias le 17 décembre
2001 et les jours suivants
1. Les membres de
la presse ont été attaqués, menacés et intimidés le 17 décembre et les jours
suivants.
2. Les attaques,
menaces et intimidations se sont produites avec la tolérance du Gouvernement.
3. Les personnes
responsables de ces actes continuent de jouir de l’immunité contre les
poursuites par des institutions d'investigation et judiciaires d’Haïti.
4. Suite à ces
attaques, à ces menaces et ces actes d’intimidation, plusieurs journalistes ont
quitté le pays.
5. En raison de ces
attaques, la liberté d’expression, fondement de la démocratie, a été
sérieusement lésée.
1. Après avoir
recueilli un volume considérable de preuves et de témoignages, la Commission
est arrivée à la conclusion qu’en Haïti, le Gouvernement accuse un manque de
réceptivité, que le système judiciaire est politisé et qu’il y a un manque de
respect pour les droits humains et civils, ainsi que pour la primauté du droit.
2. La Commission a
été particulièrement étonnée des faiblesses qu’accuse le système de gouvernance
en Haïti. Il semble exister peu de conformité avec la primauté du droit ou de
respect pour un système judiciaire indépendant. Il y a aussi peu de
considération pour un système compétent d’application de la loi. Il est normal
dans le reste de la région de s’attendre à ce genre d’institutions.
3. La Commission a
relevé un degré élevé de tension suite aux attaques du 28 juillet et du 17
décembre. Ces événements ont créé un climat de méfiance parmi les Haïtiens et
notamment entre les partisans de Fanmi Lavalas d’un côté, et ceux des partis
politiques de l’Opposition de l'autre. Ce climat ne s’est pas amélioré suite à
la décision de la Convergence Démocratique « d’élire » ou de
« choisir » son propre « Président de la République ».
Cette méfiance a également contribué à des attaques et des représailles qui ont
provoqué des blessures, la destruction, des morts et une suspicion accrue.
4. L'impartialité du
système judiciaire n'a pas toujours été maintenue. Cet état de choses pourrait
déboucher sur une détérioration du respect dû aux titulaires de ces postes de
haut rang, tout particulièrement si les juges ne sont pas perçus comme étant
capables de sanctionner les actes illégaux commis par les membres
d'Organisations Populaires. Cette remarque a été faite aux plus hauts échelons.
"CARLI INFO" (le Journal du Conseil d'avocats pour le respect des
libertés individuelles, dans son édition No. 17 janvier 2002, p. 4), cite le
Président Jean Bertrand Aristide qui critiquait dans un discours prononcé à
l’ouverture de la 47e Législature
pour 2002 l’état du système judiciaire, tout en dénonçant l'impunité qui
s’était généralisée dans le pays. Il s’exprimait en ces termes: «Notre système
judiciaire est malade, très malade, submergé dans l’impunité et la corruption.
On dit souvent que le système n’administre pas la justice là où la justice doit
être administrée... »
5. Le système
judiciaire est une branche indépendante de l’État qui requière cependant
l’assistance de l’Exécutif pour mettre en œuvre ses décisions. Tout manquement
à l’exécution des décisions judiciaires de manière opportune ou à leur
exécution tout court, pourrait menacer une démocratie fragile et ne contribue
certainement pas à sa consolidation.
6. Tout aussi
importante que la mise en oeuvre des décisions judiciaires est la détermination
de poursuivre les auteurs d'infractions qui violent les dispositions de la
loi. Il semble notamment exister une
absence patente de volonté de mener une enquête sur les membres des
Organisations Populaires ou d'entamer des poursuites contre eux.
7. La liberté de la
presse et l’indépendance des médias sont des domaines qui méritent d'être
examinés d’urgence.
8. Les médias
admettent que la liberté de la presse existe dans la mesure où ils sont
capables de fonctionner, mais leur indépendance est menacée par l’agression
gouvernementale et leur forte dépendance sur les recettes de publicité
provenant du secteur privé dont les membres sont principalement des partisans
de la «Convergence».
