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OEA/Ser.G
CP/doc. 3750/03
20 mai 2003
Original: anglais
RAPPORT DU
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LA SITUATION EN HAÏTI


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le 19 mai 2003
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous
faire parvenir sous ce couvert copie du RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LA
SITUATION EN HAÏTI, qui a été élaboré en vertu des dispositions du paragraphe
14 de la résolution CP/RES. 822 datée du 4 septembre 2002 et conformément au
paragraphe 12 du dispositif de la résolution AG/RES. 1841 (XXXII-O/02) datée du
4 juin 2002. Le rapport examine aussi le stade de mise en œuvre des résolutions
CP/RES. 806 (1303/02), CP/RES. 822 et AG/RES. 1841.
Je vous saurais gré de
bien vouloir le faire distribuer aux membres du Conseil permanent.
Je vous
prie d’accepter, Monsieur le Président, les assurances de ma très haute
considération.
Luigi
R. Einaudi
Secrétaire
général adjoint
En
charge du Secrétariat général
Son Excellence
Monsieur l’Ambassadeur Odeen
Ishmael
Ambassadeur, Représentant permanent du Guyana
près l’Organisation des États Américains
Président du Conseil permanent
Washington, D.C.
RAPPORT DU SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL
SUR LA SITUATION EN
HAÏTI
TABLE DES MATIÈRES
Pages
I. INTRODUCTION........................................................................................................... 1
II. ÉVÉNEMENTS RÉCENTS............................................................................................. 1
III. MISE EN ŒUVRE DES RÉSOLUTIONS 806 et 822....................................................... 3
A. Mise
en œuvre des recommandations de la Commission d’enquête.......................... 3
B. Mise
en œuvre des recommandations du Conseil consultatif sur les réparations......... 4
C. Enquêtes
sur les crimes à motivation politique......................................................... 4
D. Professionnalisation
de la police............................................................................. 5
E. Désarmement....................................................................................................... 6
F. Droits
de la personne............................................................................................ 6
G. Formation
du Conseil électoral provisoire................................................................ 8
IV. LA SOCIÉTÉ CIVILE ET L’OPPOSITION..................................................................... 9
V. LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE.................................................................... 9
VI. LA MISSION SPÉCIALE.............................................................................................. 10
VII. OBSERVATIONS......................................................................................................... 12
ANNEXE A................................................................................................................... 13
ANNEXE B................................................................................................................... 15
ANNEXE C................................................................................................................... 19
RAPPORT
DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
SUR
LA SITUATION EN HAÏTI
1. Ce quatrième rapport présenté par le
Secrétaire général au Conseil permanent en vertu du 14e paragraphe
du dispositif de la résolution CP/RES. 822 (1331/02) du 4 septembre 2002
[conformément aussi au paragraphe 12 du
dispositif de la résolution AG/RES. 1841 (XXXII-O/02) du 4 juin 2002] fait le
point sur l’avancement de la mise en œuvre des résolutions CP/RES. 806
(1303/02) et CP/RES. 822, ainsi que de la résolution AG/RES. 1841.
2. En août 2000, l’OEA a engagé un
dialogue avec le Gouvernement d’Haïti (GH) et des représentants de l’opposition
afin de résoudre la crise politique qui a résulté des élections législatives,
municipales et locales contestées de mai 2000. Cet effort s’est poursuivi
pendant le reste de l’année 2000 et jusqu’en décembre 2001. Suite à une attaque
à main armée contre le Palais National d’Haïti le 17 décembre 2001 et à la
détérioration marquée de la situation générale en matière de sécurité dans le
pays, le Conseil permanent de l’OEA a adopté la résolution CP/RES. 806 le 15
janvier 2002. Entre autres décisions, la résolution 806 a établi la Mission
spéciale chargée du renforcement de la démocratie en Haïti, qui a reçu le
mandat de renforcer le processus politique et les institutions démocratiques du
pays. La résolution a également créé une Commission d’enquête chargée
d’examiner les événements de décembre 2001 et un Conseil consultatif sur les
réparations en Haïti, appelé à proposer des lignes directrices en vue de
l’indemnisation des victimes de ces événements.
