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OEA/Ser.G
CP/
25 mars 2003
Original:
anglais/français
TROISIÈME
RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR
LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉSOLUTION CP/RES.822
Le présent rapport a
été achevé avant l’arrivée de la Délégation de haut niveau OEA/CARICOM qui a
visité Haiti les 19 et 20 mars 2003.
FORMATION DU
CONSEIL ÉLECTORAL PROVISOIRE (CEP)
RÉPARATIONS ET POURSUITES ENGAGÉES PAR SUITE DES
ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001
CRIMES COMMIS
À DES FINS POLITIQUES
PROGRÈS DANS
LE DOMAINE DES DROITS DE LA PERSONNE
TROISIÈME RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR
LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉSOLUTION CP/RES.822
Le troisième Rapport du Secrétaire général est
présenté au Conseil permanent conformément au paragraphe 14 du dispositif de la
résolution CP/RES: 822 datée du 4 septembre 2002. Il couvre la période du 4
janvier 2003 au 4 mars 2003.
La situation en Haïti demeure très inquiétante.
L’impasse politique n’a été que renforcée depuis que le lancement de la
campagne publique destinée à forcer le Président Aristide à démissionner a
connu un regain de vigueur au Cap-Haïtien vers la mi-novembre 2002. La décision du Président de désigner 7 des 9
membres requis pour le Conseil électoral provisoire (CEP) a provoqué plus de
controverse. Les alliances de l'opposition, de groupes d’étudiants, des membres
du secteur des affaires et quelques groupes de société civile ont maintenu une
ferme position contre leur participation au processus électoral sous l’égide du
Président Aristide et de ses partisans. L'impression est que toutes les parties
semblent attendre tout simplement la visite de la Délégation de haut niveau qui
avait été reportée pour des raisons techniques de la mi-février au 19 au 21
mars 2003.
Pour surmonter l’impasse, parvenir à la mise en place
d’un CEP crédible et aboutir à des élections fructueuses en 2003, le
Gouvernement doit pouvoir démontrer la volonté politique d'adopter les
difficiles mesures additionnelles requises pour respecter les engagements pris
en vertu des résolutions 806 et 822 de l’OEA. D’importants progrès ont
été réalisés pour mettre un terme à la question des réparations à verser aux
victimes du 17 décembre 2001 et signer les termes de référence additionnels
entre le Gouvernement et la Mission spéciale de l'OEA en vue de l'assistance
technique dans les domaines de la gouvernance, des droits de la personne et de
la justice (Voir l'annexe 1 pour les textes). Cependant les efforts
déployés pour ce qui est du climat de sécurité, du désarmement et de l’impunité
se sont révélés nettement insuffisants. Il n’y a pas eu de progrès enregistré
dans la réforme de la structure de commandement et de contrôle de la force de
police. Au contraire, le scepticisme à l'égard de l'institution a été renforcée
par des actes de notoriété publique, comme par exemple le meurtre de trois
jeunes adultes dans les faubourgs de Port-au-Prince. En même temps, plusieurs
cas de comportement professionnel, comme par exemple à Jacmel pendant la visite
d’un groupe de la société civile, ont témoigné de ce qui peut être accompli
lorsque des ordres sont adéquatement passés et qu’un leadership est exercé, y
compris à l'échelle locale. Le manque de progrès sensibles enregistrés dans les
poursuites d'individus impliqués dans les actes de violence du 17 décembre 2001
a également contribué à la présente impasse. Il sera impossible d’éviter de se
pencher sur cette question ainsi que sur d’autres aspects de l’impunité si l’on
veut arriver à sortir de cette impasse.
Le 19 février 2003, la Mission
spéciale de l’OEA chargée de renforcer la démocratie en Haïti (Mission
spéciale) a émis une déclaration soulignant le besoin d’un « support ferme…
pour la mise en application rapide des Résolutions 806 et 822 du Conseil
Permanent de l’OEA, et ce par tous les secteurs concernés ». Ceci doit
inclure non seulement le gouvernement, mais également la Convergence
Démocratique, les organisations de la société civile qui doivent soumettre des
personnalités appelées à faire partie du CEP, ainsi que d’autres personnes de
la classe politique haïtienne, aussi bien que la communauté
internationale. Le Secrétaire général
adjoint a continué de souligner que la mise en œuvre urgente de ces
résolutions, notamment la tenue d’élections crédibles au cours de cette année,
demeure la voie optimale pour attaquer les problèmes de développement
politique, économique et social auxquels est confronté Haïti.
Sur le plan économique, l’annonce
faite par le Gouvernement le 3 janvier d’une hausse des prix de carburant
allant de 52% à 96% ; la dépréciation continue et radicale de la gourde et
l’inflation y afférente ont contribué de manière significative au tollé
public. Pendant la dernière semaine de
février, une deuxième hausse des prix du carburant a renforcé la majoration
généralisée des prix et a exacerbé le climat accru d’exaspération dans le
pays. Le président a imputé la
détérioration de la situation économique et l’incapacité de son Gouvernement à
continuer à subventionner les prix du carburant, à l'opposition et la
communauté internationale responsable des « sanctions économiques »
imposées contre Haïti. L'évaluation du
Conseil d’administration de FMI après les consultations régulières tenues avec
Haïti en janvier à la lumière de l'article IV a soulevé un certain nombre de
questions substantielles devant être résolues en relation avec la politique et
la gouvernance économique.
Alors que la situation de sécurité pendant la période couverte par le deuxième
rapport était caractérisée par de violentes démonstrations, ce troisième
rapport s'avère comparativement moins dramatique. Bien que le nombre de
personnes blessées ou tuées pendant les démonstrations aient connu une baisse
sensible, les cas de crimes violents sont devenus de plus en plus politisés et
demeurent une cause de préoccupation. De surcroît, les grèves, marches et
démonstrations, quelques-unes pacifique et d’autres violentes, continuent de
perturber la vie à travers le pays, ce qui contribue au climat d’insécurité.