9. Un certain
nombre de questions concernant la sécurité dans le pays ont été soulevées
devant la Commission. Citons parmi elles le fonctionnement sans contrôle des
Organisations Populaires, le manquement du Gouvernement de respecter et de
faire respecter les résultats et les décisions des tribunaux; les arrestations
et détention arbitraires et politiquement motivées. La Commission craint que si
ces questions ne font pas l’objet d’un sérieux examen, elles ne feront que
compliquer la recherche d’un règlement de la présente crise politique.
10. Les critiques
véhémentes dirigées contre la force de Police et formulées par tous les
secteurs de la société haïtienne, y compris par quelques-uns des officiers de
haut rang de la Police, ont porté la Commission à conclure inévitablement que non seulement l’effectif de cette force
est inadéquate et qu’elle est sous-équipée, mais aussi qu’elle manque de
motivation et de détermination pour s’acquitter de sa tâche dans des situations
de crise. Il faut ajouter à tout
cela le manque de direction et de
contrôle et l’interférence politique excessive dans la gestion de cette force.
Les
conditions qui ont présidé à la création de la Commission ont été décrites
ci-dessus. En raison du contexte politique, économique et social en Haïti et eu
égard aux efforts actuellement déployés par la communauté internationale, la
Commission recommande que le parti au pouvoir et les partis politiques de
l’Opposition mettent de côté toute attitude de manque de respect mutuel et
s’engagent à adopter des mesures d’encouragement de la confiance avec l’appui
de tierces parties en vue de superviser
la mise en œuvre d’accords qui peuvent être conclus au profit du pays.
Etant
donné que la démocratie vise à fournir des solutions aux conditions de
développement de l’être humain, Haïti devrait tirer profit d’importantes
ressources internationales en vue de poursuivre son processus démocratique et
avancer sur la voie du développement économique et social. La Commission
demeure convaincue que si les forces politiques en Haïti joignent leurs efforts
en vue de la réalisation d’objectifs fixés par l’Etat, et adoptent des mesures
pour faire prévaloir les principes de la primauté du droit, la Communauté
internationale participerait de manière
opportune en fournissant une assistance
propre à favoriser le bien-être et la prospérité du peuple haïtien.
Dans
la perspective de l’atteinte de ces objectifs et en vue de surmonter l’impasse
causée par l’attaque contre le Palais national et l’attaque contre les
quartiers généraux et les dirigeants des partis politiques de l’Opposition, la
Commission recommande que:
Branche Judiciaire
1.
Le Gouvernement haïtien prenne des mesures immédiates
pour renforcer ses institutions démocratiques, notamment en ce qui concerne
l’indépendance du système judiciaire, le professionnalisme de la Police et le
maintien de la primauté du droit en général. Des dispositions spéciales
devraient être mises en place pour renforcer la capacité des institutions
légales, judiciaires et pénales en vue d‘assurer que ces piliers de la justice
ne soient pas altérées davantage.
2.
Des personnes appropriées soient recrutées et formées
pour faire partie de la branche judiciaire, et qu’elles bénéficient du support
nécessaire pour la mise en œuvre de leurs décisions. Une telle approche
faciliterait la mise en place d’un système judiciaire performant, effectif et
impartial. L’OEA devrait aider le Gouvernement en lançant un appel à la communauté
internationale pour qu’elle focalise à nouveau ses efforts et prenne des
dispositions spéciales relatives à l’assistance technique disponible pour la
formation de la Police et des juges, et pour renforcer le système judiciaire en
général.
3.
L’OEA et la CARICOM étudient avec Haïti les domaines
éventuels d’assistance technique dans le court et le long terme, dans le cadre
des efforts visant à renforcer les institutions démocratique d’Haïti, notamment
en ce qui a trait à l’indépendance du système judiciaire, au professionnalisme
de la Police et à la primauté du droit en général.