3. Le 4 septembre 2002, à la lumière de
l’impasse dans les négociations entre les partis politiques haïtiens, le
Conseil permanent a adopté la résolution 822. Par cette résolution, le Conseil
permanent reconnaissait les gains réalisés au cours des négociations; il
maintenait les objectifs des résolutions CP/RES. 806 et AG/RES. 1841,
et ajoutait un certain nombre de dispositions pour créer les conditions
favorables à la tenue d’élections législatives et locales en 2003, notamment en
menant une campagne de désarmement, et pour normaliser la coopération
économique entre le Gouvernement d’Haïti et les institutions financières
internationales.
4. Une liste de rapports publiés
précédemment en vertu des résolutions CP/RES. 806, AG/RES. 1841 et CP/RES. 822 figure à l’annexe A. Ces rapports peuvent être consultés sur
le site Web de l’OEA à l’adresse suivante: www.oas.org.
En particulier, le document CP/doc.3722/03 du 4 avril 2003 contient le
rapport de la Mission spéciale adressé au Secrétaire général sur la visite
d’une Délégation de haut niveau OEA-CARICOM (la Délégation), effectuée les 19
et 20 mars, et sur le suivi réalisé jusqu’au 30 mars 2003.
5. Le 30 avril 2003, suite à des
consultations entre les membres de la Délégation de haut niveau et avec
d’autres membres et observateurs de l’OEA, le Conseil permanent a tenu une
séance spéciale sur Haïti. À la fin des discussions, le Président a fait une
annonce officielle, au nom du Conseil, dans laquelle il a repris les points
soulevés par la Délégation devant le Gouvernement, la société civile et la
Convergence Démocratique. Le Président du Conseil permanent a fait état de
l’inaction du Gouvernement en rapport avec des problèmes clés soulevés par la
Délégation comme étant le “principal obstacle” au progrès; il a également
insisté sur la nécessité, pour le Gouvernement, de mettre en œuvre concrètement
les mesures qui lui ont été soumises et, pour les entités de la société civile
et la Convergence Démocratique, de confirmer qu’elles participeraient au
Conseil électoral provisoire (CEP) une fois que le Gouvernement aura agi.
6. Dans cette annonce, le Président a
également souligné que le Conseil permanent appuyait la Mission spéciale pour
son travail en vertu des Termes de Référence convenus avec le Gouvernement
d’Haïti, notamment en ce qui concerne le déploiement d’une force de police
internationale pour aider à la professionnalisation de la Police Nationale
Haïtienne et, une fois que la décision de tenir des élections sera prise, pour
aider à assurer la sécurité pendant le processus électoral. Dans son annonce,
le Président du Conseil permanent a insisté sur la nécessité de soulager la
crise humanitaire qui sévit en Haïti et a encouragé les institutions
financières internationales à accélérer leurs pourparlers avec Haïti pour
reprendre la coopération, conformément à leurs procédures internes. Il a
signalé que l’Assemblée générale de l’OEA examinera la situation en Haïti dans
le cadre de sa session annuelle qui se tiendra à Santiago, Chili, du 8 au 10
juin, et que des décisions seront prises à la lumière des mesures prises, ou de
l’absence de mesures, par le Gouvernement haïtien et les autres acteurs
concernés. L’annonce est reproduite à l’annexe B.
7. Durant la période du 29 avril au
9 mai, une délégation du FMI s’est rendue en Haïti et a établi, de concert
avec le Gouvernement d’Haïti, un avant-projet de programme suivi par le FMI
(SMP, Staff Monitored
Program) concernant la performance économique
d’Haïti au cours des six mois suivants. On s’attend à ce que cet avant-projet
soit soumis très prochainement au Conseil d’administration du FMI. L’adoption
d’un tel programme pourrait faciliter le travail des autres donateurs
bilatéraux et multilatéraux.