Une série d'attaques contre les membres de la presse, les menaces de mort
contre les activistes des droits de l'homme et d'autres actes
d'intimidation contre les étudiants, le
personnel hospitalier à Port-au-Prince et des membres de la communauté des affaires,
ont reçu une large publicité. Ces actes ont été dénoncés aux échelons local et
international. En même temps, la célébration annuelle du caranaval s’est
déroulée dans un climat généralement pacifique.
Des situations instables ont également été enregistrées
au Plateau Central (une région qui pose des préoccupations particulières) et
dans les villes de Petit-Goâve et Gonaïves. Des fonctionnaires gouvernementaux
ont décrit comme la branche armée de l’opposition des groupes d’anciens
militaires à Petit-Goâve et au Plateau Central qui ont été impliqués dans des
attaques contre des postes de police. La Convergence Démocratique a fermement
rejeté ces allégations.
FORMATION DU CONSEIL ÉLECTORAL PROVISOIRE
(CEP)
Le 7 février 2003, le Président Aristide a constitué
par décret un nouveau CEP sur la base des dispositions de la résolution 822,
avec 7 des 9 membres requis par la Constitution , mais sans mettre fin au
présent CEP. Des dispositions du décret prévoient une augmentation du nombre de
membres à neuf, établissant que le Conseil entrera en fonction une fois que ses
membres auront prêté serment devant la Cour de Cassation. Les deux postes
vacants doivent être comblés par la Convergence Démocratique et le groupe
"d'autres partis politiques » qui se sont abstenus de nommer leurs
représentants au CEP. Ils demeurent pour la plupart unis dans leur appel au
départ du Président. Un porte-parole de la Convergence décrit la constitution
du CEP de 7 membres comme un acte illégal.
Parmi ceux qui ont été nommés par le Président, les
représentants de cinq entités (la Conférence épiscopale (Catholique romain),
la Fédération protestante d'Haïti, l'Eglise épiscopale d'Haïti, la Commission
Justice et Paix (au nom des organisations des droits de l'homme) et la Chambre
de Commerce et d'Industrie (au nom de la communauté des affaires), ont
déclaré qu’ils ne prêteront pas serment en qualité de membres du CEP tant que
les conditions n'auront pas été créées pour la tenue d'élections .Ils ont
ajouté que la situation de sécurité devrait être améliorée, les groupes de
bandits désarmés, le fugitif Amiot Métayer recherché par la justice arrêté et
les prisonniers politiques élargis. Dans une déclaration à la presse datée du
10 février (Annexe 2), les entités ont qualifié de regrettable la décision du
Président de créer le CEP sans tenir compte de préoccupations pourtant
légitimes. Ils ont fait état de leur inquiétude au sujet du processus
démocratique en Haïti à la lumière de la détérioration continue de la sécurité
publique et des droits de la personne; ils ont appelé le Président à respecter
les engagements pris en vertu des résolutions 806 et 822.
Le 12 janvier, le Président Aristide a rencontré deux
dirigeants de la Convergence Démocratique à la Nonciature apostolique pour
discuter de la situation politique. Ni cette initiative, ni l'annonce positive
du versement de réparations à l’OPL le 29 janvier n’ont pu surmonter l’impasse politique.
La société civile, y compris la coalition de 184
associations de la société civile déclarant représenter 12 secteurs de la
société, ont continué à prendre de l'essor dans le débat politique. La
coalition des 184 a émis un communiqué de presse le 20 janvier (Annexe 3) dans
lequel elle a conclus que le Gouvernement
n’avait pas démontré, entre autre, la volonté politique de résoudre la crise,
de respecter ses engagements aux termes de la résolution 822, ou de créer les
conditions nécessaires pour habiliter les citoyens à exercer leurs droits
politiques, sociaux et économiques. La coalition a annoncé qu'elle soumettrait
un plan d'action et un "nouveau contrat social" pour résoudre la
crise (voir ci-dessous). Le 24 janvier , la coalition organisa une grève
générale qui reçut un appui considérable, pour protester contre ce qu’elle
considérait comme une mauvaise gestion généralisée du pays.
Pour marquer le deuxième anniversaire de son accession
au pouvoir le 7 février, à l'occasion d'un rassemblement de milliers de
personnes, le Président Aristide a annoncé la formation d'un nouveau CEP, comme
indiqué ci-dessus et un relèvement du salaire minimum. L’anniversaire a provoqué un certain nombre
de critiques publiquement formulées par les dirigeants de partis d'opposition,
d'organisations des droits de l'homme et de personnalités religieuses dans le
pays. Le 14 février, un groupe de dirigeants protestants (pas ceux qui ont
participé à la constitution du CEP) dénonçait la formation de cette institution
et demandait le départ du Président Aristide. Une semaine plus tard, un porte-parole
de la Convergence Démocratique déclarait publiquement que le Gouvernement
menait une campagne de terreur contre l'opposition, la presse, les étudiants,
les groupes des droits de l’homme et d’autres membres de la société civile. Le
porte-parole a fait état de l’engagement de la coalition d’opposition envers la
résolution 822 et la tenue d'élections crédibles, mais non pas sous l’égide du
Président Aristide.
En dépit de plusieurs déclarations émanées de
personnalités publiques appuyant l’opposition, les marches
anti-gouvernementales devenaient de moins en moins nombreux et moins réussies
pendant la période couverte par ce rapport. Le groupe basé au Cap
Haïtien : Initiative Citoyenne et organisateur en novembre 2002 du Cri
de Vertières qui avait réuni des
dizaines de milliers, organisa la "fin de semaine de l'espoir" les 8
et 9 février. Environ 1000 à 2000 partisans de l’opposition prirent part à
cette marche qui se termina de manière abrupte lorsque la police mit fin à une
dispute à l'aide de gaz lacrymogènes et de tirs. Une marche organisée le 17
février par le Mouvement syndical d'Haïti à titre de protestation contre les conditions
de vie se réalisa avec la participation de seulement 30 à 50 personnes à
Port-au-Prince. Des partisans de l’opposition attribuèrent le faible taux de
participation au climat de peur créé par les partisans de Fanmi Lavalas.