4.
En vue d’assurer une plus grande sécurité aux citoyens,
le Gouvernement haïtien essaye de fournir et de maintenir un système de justice
impartial et libre de tout contrôle politique qui pourrait être supervisé par
des autorités civiles, à l’instar d’autres pays membres de la CARICOM où il
existe des Commissions de service judiciaires et légaux.
Police
5.
Le Gouvernement haïtien entame un examen approfondi de la
composition et du personnel de la force de Police en vue d’assurer que le
nombre de ses effectifs satisfait aux besoins de sécurité du pays. Les critères
à retenir pour les besoins de recrutement doivent être révisés en vue de
renforcer le professionnalisme de cette force de Police. Toutes les mesures
doivent être prises pour veiller à ce que la Police s’acquitte de ses fonctions
de manière impartial, neutre et équitable.
6.
Les questions relatives au recrutement, aux promotions,
aux mutations et à la discipline de la Police soient confiées à des autorités
civiles, comme c’est le cas dans d’autres pays de la CARICOM. L’Exécutif
devrait s'abstenir de toute interférence dans cette procédure.
Poursuites
7.
Toutes les personnes dont la participation aura été
établie dans les actes de violence perpétrés le 17 décembre 2001 et les jours
suivants soient poursuivies sans délai.
8.
L Gouvernement ordonne la libération immédiate de tous
les citoyens ayant bénéficié d’une décision de la Cour, ou dont les cas
n’ont pas fait l’objet d’une enquête dans le délai imparti par la loi.
Réparations
9.
Un versement prompt et adéquat au titre de réparations
soit effectué à toutes les organisations et à tous les individus qui ont
souffert des dommages et/ou des blessures par suite directe des actes de violence
du 17 décembre 2001. Plusieurs personnes ont intenté des poursuites au civil et
au criminel et aucune mesure n’a été
prise. Dans plusieurs cas, les dossiers ont été « perdus ». Les
affaires issues des événements du 17 décembre 2001 devraient être traitées et
conclues sans délais.
Droits
de L’homme
10.
L’OEA et la CARICOM continuent à jouer un rôle actif en
encourageant le Gouvernement haïtien à assurer que les droits de l’homme sont
respectés dans le pays tout comme ils le sont dans d’autres pays de la
CARICOM. A ces fins, la capacité des
institutions locales devrait être renforcée en vue de protéger, de promouvoir
et de défendre les droits de la personne en Haïti et de veiller à ce que les
autorités chargées de faire observer la loi respectent les normes
internationales des droits de la personne.
11.
La Mission spéciale de l’OEA chargée de renforcer la
démocratie en Haïti, en sus de ses programmes réguliers, élaborent, en
partenariat avec le Gouvernement, des programmes à l’intention des écoles et des
jeunes.
12.
Le renforcement de la capacité d’institutions locales en
matière par exemple d’application de la loi ou de la législation pénale, telles
que le bureau de l’Ombudsman, la Société civile et les organisations non
gouvernementales des droits de la personne, de protéger et de défendre les
droits de la personne en Haïti. L’Ombusdman devrait être désigné par un organe
indépendant.
13.
Le Gouvernement haïtien encourage ses fonctionnaires à
respecter les principes de la primauté du droit et les droits de la personne,
ainsi que les libertés fondamentales, tout en veillant à ce que ces principes
soient observés.
Press
14.
Le Gouvernement haïtien prenne des mesures actives pour
assurer que les membres de la presse soient en mesure d’exercer leurs fonctions
dans un climat de liberté complète. L’OEA et la CARICOM pourraient jouer un
rôle. Toutes les attaques et/ou menaces contre les membres de la presse
devraient être publiquement condamnées, faire l’objet d’une enquête immédiate
et effectivement sanctionnées.
Remarques
Générales
15.