8. Au début d’avril, la mort d’un partisan
de Fanmi Lavalas au cours d’une fusillade intervenue lors d’une manifestation pro-gouvernementale dans un quartier considéré comme un
bastion de l’opposition à Cap Haïtien a de nouveau soulevé le problème de
l’existence d’une opposition armée. Les préoccupations au sujet de la sécurité
nationale se sont accrues au début de mai à la suite de la détention pour
interrogatoire de cinq ressortissants haïtiens en République dominicaine, dont
un ancien commissaire de police et un ancien ambassadeur, soupçonnés d’avoir
des liens avec des groupes d’ex-militaires censés conspirer pour renverser le
Président Aristide. Dans les 24 heures qui ont suivi leur arrestation, une
attaque sur le barrage Péligre dans la centrale
hydroélectrique Plateau Central a fait deux morts et plusieurs blessés, en plus
de laisser la salle de commande endommagée par l’incendie; la police aurait
également confisqué des armes lourdes et divers documents au domicile d’un
militant de l’opposition à Port-au-Prince. Au moment de la rédaction du présent
rapport, la situation concernant ces événements et les éventuels liens entre
eux ne sont pas clairs. Les cinq personnes détenues en République dominicaine
ont été relâchées le jour suivant. Le 11 mai, un citoyen américain fut
arrêté à Gonaïves sous prétexte qu’il aurait reçu des armes destinées à être
utilisées contre le Gouvernement.
9. Le 1ermai, le Président
Aristide a appelé l’opposition à observer une trêve, au nom des pauvres
d’Haïti, avant la célébration du 200e anniversaire du drapeau
haïtien, le 18 mai. Le Président Aristide a lancé le “Cri de La Saline” au
cours d’une cérémonie publique d’inauguration de logements dans l’un des
quartiers les plus démunis de Port-au-Prince. Les secteurs de l’opposition ont
eu des réactions diverses à cet appel: un porte-parole de la Convergence
Démocratique a convenu qu’une trêve était possible s’il était mis fin à
l’impunité et à la persécution politique, tandis qu’un autre regroupement
d’opposition demandait au Président Aristide de marquer la célébration du 18 mai
en démissionnant. Des déclarations publiques de plusieurs parlementaires
Lavalas en appui à un amendement à l’article 134.3 de la Constitution
haïtienne, qui limite à deux termes non consécutifs le mandat du président, ont
provoqué une autre controverse et une méfiance accrue à l’égard du Gouvernement
de la part de plusieurs secteurs de l’opposition et de la société civile.
10. Sans aucun doute, les premières
responsabilités aux termes des diverses résolutions concernant Haïti
incombaient au Gouvernement. Dans le présent rapport, nous examinons les
progrès accomplis en ce qui a trait aux obligations prioritaires acceptées
volontairement par le Président Aristide et son gouvernement. Ces obligations
et engagements se résumaient ainsi: a) mettre en œuvre les recommandations de
la Commission d’enquête et du Conseil consultatif sur les réparations; b) mener
des enquêtes approfondies sur tous les crimes à motivation politique; c)
améliorer la sécurité grâce à la professionnalisation de la police et à la
tenue d’une campagne de désarmement; d) améliorer la situation en matière de
droits de la personne, et e) établir, en collaboration avec un certain nombre
d’autres secteurs, un Conseil électoral provisoire (CEP) crédible.
11. Le Gouvernement haïtien s’est engagé
publiquement, à diverses occasions, à mener des enquêtes et à arrêter les
20 personnes, au moins, impliquées selon la Commission dans les violences
du 17 décembre 2001. Cependant, peu de mesures ont été prises depuis que
la Commission a présenté ses recommandations dans son rapport du 20 juin
2002. Des rapports antérieurs (voir le paragraphe 4 ci-dessus),
fournissaient des détails. Pourtant, les cinq entités chargées de désigner les
membres du CEP avaient clairement déclaré, au début de novembre, que des
progrès devaient être accomplis dans ces poursuites judiciaires pour qu’elles
participent au CEP. Il convient de rappeler qu’il a fallu attendre la visite de
la Délégation de haut niveau en mars 2003 pour qu’un juge de Cap Haïtien cite à
témoins et interroge plusieurs employés de l’État impliqués dans les violences
du 17 décembre. Les arrestations ont eu lieu le 4 avril 2003, mais
les suspects ont été relâchés le même jour suite aux pressions exercées par de
violents manifestants pro-gouvernementaux.