Le 21 février, la coalition des 184 lança une campagne
publique pour mettre sur pied le "nouveau contrat social" avec la
société civile à travers toute la nation. Environ soixante membres du groupe
accompagnés de quinze journalistes se rendirent de Port-au-Prince à Jacmel pour
présenter une proposition écrite aux organisations
de la société civile de ce Département , y compris au leadership religieux. 60
personnes environ à Jacmel participèrent également à cette réunion. La police
eut un comportement exemplaire. La campagne, baptisée: "Caravane de
l'espoir", se rendra à travers les huit départements géographiques d'Haïti
pour soumettre son plan d'unification et de développement de la
nation.
Pendant le mois de février, plusieurs dirigeants de
partis d‘opposition et porte-parole de syndicats se sont publiquement
interrogés sur la viabilité de la résolution 822 de l'OEA comme instrument
suffisant de stratégie pour résoudre la
présente crise politique.
À l’issue de la trève
lancée par le Gouvernement pendant l’époque des fêtes, de décembre à janvier
2003, l’Ambassade des États-Unis émit un communiqué de presse le 8 janvier appelant
au plein respect des droits politiques en Haïti, soulignant l’impératif du
respect du droit de réunion et d’expression.
Pendant la période qui s’ensuivit, un nombre croissant de cas de
persécution politique furent rapportés, malgré les appels lancés par les ONG
internationales, entre autres. La précarité de la sécurité se faisait de plus
en plus sentir à mesure que les forces nationales de police devenaient de plus
en plus affaiblies par les conflits internes et les allégations de trafic de
drogues.
Le 7 janvier, la mort
d’un étudiant en médecine de l’Université d’Haïti adopta des allures hautement
politiques à travers l’intervention des associations universitaires et d’autres
secteurs de l’opposition. Un défilé
pacifique eut lieu le 13 janvier pour dénoncer ce meurtre, l’insécurité et la
persécution politique. Plusieurs centaines de manifestants scandant des slogans
anti-gouvernementaux défilèrent dans les rues de Port-au-Prince, sans incident,
et sous la protection exemplaire de la Police.
Le 10 janvier, au
moins cinq personnes furent blessées à Port-au-Prince lors de l’affrontement
des manifestants défilant en faveur du Gouvernement et de ceux qui
participaient au défilé anti-gouvernemental pour protester contre
l’augmentation du prix de l’essence. Les
dirigeants de l’opposition et l’ex-Colonel Himmler Rébu se mirent à la tête des
participants anti-gouvernementaux dont le nombre était estimé à 200 personnes
défilant sous la protection de la Police.
Le Colonel Rébu avait été accusé par les partisans de Fanmi Lavalas d’avoir infligé des
blessures à deux membres d’organisations populaires qui l’avaient attaqué à
coup de pierres lorsqu’il sortit de la foule protégée par la Police. Le Commissaire du Gouvernement lui signifia
une assignation (Cette citation fut
apparemment retirée plus tard.).
La violence qui éclata dans les rues de
Port-au-Prince le 10 janvier se répandit au plus important établissement
hospitalier public, lorsque les membres d’organisations populaires exigèrent
que soient prodigués des soins médicaux immédiats à leurs blessés. Plusieurs membres du personnel de l’hôpital
craignant le pire, prirent la fuite, et cet incident mena à une longue grève
des infirmiers et des médecins résidents, ce qui a été la cause d’un certain
nombre de morts, selon les dépêches de
presse, en raison de l’absence de
disponibilité de soins médicaux. Un
syndicat d’infirmiers et un groupe de médecins résidents publièrent un rapport
dans lequel ils faisaient état de nombreux cas d’intimidation et d’attaques
perpétrés contre le corps médical par les partisans du Gouvernement qui, selon
leurs allégations, avaient terrorisé le personnel de l’hôpital. La PNH ainsi
que le Ministère de la santé prennent, selon les informations, les mesures
nécessaires pour faire face à ces problèmes.
D’autres actes
d’intimidation et de violence étaient également perpétrés contre les membres de
la presse. En effet, le 22 février, la
Directrice de Radio Haïti-Inter, Michèle
Montas, femme de feu le directeur assassiné de cette station, Jean Dominique,
ferma ses portes pour une période indéterminée en raison des menaces
continuelles aux vies de ses employés, et par suite de la tentative
d’assassinat dont elle avait été l’objet le 25 décembre, où son garde du corps
trouva la mort et qui avait été suivie en janvier par des coups de feu tirés
sur sa résidence. Mme Montas déclara que
sa décision était dictée par son souci d’empêcher d’autres pertes de vies. À Saint-Marc, le 12 janvier, des coups de feu
furent dirigés contre le Directeur de Radio
Schekina, qui fut grièvement blessé. Des attaques déstabilisantes furent
perpétrées contre le personnel de Radio
Métropole à Port-au-Prince. Le
matériel de transmission de Radio Maxima au
Cap-Haïtien fut démoli, et jusqu’au 4 mars, cette station n’avait pas pu
reprendre ses émissions.
La seule mort
enregistrée pendant les manifestations organisées au cours de la période à
l’étude s’est produite aux Gonaïves le 8 février. Des témoins oculaires accusèrent la Police
d’avoir tué un partisan de l’opposition qui érigeait une barricade, et qui
lançait des pierres visant la Police. L’Initiative citoyenne déclara d’abord que 30 personnes avaient été
blessées par la Police pendant le « Weekend de l’espoir » au cours
duquel a été tenue, le 8 février, la manifestation du Cap-Haïtien ; mais
ses représentants ne donnèrent aucune suite à ces plaintes. Les informations selon lesquelles les
manifestants anti-gouvernementaux essayèrent de mettre le feu à un véhicule
public, et qu’ils harcelèrent un journaliste pro-gouvernemental furent
confirmées.