Le Gouvernement haïtien déploie des efforts concertés
pour créer un climat propre au rétablissement de la confiance dans le pays. On
espère que la prévisibilité accrue et la confiance émanant de ces rapports
porteront profit au peuple haïtien.
16.
La CARICOM et l’OEA poursuivent leurs efforts pour aider
le Gouvernement à normaliser les conditions en Haïti.
17.
La Communauté internationale continue d’épauler les
efforts que déploie l’OEA au moyen de contributions financières, de sorte
qu’elle puisse poursuivre ses travaux en Haïti :
18.
Les autorités en Haïti, Gouvernement et Opposition,
s’efforcent vraiment de parvenir à une démocratie effective recherchant
l’inclusion et reconnaissant non seulement le droit de la majorité de
gouverner, mais également le droit de contestation de la minorité.
19.
Tous les actes d’intimidation de violence commis au nom
de des partis politiques soient publiquement et fermement condamnés.
20.
Les bases de support dénommés « Les Organisations
Populaires » soient examinés de près et systématiquement désarmés. Elles
ne se considèrent sous le contrôle absolu d’aucun leadership politique
quelconque et pour la plupart, fonctionnent indépendamment d’eux. Les
Organisations Populaires et d’autres groupes qui sont organisés comme groupes
de « Vigilantes » sont incompatibles avec la primauté du droit. Elles peuvent devenir une menace pour le
Gouvernement lui-même.
21.
La communauté de donneurs reprenne ses programmes de dons
et de prêts, pari passu, avec la mise
en œuvre de l’accord politique qui aura été conclu en Haïti.
22.
La communauté de donneurs affecte des fonds additionnels
au financement de programmes économiques et sociaux et de renforcement des
institutions à l’intention d’Haïti.
SUR
LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001
LISTE
DES PERSONNES ET DES ORGANISATIONS QUI ONT APPORTE DES TEMOIGNAGES ORAUX
SOCIETE CIVILE
M. Patrick Numas, Secrétaire
Général OGITH
M. Charles Henri Baker, Association
des Industries d’Haïti (ADIH
M. Edouard Paultre, Fédération
Protestante d’Haïti
M. Gervais Charles, Barreau de
Port-au-Prince
M. Leopold Berlanger, CIP/FNH
M. Fritz de Catalogne, Président
Association des Assureurs d’Haïti (AAH)
M. Maurice Lafortune, Président de
la Chambre de Commerce
M. André Apaid, Fondation
Nouvelle Haïti (FNH)
M. Rosny Desroches, Directeur
Exécutif ISC
CONVERGENCE
M. Evans Paul, Dirigeant,
KID/Espace de Concertation
M. Victor Benoit, Coordonnateur,
KONAKOM/Membre Espace de Concertation
M. Rosemond Pradel, Secrétaire
Général KONAKOM
M. Paul Denis, Comité
Exécutif OPL
M. Luc Mésadieu, Président
MOCHRENA
M. Hubert Deronceray, Président MDN
Me Osner Févry, Président PDCH
Me. Reynold Georges,
Leader ALAH/MPSN/Convergence
M. Gérard Pierre-Charles, Leader
OPL/Convergence
Me Yves Gustinvil, Avocat et
Secrétaire Général MOCHRENA
M. José Jacques Nicolas, Coordonnateur
MOCHRENA
PNUD
Mme Diene Keita, Représentant
résident a.i.