12. Les déclarations publiques du Directeur
général du ministère de l’Intérieur et des chefs d’“organisations populaires” pro-gouvernementales, après les arrestations du
4 avril, ont jeté des doutes sur l’engagement du Gouvernement. Le
Directeur général du ministère de l’Intérieur, en visite à Cap Haïtien le 6
avril, aurait, dit-on, déclaré à la radio locale que
les employés de l’État devraient “jouir d’une certaine immunité en matière
d’arrestation, comme c’était le cas sous l’ancien Président Duvalier”. Lors
d’une conférence de presse le 15 avril 2003, des chefs d’organisations
populaires à Port-au-Prince, dont René Civil, porte-parole de Jeunesse Pouvoir
Populaire, sont allés encore plus loin, rapporte-t-on, en “donnant un
avertissement aux juges qui s’aviseraient de lancer des mandats d’arrêt contre
des organisations populaires soutenant Lavalas”, affirmant que leurs partisans
empêcheraient l’exécution de ces mandats d’arrêt. Aucune de ces déclarations
n’a été désavouée par le Gouvernement.
13. Dans sa déclaration liminaire à la
Délégation de haut niveau, le 19 mars 2003, le Président Aristide a promis de
traduire Amiot Métayer en justice, sans provoquer de
bain de sang général dans la zone où se trouverait Métayer. Métayer, un fugitif
de Gonaïves qui avait joué un rôle de leader incontesté dans une série de
menaces ou d’actions violentes en 2002, était auparavant toléré par l’appareil
policier et judiciaire de l’État. Le Gouvernement a déclaré depuis qu’il
n’avait pas réussi à le localiser. Des rapports concernant des menaces et des
tentatives de pressions politiques sur des fonctionnaires judiciaires
travaillant sur l’affaire étaient très préoccupants. Deux juges et un substitut
du procureur ont déclaré qu’ils avaient préféré fuir Haïti plutôt que d’accéder
aux demandes de retrait des accusations contre Métayer. Le 14 mai, au moment où
ce texte était sur le point d’être imprimé, un fait remarquable a été
annoncé : le nouveau procureur dans l’affaire Métayer (ce dernier avait en
fait été emprisonné sous l’accusation d’incendie criminelle et de meurtre dans
la région de Jubilé aux Gonaïves au
printemps de 2002 et non pas par suite des accusations de la commission
d’enquête au sujet de sa participation aux événements du 17 décembre 2001) a
déclaré que Métayer avait été exonéré des accusations lancées contre lui dans
l’affaire Jubilé. On n’avait pas pu établir clairement si une action quelconque
serait prise contre lui en ce qui concerne sa fuite de prison en août 2002, ou
les événements du 17 décembre 2001. Les modalités de gestion de l’affaire
Métayer marquera un jalon dans l’évaluation du sérieux avec lequel le
Gouvernement compte s’affronter à l’impunité.
14. Les recommandations formulées par le
Conseil consultatif sur les réparations (composé d’un représentant du
Gouvernement, d’un représentant du Secrétaire général de l’OEA et d’un
représentant de l’Association des Assureurs d’Haïti) ont été largement mises en
œuvre. Plus de 124 millions de gourdes ont été versés aux partis
politiques et aux institutions concernées et leurs dossiers ont été clos.
Cependant, seulement la moitié environ des 70 victimes individuelles qui
auraient dû être indemnisées, selon les recommandations, ont déclaré avoir
accepté un règlement final. L’autre moitié attend toujours un règlement. La
Mission spéciale sera bientôt en mesure de confirmer le montant d’argent versé
aux victimes individuelles, mais on estime que plus de 35 millions de
gourdes ont été affectés à ces indemnisations.