Le 19 février , la
Mission spéciale, après consultation du Groupe des amis d’Haïti, émit un
communiqué de presse dans lequel elle déplorait les nombreux actes de violence
et d’intimidation dirigés contre des groupes et secteurs spécifiques, tels que
les journalistes, les stations de radiodiffusion ; les étudiants ; le
personnel médical ; les hommes d’affaires ; les syndicalistes, et les militants des droits de
la personnes à travers le pays. La
Mission spéciale appela le Gouvernement à redoubler d’efforts pour assurer le
respect des normes relatives aux droits de la personne et d l’État de
droit. Le communiqué de presse fut suivi
d’un autre communiqué émané de la Commission interaméricaine des droits de
l’homme, plus précisément du Rapporteur spécial de cette Commission en matière
de liberté d’expression, qui souligna sa préoccupation face aux menaces de plus
en plus fréquentes contre les journalistes en Haïti. Les deux documents peuvent être consultés
dans le site Web de la Mission spéciale.
Au nombre des
préoccupations en matière de sécurité, il convient de citer une série
d’attaques armées contre les postes de police dans le Plateau Central et une
dans le Nord, attribuées au même groupe d’anciens militaires qui, selon les
allégations, avaient été les auteurs de l’attaque du poste de police de
Lascahobas en décembre dernier. Ce
groupe d’anciens militaires, dénommé Lame
san manman, par les sources pro-gouvernementales, réclame le départ du
Président Aristide et le rétablissement de l’Armée. Un des membres d’une unité spéciale de police
trouva la mort, selon les informations, des mains des membres de ce groupe aux
environs de Pernale, dans le Plateau Central, le 16 février. Selon les autorités de Police, le mouvement
des anciens militaires dans la région est lié à un autre mouvement opérant dans
les environs de Petit-Goâve. Le
Gouvernement lança plusieurs opérations spéciales de police en vue de
désintégrer ce mouvement, et mirent en état d’arrestation neuf anciens
militaires dans le Plateau Central. La
situation préoccupante en matière de sécurité gagnerait à être suivie de près.
Petit-Goâve fut de
nouveau le centre de nombreux actes de violence qui commencèrent par
l’assassinat d’un militant de Fanmi Lavalas
perpétré le 1er
février. Des journées de violence
s’ensuivirent, et ces incidents s’accompagnèrent de l’incendie de plusieurs
maisons et de la mort d’un autre partisan de Fanmi Lavalas, des suites de ses
brûlures. Le coordonnateur local de l’OPL informa que des partisans du
Gouvernement l’avaient forcé à abandonner sa résidence. Le 18 février, des coups de feu furent tirés
au passage du convoi funèbre composé de hautes personnalités qui accompagnaient
le corps du militant lavalassien. Un peu plus tard dans la même journée, des
tentatives ont été faites pour incendier la résidence d’un journaliste membre
de l’opposition. Deux de ses fils,
également journalistes, furent mis en état d’arrestation. Les deux camps s’accusaient mutuellement
d’être les instigateurs de la violence.
Les luttes entre les
guérillas urbaines se poursuivent à Cité Soleil, aux environs de
Port-au-Prince, et produisirent encore plusieurs morts. Bien que la zone des Gonaïves était
relativement calme pendant la période couverte par le présent rapport, la
situation inhabituelle qui y règne n’a pas fondamentalement changé depuis le
Deuxième Rapport du Secrétaire général.
La Police nationale d’Haïti est dotée des
effectifs les plus bas depuis 1995, soit d’un peu plus que la moitié du total
prévu pour sa dotation établie à 7.000 personnes. Le respect de l’ordre hiérarchique a beaucoup
baissé, et un grand nombre d’officiers de police sont considérés comme des
complices des trafiquants de drogue. L’annonce émise récemment par les
Etats-Unis que Haïti n’a pas respecté les lois des Etats-Unis sur les
stupéfiants, et que ce pays avait besoin d’une exception pour être habilité à continuer de
recevoir une aide, et de surcroît, les indications d’une liste de
fonctionnaires haïtiens dont les visas américains avaient été rejetés, ont
suscité beaucoup d’attention. La
corruption ; la politique ; la réintégration dans les rangs des
forces de police d’officiers qui avaient été révoqués parce qu’ils avaient été
accusés de violations des droits de la personne, ou parce qu’ils avaient été
impliqués dans des crimes, ont également exercé des effets négatifs sur le
moral de cette entité. Quatre hauts
fonctionnaires remplissant les fonctions de conseillers auprès du Chef de la
Police furent mis en état d’arrestation par l’Inspecteur général pour trafic de
drogue le 14 février. Mais ils furent
mis en liberté par le Chef de la Police.
Il fut allégué que les conseillers de la Police étaient impliqués dans
une opération de stupéfiants pour laquelle le Chef du Bureau spécial de lutte
contre le trafic des stupéfiants avait également été détenu. En l’espace d’une semaine, le Directeur de la
police judiciaire dût quitter le pays, et fut remplacé par la suite.
En dépit de ce qui
précède et d’autres questions pressantes, les forces de police ont à plusieurs
reprises prouvé qu’elles étaient capables d’assurer une protection effective
pendant les manifestations et les réunions publiques organisées par
l’opposition, particulièrement pendant le défilé des étudiants à Port-au-Prince
pour protester contre la mort infligée à l’un de leurs compagnons, et pendant
la réunion de la Caravane de l’espoir
qui s’est déroulée à Jacmel.