Me. Grâce D’Almeida, Conseiller
Technique principal PNUD /MJSP
M. Thierry Fagart, Haut
Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme
M. Denis Racicot, Conseiller
Technique PNUD/Office du Protecteur du Citoyen
Mme Suzy Castor, Directrice du
CRESFED
FANMI
LAVALAS
M. Jonas Petit, Porte parole
et membre de la Commission de Négociation de Fanmi Lavalas
M. Gérard Gilles, Sénateur de la
Grand’Anse et membre de la Commission de Négociation de Fanmi Lavalas
COMMISSAIRE
DU GOUVERNEMENT
Me. Josué Pierre-Louis, Commissaire du
Gouvernement près le Tribunal Première Instance de Port-au-Prince
JUGE
D’INSTRUCTION
Me Bernard
Saint-Vil, Juge d’Instruction au Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince
FAMILLE
ROLLE
M. Frantz Rolle, victime du 17
décembre 2001
M. Jean-Marie
Maxime Rolle, victime du 17 décembre 2001
MOCHRENA –
GONAIVES
|
Belfong Aristide Jean-Jacques Oswald Nerlande Beauséjour Darand Hélène Mésadieu Emmanuel Méus Cajuste Barette Jean Jacques Dieudonné Me. Sadrac Dieudonné Americ Darand |
|
|
|
|
DIRECTION
DEPARTEMENtALE DE L’ARTIBONITE DE LA POLICE NATIONALE - Gonaives
Joany Canéus, Directeur
départemental de l’Artibonite
FAMILLE
GUY FRANCOIS
Mme Marie-Alice François, épouse de
l’ex-colonel Guy François incarcéré
Melle Valérie Alice
François, fille de l’ex-colonel Guy François incarcéré
PARTI
NATIONAL POUR LA DEFENSE DES TRAVAILLEURS
Pasteur Arnold Dumas, Président du
Parti National pour la Défense des Travailleurs
ASSOCIATION DES
JOURNALISTES HAITIENS
M. Joseph Guyler C.
Delva, Secrétaire Général de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH)
M. Geffrard Bien-Aimé, Secrétaire
Administratif de l’AJH
PARENTS
DE MARTINO MOLES
Mme Claudette Logan, épouse de
Martino Moles accusé de participation aux évènements du 28 juillet
M.
Martino Dorcil
KONAKOM
M. Victor Benoit, Coordonnateur
du KONAKOM
M. Rosemond Pradel, Secrétaire
Général du KONAKOM
M. Micha Gaillard, Secrétaire
Adjoint
Mme.
Jessie Benoit
Me.
Dilia Lemaire, Avocat du
KONAKOM et de la Famille Benoit
Me.
Hannibal Koffi, Avocat du
KONAKOM et de la Famille Benoit
PARTI DEMOCRATE
CHRETIEN HAITIEN
Me. Osner Fevry, Parti
Démocrate Chrétien Haïtien
MOBILISATION
POUR LE DEVELOPPEMENT NATIONAL (MDN)
M. Hubert de
Ronceray, Président du MDN
M. Lucien Pierre, MDN du Borgne
M. Fritz Luckner
Jean, MDN de Lascahobas
M. Saidel
Marseille, MDN de Saint-Louis du Sud
M. Yves Lindor, Cousin du
journaliste assassiné Brignol Lindor
Me. Stanley Gaston, Avocat de Jean Max Louis et Préval Enéus
emprisonnés en relation avec le 17/12
Me. Patrick Wooley, Avocat de Jean Max Louis et Préval Enéus
emprisonnés en relation avec le 17/12
INSPECTION
GENERALE DE LA POLICE NATIONALE D’HAITI
M.
Harvel Jean-Baptiste, Inspecteur Général en Chef de la Police Nationale
d’Haiti
CABINET
DUPLAN
Me.
Rigaud Duplan, Avocat de l’ex-colonel Guy François
Me.
Gervais Charles, Avocat de l’ex-colonel Guy François
ASSOCIATION
DES VICTIMES
Jean
Millien
Hebert
Celestin Moise
PLATEFORME
DES ORGANISATIONS POPULAIRES
M. Maxime Rony, Cooronnateur
Plateforme des Organisations haïtiennes des droits de l’homme
M. Elifaite Pierre, Secrétaire
Général
M.