15. Le 28 mars 2003, le Comité mixte sur la
justice composé de représentants du Gouvernement d’Haïti et de la Mission
spéciale de l’OEA (Comité mixte GH/Mission) a constitué un groupe de travail
chargé d’apporter une assistance dans les enquêtes et les poursuites menées
dans le cadre du dossier du 17 décembre 2001, en rapport avec dix affaires
d’assassinat “à motivation politique” soulevées par des chefs de l’opposition
devant le Président Aristide en juin 2002, ainsi qu’avec les affaires Jean
Dominique et Brignol Lindor. Le Comité mixte sur la
justice a choisi cinq des dix affaires en vue d’un examen immédiat en mars
2003. Il s’agit des affaires suivantes: Mireille Durocher
Bertin, Député André Diogène, Sénateur Yvon Toussaint, Député Jean Hubert
Feuillé et Rémy Darang. Le Comité mixte recueille
actuellement de l’information sur l’état d’avancement de ces affaires.
16. Les procédures judiciaires ont suivi
leur cours officiel dans les affaires Jean Dominique et Brignol
Lindor, mais sans progrès évidents. Les deux affaires sont en appel. D’une
manière générale, l’acte d’accusation final du 21 mars 2003 dans l’affaire Jean
Dominique a suscité une déception totale. Après environ trois ans d’enquête,
l’acte d’accusation final ne contenait aucune allusion au motif du crime et
aucun des six hommes accusés n’est soupçonné d’être le cerveau du crime.
Depuis, chacun des six accusés a fait appel. La Cour d’appel a tenu une
audience le 12 mai; elle devrait rendre sa décision dans un mois environ.
17. En ce qui concerne le meurtre de Brignol Lindor, seulement deux des dix hommes accusés en
2002 ont été arrêtés. Aucune mesure n’a été prise pour arrêter l’un quelconque
des huit autres. Le 27 mars 2003, la Cour d’appel a rejeté l’appel pour
des raisons de procédure. Le rejet de l’appel sera examiné par la Cour suprême.
18. Au cours de la dernière année, la Police
Nationale Haïtienne (PNH) a fait l’objet de nombreuses allégations de
politisation et de participation à de graves violations des droits de la
personne, au trafic de stupéfiants et à d’autres formes de corruption. On lui a
également reproché une gestion absolument inefficace, avec pour résultats une
perte de crédibilité parmi la population et une baisse de moral dans ses rangs,
qui aurait entraîné la désertion d’un nombre inconnu de ses membres. Malgré
cette image globale négative, les forces de police ont prouvé en maintes
occasions, et en présence de la Mission spéciale, qu’elles étaient capables,
avec une direction et des ordres appropriés, d’assurer la sécurité de manière
professionnelle. Nous pouvons citer comme exemples la protection fournie par
les forces de police au Groupe des 184 lorsque la Caravane de l’espoir de cette
organisation de la société civile a accompli son périple de plusieurs mois qui
l’a menée cette année à Jacmel, St. Marc, Hinche,
Gonaïves, Fort Liberté et Cap Haïtien, ainsi que leur intervention dans une
manifestation de groupes de femmes le 3 avril. Par contre, elles ont fait
preuve d’une violence excessive lors d’une manifestation qui s’est déroulée à
proximité de l’Ambassade de France, le 20 mars, et, avec d’autres représentants
du Gouvernement, elles n’ont pas géré correctement le déplacement de la
Caravane de l’espoir à Les Cayes.
19. Les effectifs actuels de la
PNH sont évalués à 4 500 personnes au maximum, ce qui est bien inférieur au
niveau autorisé de 7 000. Comme il a été signalé précédemment, la PNH
manque également de matériel et de dirigeants qualifiés. Compte tenu de la
détérioration de la PNH et de la dégradation de la situation générale en matière
de sécurité, la Délégation de haut niveau et le Président Aristide ont discuté
de la nécessité du renforcement de la direction supérieure, en consultation
avec la Mission spéciale. Il a été également convenu de mettre en place jusqu’à
30 conseillers de police, dont les 11 premiers sont sur place.
20. Le Gouvernement a nommé de nouveaux
hauts dirigeants, dont le Directeur général, le 26 mars 2003, mais il a
choisi d’informer la Mission, plutôt que de la consulter, au sujet de son
choix. La nomination de M. Jean-Claude Jean-Baptiste en tant que Directeur
général intérimaire a suscité des critiques, dans le pays et à l’extérieur,
notamment parce que cette nomination ne contribuait pas à l’instauration d’un
climat de confiance. Selon des chefs de l’opposition, il aurait pris part à
l’assassinat en 1991 de Pasteur Sylvio Claude, alors chef d’un parti politique.