De toute évidence,
toute décision d’intérêt public impliquant des réformes majeures, le
renforcement de la gestion et de la hiérarchie, ainsi que des initiatives
sérieuses d’apprentissage et le facteur temps – sans oublier des ressources
additionnelles – seront nécessaires pour renforcer la PNH et l’aider à devenir
un pilier de soutènement impartial et totalement professionnel de l’État de
droit et des institutions démocratiques en Haïti, qui emploie rationnellement ses ressources. Les membres de la Mission
spéciale et les représentants du gouvernement qui constituent la Commission technique
mixte sur les questions de sécurité se sont réunis régulièrement pendant la
période couverte par le présent rapport, en vue d’examiner des dossiers
précis : la professionnalisation de la Police ; le désarmement, et la
sécurité pendant les élections.
Cependant, les progrès sont trop lents à se matérialiser.
L’objectif immédiat de
la Mission spéciale est de recruter quelque 25 à 30 policiers internationaux
qui seront chargés de la professionnalisation de la Police. Quatorze postulants ont été interviewés par
les membres de la Mission spéciale dans plusieurs pays francophones ou
d’expression créole des Caraïbes en février.
Les candidats choisis seront affectés aux neuf départements ainsi qu’au
Quartier général de la Police, et à d’autres unités spécialisées.
Un des trois
spécialistes de la Mission spéciale en matière de sécurité a continué de
fournir des conseils et de tracer des orientations à l’intention de l’Académie
de police, et d’aider à la conception et à la mise en place de programmes de
formation. La promotion actuelle de
l’Académie, la 14ème, qui compte 850 élèves policiers, a commencé
ses cours en septembre 2002. On prévoit que la prochaine promotion recevra
environ 500 recrues, et commencera en juin 2003. La formation sur le tas de 359 Commissaires
et Inspecteurs dans 5 groupes, est prévue vers fin mars 2003. La Mission spéciale fournira une assistance
substantielle à cet important effort, et offrira aussi des cours en matière de
désarmement, de sécurité pendant les élections ; de maintien de l’ordre
public, et de leadership. La Mission
œuvre également en faveur du renforcement des connaissances des moniteurs sur
les questions ayant trait aux lois et aux droits de la personne.
Sécurité pendant les élections
La Mission spéciale propose
d’apporter une assistance technique appelée à assurer la sécurité pendant les
élections. Elle propose également de
recruter au moins 100 policiers internationaux (en fonction de la disponibilité
de fonds) qui seront déployés à travers le pays, et qui ne remplaceront pas la
PNH mais lui apporteront plutôt une assistance. Les spécialistes et les
conseillers internationaux de la police seront chargés d’aider à élaborer un
plan de sécurité adapté au processus électoral,
et à assurer la sécurité des membres du CEP ainsi que celles des employés de ce
Conseil et de la Commission des garanties électorales. La Mission spéciale planifie également
d’organiser le recrutement d’au moins 200 observateurs internationaux qui
seront déployés à travers le pays pour surveiller le processus électoral et
œuvrer avec le CEP et la PNH en matière de sécurité tout au long du processus
électoral.
Désarmement
La prolifération des
armes illégales, et leur utilisation à des fins criminelles, ainsi que l’emploi
illégal d’armes légales constituent encore des dossiers critiques à travers le
pays. Parmi les questions revêtant une
urgence particulière, citons : le problème de la guérilla urbaine et du
personnel lourdement armé qui assure la protection des autorités gouvernementales ;
l’actualisation des lois ; l’élaboration d’un plan national de
désarmement ; l’inventaire et la destruction subséquente au cours d’une
cérémonie publique, des armes saisies ; la mise en place et la mise en
œuvre d’un projet-pilote « armes pour le développement », et
l’élaboration ainsi que la mise en œuvre d’une campagne de conscientisation du
public. Il sera tenu compte, pour la
réalisation de cette tâche, des recommandations formulées au cours du séminaire
international sur le désarmement organisé par la Mission spéciale en
partenariat avec le PNUD en octobre dernier.
Pour appuyer les
organismes des Nations Unies, et conformément aux politiques anti-terroristes
en vigueur dans le Continent américain, des discussions sont actuellement en
cours avec le Ministère de la justice au sujet de la ratification des
conventions internationales pour la prévention et la suppression du terrorisme
conformément à la résolution 1373 (2001) du Conseil de sécurité, ainsi que de
la Convention des Nations Unies contre le crime transnational organisé et de
ses Protocoles facultatifs.
En dépit de certains progrès réalisés au cours
de ces dernières années, l’administration de la justice gagnerait beaucoup à
être renforcée. Parmi les problèmes
enregistrés dans ce domaine, citons l’interférence politique, l’obsolescence
des codes juridiques ; la lenteur des procès judiciaires ; le manque
de personnel ; l’inadéquation de l’infrastructure et des matériels.
Début février, le
Ministre de la justice est entré en désaccord avec l’Association nationale des
magistrats d’Haïti (ANAMAH) pour avoir ordonné la suspension d’un juge qui
avait été accusé d’avoir mis en liberté, en prononçant un non-lieu, un individu
qui avait été accusé de possession d’une grande quantité de cocaïne. Par suite de cette mesure, les juges,
répondant à l’appel lancé par l’ANAMAH, sont entrés en grève pour une période
de trois semaines à partir du 17 février, pour appuyer leur collègue et
réaffirmer l’indépendance du système judiciaire.
En janvier, le
magistrat chargé, aux Gonaïves, de l’affaire Amiot Métayer, a été
temporairement empêché de quitter le pays par suite de la confiscation de son
passeport. L’incident a bénéficié d’une
vaste publicité. Le juge avait été
victime d’une intimidation continuelle.
Appuyé fermement par le public, il put récupérer son passeport quelques
semaines plus tard, et partit pour l’étranger.