Jean Simon Saint Hubert
MOCHRENA
Dr. Luc Mésadieu, Président du
MOCHRENA
Me.
Yves Gustinvil
Dr.
Jose Nicolas
Rev.
Hébert Pélissier
OPL
M. Gérard Pierre-Charles, leader de
l’OPL
M. Paul Denis, comité
exécutif
M. Elusca Charles, OPL
Cap-Haitien
M.
Laguerre Borromée
Me. Gladys Legros, Avocat de
l’OPL et de la Famille Pierre-Charles
PALAIS NATIONAL
Commissaire Patrick
Tisselin – USGPN
Commissaire Wilson
Casséus - USGPN
Commissaire Bleck
Henrice, Commandant CIMO
Commissaire Pierre
Lucien Chavannes, Commandant SWAT
Commissaire Phébé Marc
Arthur, Agent 4 CAT
PENITENCIER NATIONAL
M. René Jean David, Directeur Pénitencier
National
M. Pierre Richardson, Inculpé dans l’attaque
du 17 décembre 2001
VICTIMES
DU 17 DECEMBRE 2001 PRESENTES PAR L’ETAT
A.- Police
Nationale
M. Jacques
Antony Nazaire
M. Bel Chrisnor
M.
Jack Uhl Duc
M. Moricette
Ednor
M. Jean
Dieugrand représenté par son épouse Mémé Jacqueline
M. Jean François
Théogène décédé, représenté par sa mère Mme Alice Douyon
B.- Population
Civile
M. Olice Séguy
M. Claude
Dieuvert
M. Brévil Jean
Roma
M. Celestin
Frendy Moise, fils de Marie Lourdes Jacques tuée le 17 Dec. 2001
M. Gérard Valmé
M.. Astel Jean Guy, CASEC
M. Jean Fritz Magny
APENA – PETION-VILLE
M. Clifford Larose, Directeur
Général Administration Pénitentiaire Nationale (APENA
M. Guy François, ex-colonel
FADH arrêté en relation avec le l7 décembre
PETIT
GOAVE
A.- Victimes
– Convergence Démocratique
M.
Meus Jean Milien
M. Déus Jean François
M. Jean Garcia
M. Roger Ballosqui
M. Jean Limongé
Mme Marie Rose Coicou
B.- Victimes
– Fanmi Lavalas
M.
Henry Claude Leconte
M. Semereste Bolière
C.- PNH
Locale
REPRESENTANTS
DES MEDIAS
M. Léontes Dorzilmé, Radio Vision
2000
M. Michael Norton, Associated
Press
M. Volay Assad, Radio Solidarité
ORGANISMES DE DEFENSE
DES DROITS HUMAINS
Me. Renan Hédouville, CARLI (Comité
des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles)
M. Jean Claude Bajeux, Directeur du
Centre Œcuménique des droits de l’homme
Me. Jean Joseph Exumé, Conseiller
juridique
Me. Gesner Jean-Philippe
Dr. Jean Casimir, ancien
ambassadeur d’Haiti auprès de l’OEA
MEMBRES DE LA POLICE NATIONALE D’HAITI
M. Patrick Guillaume, Commissaire
municipal
M. Jean Yonel Trécil, ex-Commissaire
divisionnaire
Mme Hermione Léonard, Directrice
départementale de l’Ouest de la PNH
M. Jean Nesly Lucien, Directeur
Général de la Police
REPRESENTANTS
DE L’ETAT
Me. Max Morpeau, Ministère de la
Justice
Me. Price Cyprien, Ministère de la
Justice
M. Henry Claude Ménard, Ancien Ministre
de l’Intérieur
M. Stephen Moise, Maire des
Gonaïves
CAP-HAITIEN
A.- Autorités
locales
Dr.
Jean Myrtho Julien, Délégué départemental du Nord
Mr.
Wilma Innocent, maire du Cap-Haitien
M.
Fritz Jean, Directeur départemental de la PNH pour le Nord
M.