Dans l’affaire Rosemond
Jean, l’inculpation a été prononcée par le Juge d’instruction. Le procès est encore en suspens à Port-au-Prince. Prosper Avril est encore en détention, bien
que la Cour d’appel ait ordonné son élargissement. Par la résolution 822, le Gouvernement a
accepté l’obligation d’élargir les prisonniers se trouvant à ce stade de la procédure
judiciaire.
RÉPARATIONS
ET POURSUITES ENGAGÉES PAR SUITE DES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001
Un des grands progrès
accomplis au titre du dossier des réparations résultant des attaques du 17
décembre 2001 a été le versement, le 29 janvier, par le Gouvernement haïtien au
parti politique OPL de 50 millions de gourdes, et la signature d’un accord
selon lequel il s’engageait à payer 20 millions échelonnés sur 4 tranches, de
février à mai 2003. Ces versements n’ont
cependant pas fermé le dossier des réparations.
Un accord intégral n’est pas encore conclu avec le parti politique
MOCHRENHA, ni avec les particuliers victimes des événements susmentionnés, qui
ne sont pas membres de la Convergence démocratique. Dans le cas du MOCHRENHA, bien que le
Gouvernement ait clairement précisé par écrit que le premier versement ne
représentait qu’un acompte sur la somme à valoir, le Gouvernement n’a pas
encore couvert tous les aspects de cette question au moment de l’établissement
du présent rapport.
Des enquêtes
criminelles menées au sujet des événements du 17 décembre 2001 continuent
d’être imparfaites et accusent encore des lacunes et des retards. Aucunes inculpations n’ont été signifiées, et
en l’espace de plus d’une année, quatre personnes uniquement ont été
jusqu’à présent, mises en accusation et détenues, trois d’entre elles en
relation avec l’attaque perpétrée contre le Palais national. De toutes les personnes identifiées par la
Commission d’enquête de l’OEA, seules quelques-unes ont été interrogées par les
juges d’instruction à travers le pays.
Amiot Métayer, notamment, est en liberté aux Gonaïves. Aucune enquête judiciaire n’a été entamée sur
le rôle de la Police pendant les événements du 17 décembre 2001.
CRIMES
COMMIS À DES FINS POLITIQUES
Dans les paragraphes qui suivent est illustrée
l’état de la question d’impunité.
Les tribunaux prirent
des mesures pour entamer un procès pour juger les affaires Jean Dominique et Jean-Claude
Louissaint de Radio Haïti-Inter. Le juge d’instruction acheva son enquête, et
le 7 février, le Commissaire du gouvernement présenta son Réquisitoire
définitif. Le juge annonça que,
conformément à la loi, il disposait d’un délai d’un mois, soit jusqu’au 6 mars,
pour émettre l’ordonnance de clôture contre l’un quelconque des suspects. Au moment de l’établissement du présent
rapport, l’inculpation définitive n’avait pas été prononcée.
Un appel dans
l’affaire impliquant l’assassinat de Brignol Lindor est encore
pendant. Les audiences tenues au titre
de cette affaire ont été reportées pendant la période couverte par le présent
rapport. Cette affaire pourrait encore
s’étaler sur une longue période avant sa conclusion.
La Mission spéciale
n’est pas au courant de progrès majeurs dans les enquêtes menée sur les cas
antérieurs d’assassinats perpétrés à des fins politiques qui figuraient sur une
liste remise au Ministère de la justice le 17 juin 2002, à la suite d’une
réunion politique tenue à Nonciature apostolique et à laquelle ont participé le
Président de la République et la Convergence démocratique.
PROGRÈS
DANS LE DOMAINE DES DROITS DE LA PERSONNE
La Mission spéciale continue de collaborer
avec plusieurs institutions pour assurer la promotion et la protection des
droits de la personne ; apporter un appui aux séminaires sur les questions
relatives aux droits de la personne, aux instruments, normes et voies de
recours. La Mission fournit également
une aide aux groupes des droits de la personne s’occupant des violations.
Pendant un voyage effectué au Cap-Haïtien en février, le Chef de mission a tenu
une réuni avec les autorités locales, et a souligné leur obligation de
respecter l’État de droit et de respecter la liberté d’expression et le droit
de réunion.
La Mission a continué
de surveiller et de recueillir des informations sur les affaires traitant des
droits de la personne en oeuvrant avec d’autres entités sur le terrain. Comme mentionné dans le présent rapport, la
situation des droits de la personne a continué de détériorer. La Mission a été particulièrement préoccupée
par les menaces de mort lancées contre d’éminents militants des droits de la
personne, ainsi que par d’autres actes d’intimidation perpétrés tant contre la
personne de ces militants que contre leurs organisations. Le Secrétaire général de l’Association des
journalistes haïtiens (AJH) a rapporté que jusqu’à 30 journalistes ont dû
quitter précipitamment Haïti pour échapper à la persécution dont ils ont été
l’objet pendant les deux dernières années.
Six des sept journalistes qui se sont mis à couvert le 21 novembre 2002
pour échapper à la persécution organisée par Amiot Métayer aux Gonaïves ont
quitté le pays en février. Plusieurs
douzaines d’individus continuent de vivre dans la clandestinité en Haïti par
peur de la persécution politique. Des étudiants et des membres de l’opposition
dans le Plateau Central et dans plusieurs villes de province font partie de ce
groupe.
Le 26 février, la
Mission spéciale a prêté sa collaboration à une ONG dirigée par un groupe de
résidents bien connus de Cité Soleil pour organiser une journée de réflexion
couronnée de succès sur les moyens de rétablir un climat de non-violence à
Cité-Soleil. Des interventions ont été
faites par des spécialistes en sécurité et droits de la personne de la
Mission ; un adjoint du Commissaire du gouvernement ; un sociologue
et d’autres personnes. L’initiative a
bénéficié d’une couverture médiatique, et a été considérée comme un important
premier pas pour aborder le problème de la violence dont souffre Cité-Soleil
depuis de nombreuses années. Quelque 100
citoyens participèrent à cet événement.