Gael Ménélas, Commissaire principal
B.- Victimes
de la Convergence Démocratique
Rev. Milton Chéry
M.
Elusca Charles
Nixon
Tanis
M.
Jacques Etienne
L’OPL siège central
dans le Nord
M. Etermon Timon
Burau de l’OPL et OPLN,
Grande Rivière du Nord
M. Clébert Dorvil
M.
Tripliene Fayette
M.
Rosemond Martial
C.- Victimes, Fanmi Lavalas
Junior Ismael, militant
Fanmi Lavalas
LES CAYES
A.- Autorités locales
M. Jude Perrin,
Directeur Départemental du Sud de la PNH
B.- Victimes de la Convergence
Démocratique
M. Joseph Robert Jeune
M.
Faubert Pierre-Louis
M. Paul
Sonac
M.
Jean-Gabriel Fortuné
M.
Cyrion Anthony
ORGANISATIONS POPULAIRES
M. René Civil, Jeunesse Pouvoir Populaire
M. Paul Raymond, Ti Komité Legliz
PERSONNES ET
ORGANISATIONS AYANT SOUMIS DES DOCUMENTS
|
# du document |
Nom du document -(Personne ayant déposé le document) |
Date de réception du document |
|
Doc. 1 |
Vidéo cassette
Saint-Marc 29 novembre 2001 |
8-4-01 |
|
Doc. 2 |
Haïti “Je n’ai
d’autre arme que mon métier de journaliste” l’enquête Jean Dominique et les
droits humains - Amnesty
International |
6-01 |
|
Doc. 3 |
Rapport autour
de la situation de la presse haïtienne - Fédération de
la Presse Haïtienne |
6-01 |
|
Doc. 4 |
Rapport intitulé:
“Les évènements du 17 décembre 2002” préparé par le Centre Œcuménique des
Droits de l’Homme - Initiative
Société Civile |
9-4-02 |
|
Doc. 5 |
Version
anglaise du document susmentionné - Initiative
Société Civile |
9-4-02 |
|
Doc. 6 |
Document de
présentation de l’Initiative de la Société Civile - Initiative
Société Civile |
9-4-02 |
|
Doc. 7 |
Dossier du
Parti Konvansyon Inite Demokratik (KID) concernant l’arrestation illégale de
ses militants - KID
/Convergence Démocratique |
9-4-02 |
|
Doc. 8 |
Dossier du KID
concernant l’incendie de son siège - KID /
Convergence Démocratique |
9-4-02 |
|
Doc. 9 |
Dossier du
MOCHRENA (Mouvement Chrétien pour une Nouvelle Haïti) - MOCHRENA /
Convergence Démocratique |
9-4-02 |
|
Doc. 10 |
Rapport spécial - Ministère des
Affaires Etrangères |
10-4-02 |
|
Doc. 11 |
Rapport Police
Nationale d’Haïti sur les évènements du 17-12-01 - Ministère des
Affaires Etrangères |
10-4-02 |
|
Doc. 11-1 |
Rapport spécial
UNOHCHR sur assassinat Brignol Lindor - UNDP |
10-4-02 |
|
Doc. 12 |
Rapport no. 2
de décembre 2001 sur les Droits de l’Homme et la situation politique en Haïti - UNDP |
10-4-02 |
|
Doc. 13 |
Rapport spécial
UNOHCHR sur la tentative de coup d’état du 17 décembre 2001 - UNDP |
10-4-02 |
|
Doc. 13-1 |
Consolidation of the rule of Law in Haiti in the context of the post-MICAH transition phase – Program Proposal - UNDP |
12-4-02 |
|
Doc. 13-2 |
Rule of Law and conflict : an analysis and lessons learned of Rule of law technical assistance in Haiti - UNDP |
12-4-02 |
|
Doc. 14 |
Vidéo cassette - Suzy Castor |
10-4-02 |