Me Lysias Fleury, un
avocat qui prête ses services à la Commission justice et paix oeuvrant sous
l’égide de l’Église Catholique, bénéficia de mesures conservatoires émanées de
la Commission interaméricaine des droits de l’homme par suite des menaces
lancées par la Police et des civils et faisant suite aux tortures dont il avait
été l’objet en juin de la même année.
Jusqu’à la clôture du présent rapport, le Gouvernement n’avait pris
aucune mesure pour assurer la protection requise par les Conventions auxquelles
Haïti est partie. Me Fleury a été cependant convoqué par les autorités
pour identifier face à face, contrairement aux règles, les membres de la Police
nationale qui avaient été accusés d’avoir participé à ces tortures. Voilà
pourquoi outre ces raisons, la sécurité de Me Fleury devient de plus en plus
préoccupante. Il est grand temps que le
Gouvernement assume ses responsabilités dans cette affaire et dans d’autres
affaires en cours dans lesquelles des mesures conservatoires ont été requises
par la CIDH.
L’expert indépendant
sur Haïti, de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, a établi
un rapport sur la visite qu’il a effectuée en septembre dernier, dans lequel il
a formulé de nombreuses observations et recommandations dignes de mention. Le rapport sera examiné par cette Commission
à partir du 17 mars à Genève.
La position de la
communauté internationale demeure fermement ancrée dans les résolutions 806 et
822 de l'OEA, assortie de la mise en oeuvre intégrale par les divers acteurs
des obligations et initiatives propres à contribuer à la tenue d'élections
fructueuses en 2003. Ceci requiert
entre autres la formation immédiate du CEP. Cependant, il ne reste plus beaucoup
de temps pour la réalisation de cet objectif. Par conséquent, la communauté
internationale compte envoyer une délégation de haut niveau à Port-au-Prince du
19 au 21 mars 2003 en vue d'encourager
la mise en oeuvre intégrale des résolutions 822 et 806.
Comme il a été rapporté en janvier, le
Gouvernement a continué d’accuser la communauté internationale du maintien de «
sanctions économiques » contre Haïti, manquant de respecter ses engagements de
prendre des mesures concrètes pour normaliser les relations d’Haïti avec la
communauté de donneurs, conformément aux dispositions des résolutions de l'OEA.
Les institutions internationales de financement déclarent que la question des
arriérés en souffrance que doit régler le Gouvernement continue d'entraver les
progrès vers une solution.
Un résumé de presse de l’article IV de l’examen de
l’économie haïtienne publié en janvier 22003 par le Fonds monétaire
international se lit comme suit : « Des
difficultés politiques ont empêché les
autorités d'adopter des mesures correctives
visant à contenir les pertes de réserves internationales et l'inflation,
et à encourager la croissance". Le résumé ajoute entre autres que le Gouvernement avait besoin
d'améliorer la transparence et la comptabilité de ses dépenses en mettant
l'accent sur "l'importance du renforcement des modalités de gestion de
la trésorerie en imposant des restrictions
au recours aux comptes discrétionnaires des ministères».
Le Représentant
spécial du Secrétaire général a tenu toutes les deux semaines des réunions de consultation avec le Groupe
d'Amis d'Haïti à Port-au-Prince tout au long de cette période. Il s'est tenu
aussi à cette occasion une réunion du Groupe d'amis avec la Convergence
Démocratique. La Mission elle-même a rencontré à nouveau la Convergence ainsi
que les membres du groupe des 184, séparément.
Un fait
d’importance majeure s’est produit le 28 février. Le Premier Ministre Yvon
Neptune et le chef de la Mission spéciale ont signé les trois derniers jeux de
Termes de référence couvrant l’assistance de la Mission spéciale dans les
domaines des droits de la personne, de la justice et de la gouvernance. Copies
de ces documents figurent à l'annexe 1. Des discussions sont en cours pour
mettre sur pied des commissions mixtes
et lancer des programmes de travail commun.
Au 24 février 2003, les ressources à la disposition de
la Mission spéciale atteignaient environ $1,3 millions, en tenant compte du
total des contributions reçues et des dépenses effectuées à cette date. A moins
que des ressources additionnelles soient reçues très bientôt, la Mission ne
sera pas en mesure d'aller au-delà des premières étapes immédiates. En dépit
d’indications positives, à la fin de la période couverte par le rapport, la
Mission n’avait pas reçu d’assurance de collecte de plus de la moitié de sa
requête initiale de $12 millions environ. Ce montant constitue environ la
moitié de la somme requise de la communauté internationale pour la tenue
d’élections fructueuses.
Un élément positif est la précieuse contribution reçue par la Mission de l’Organisation
nationale pour l’avancement des Haïtiens (NOAH). Il s’agit de la première
contribution privée et la première d’une organisation d’Haïtiens vivant à
l’étranger. En général, la Mission cherche à établir des partenariats avec des
institutions multilatérales et bilatérales, notamment et en particulier avec
l’UNDP au sujet des élections, du désarmement et d’autres domaines.
La Mission a pousuivi ses travaux de transmission d’information au public
haïtien. L’adresse sur le site Internet est le suivant: www.oashaiti.org.
La présente impasse ne peut pas continuer. Il ne reste
presque plus de temps pour créer un vrai CEP et permettre l’adoption des
mesures pratiques indispensables pour tenir des élections crédibles en 2003.
En dépit des
progrès tangibles réalisés sur plusieurs
fronts, le Gouvernement n’a pas accompli suffisamment pour convaincre le peuple
haïtien dans son ensemble, ou la communauté internationale, qu’il compte
sérieusement respecter les engagements volontaires qu’il a pris aux termes des
résolutions 806 et 822. Il a besoin de mettre un terme à la question des
Réparations et de prendre sans délais les décisions fermes qui s’imposent,
entre autres questions, en matière de police, d’impunité, de désarmement et d’établissement d’un climat de confiance pour la
sécurité des élections. Les assurances verbales ne suffiront pas. Une mise en
oeuvre rapide et réelle des différents Termes de référence constitue la
meilleure voie à suivre.
En même temps, la résolution 822 impose des obligations à
tous les protagonistes. Même s’il incombe en
premier lieu au Gouvernement haïtien d’assurer la mise en place de conditions
de sécurité, la société civile et tous les Haïtiens doivent se partager la
tâche d’encourager la sécurité et le développement. Des préoccupations
légitimes manifestées par le public haïtien au sujet de la sécurité, du respect
des droits de la personne et de la primauté du droit ne devraient ps être
utilisées pour entraver la tenue d’élections, débouché nécessaire pour le
développment politique, économique et social d’Haïti ainsi que pour
l’établissement d’un climat de paix et de justice. Cependant, il n’est pas encore évident qu’il
existe des circonstances en vertu desquelles certaines parties de
l’opposition seraient prêtes à coopérer
à la tenue d’élections en 2003, ou à n’importe quelle date, sous l’égide de
Jean Bertrand Aristide, reconnu comme Président d’Haïti par la communauté
internationale..
Les cinq entités ayant l’intention de désigner des
représentants au CEP doivent être prêtes à assumer leurs responsabilités aux
termes de la résolution 822 et du Projet d’accord initial, daté du 12 juin
2002. Elles devraient être disposées par exemple à autoriser les personnes qu’elles auront désignées à
prêter serment pour exercer la fonction
de membres actifs et independents du CEP.
L’entrée en fonctionnement de cet organe
aura en lui-même un effet catalyseur
qui contribuera à améliorer le climat en général dans le pays. La
Mission spéciale a offert son assistance pour assurer la sécurité des membres
du CEP et de la Commission sur les garanties électorales, ainsi que de leurs
familles et associés. D’autres volets de la
sécurité des élections devront être mis en oeuvre conformément aux dispositions
pertinentes des Termes de référence, notamment les plans de la Mission spéciale
décrits ci-dessus, étant entendu que les améliorations prendront effet
graduellement en fonction du déroulement du processus électoral.
Il est temps que les institutions internationales de
financement et le Gouvernement haïtien s’efforcent de régler les questions en
suspens entre eux, notamment le problème des arriérés, démontrant ainsi sans
délai au peuple haïtien que les manifestations de bonne volonté de la
communauté internationale se traduisent dans la pratique par des faits
concrets.
Finalement, les Etats
membres de l’OEA et les Etats observateurs, ainsi que d’autres institutions
doivent intensifier leurs efforts et apporter des contributions substantielles
à la Mission spéciale, notammment d’une part en appui aux efforts qu’elle
déploie pour ses travaux concernant les volets de la sécurité (domaine dans
lequel virtuellement aucun autre acteur
international ne joue actuellement un rôle actif) et d’autre part pour la mise en
oeuvre des tâches prescrites en relation avec la tenue d’élections en Haïti en
2003.
ANNEX II
Déclaration
des Cinq Secteurs de la Société Civile
Appelés a
Participer a la Formation du CEP
Les cinq institutions et secteurs soussignés ont pris
note de la décision du pouvoir exécutif de publier un arrêté relatif à la
formation du Conseil Électoral Provisoire. Ils constatent également que les
noms des personnalités respectivement désignées par ces cinq secteurs font
partie des sept noms publiés par le pouvoir dans le cadre dudit arrêté, acte
unilatéral qui ne tient pas compte des réserves des secteurs appelés à
participer à la formation du CEP.
Aussi les cinq (5) institutions et secteurs
soussignés :
1. Considèrent que la décision regrettable
du pouvoir d'avancer seul sur ce dossier sans répondre de manière appropriée à
leurs revendications légitimes, constitue un nouveau pas sur la voie de
l'arbitraire.
2. Expriment
leur vive inquiétude pour l'avenir du processus démocratique et la tenue
d'élections crédibles en Haïti face à la détérioration continue de la situation
des droits de l'homme, de la sécurité publique, et du respect des libertés
publiques et citoyennes garanties par la constitution.
3. Réaffirment le maintien de leur position
commune exprimée dans la lettre en date du 19 novembre 2002 adressée au
Ministre des Affaires Étrangères, indiquant clairement leur décision de ne pas
habiliter leurs représentants respectifs au CEP à prêter serment et à intégrer
l'institution aussi longtemps que les conditions essentielles minimales à
l'engagement d'un processus électoral crédible ne soient pas encore réunies.
4. Renouvellent leur engagement à
accompagner le peuple haïtien dans sa quête de démocratie, de justice, et de
progrès, en assumant leurs responsabilités à ce tournant critique de la vie
nationale et en jouant pleinement leur rôle dans la mise en oeuvre d'un
processus électoral véritablement crédible et démocratique.
5. Demandent au Gouvernement de ne pas
poursuivre dans la mauvaise direction mais au contraire de prendre les
responsabilités qui lui incombent en vue de créer la confiance ainsi que les
conditions nécessaires à la tenue d'élections crédibles, telles que prévues
dans les résolutions 806 et 822 de l'OEA, qui correspondent par ailleurs aux
diverses revendications fondamentales de Sécurité, de justice, de gouvernance
responsable et de moralité publique maintes fois exprimées par différents
secteurs de la société haïtienne.
Pour la
Conférence Épiscopale d'Haïti Pour
la Fédération Protestante d'Haïti
Pour
l'Église Épiscopale d'Haiti Pour
la Commission Justice et Paix
Pour la
Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haïti
http://scm.oas.org/pdfs/2003/CP11053_IIIF.pdf
CP11053F01