Le nouveau Directeur général intérimaire, lors de ses diverses entrevues avec
des membres de la presse, a insisté sur sa détermination à réformer la police,
à punir les personnes coupables de violation des droits de la personne et à
garantir le droit de manifester. Le choix de Pierre Evans Sainturné
pour le poste d’inspecteur général en chef (numéro deux à la PNH) a été
critiqué au départ par les groupes de défense des droits de la personne, mais
l’on n’entend plus de réactions. La Délégation de haut niveau et le Conseil
permanent continuent de demander le renouvellement et le renforcement de la
haute direction de la PNH en consultation avec la Mission spéciale.
21. Les mesures concrètes prises au cours de
l’année pour professionnaliser la police se sont concentrées sur la formation
de la 14e promotion. Un groupe de 850 nouveaux agents de
police a terminé un cours de formation à l’Académie de Police en mars et a été
déployé en avril 2003, venant ainsi renforcer sensiblement les effectifs. La
Mission spéciale a gardé un bureau à l’Académie de Police d’octobre à mars, et
participé au travail de formation à tous les niveaux, depuis la planification
du programme d’étude jusqu’à l’instruction sous forme de cours quotidiens.
Cependant, des allégations ont fait surface selon lesquelles de nombreuses
recrues avaient été sélectionnées sur la base de critères autres que le mérite
et quelques autres au moins auraient même un dossier douteux.
22. Plusieurs mesures ont été prises pour
lancer une campagne nationale de désarmement, mais la mise en application a été
limitée. À la connaissance de la Mission spéciale, rien n’a encore été fait au
sujet de deux demandes essentielles adressées au Gouvernement par la Délégation
de haut niveau, pour lesquelles le Gouvernement avait déjà pris un engagement
en adoptant les Termes de Référence, à savoir agir contre les groupes armés
organisés et agir pour confisquer les armes illégales détenues par des membres
de l’entourage de certains hauts fonctionnaires.
23. Le rapport initial fourni par le
Gouvernement au sujet du nombre d’armes confisquées a été corrigé. Il est
maintenant indiqué que les 2 551 armes de toutes catégories qui, selon le
rapport du 4 novembre, avaient été saisies en juillet et août 2002
comprenaient en fait les munitions. Le Gouvernement a précisé par la suite que
60 armes ont été saisies en 2002. D’autres armes ont été saisies depuis et la
Mission vérifie actuellement les informations à ce sujet.
24. Un Comité national du désarmement, créé
le 31 mars 2003, s’est réuni plusieurs fois et prévoit une cérémonie
publique de destruction d’armes pour le 22 mai 2003.
25. Le respect, par le Gouvernement, de la
liberté de la presse, de la liberté d’expression et de la liberté de se réunir
a diminué au cours de l’année. Des agents de l’État ont exprimé publiquement
leur détermination à appliquer les principes des droits de la personne, mais
des membres d’”organisations populaires” pro-gouvernementales
ont souvent intimidé et agressé des manifestants, des journalistes et d’autres
militants qui critiquaient le Gouvernement, avec une flagrante impunité. Aux
Gonaïves, une campagne sournoise d’intimidation et de violence menée par Amiot Métayer et ses partisans a conduit des fonctionnaires
judiciaires et des journalises locaux à fuir le pays parce qu’ils craignaient
pour leur vie. Bien que, depuis mars, la situation à Gonaïves soit devenue
moins critique, les facteurs de tension sous-jacents sont toujours présents.
26. Les attaques contre la liberté de la
presse ont été nombreuses et généralisées. Des stations de radio considérées
critiques à l’égard du Gouvernement, à Port-au-Prince, à St. Marc, au Cap
Haïtien, à Petit-Gôave, aux Gonaïves et aux Cayes,
ont signalé des actes d’intimidation et de violence à leur endroit. Depuis
l’assassinat de son directeur, Jean Dominique, en avril 2000, Radio Haïti
Inter, dirigée par la veuve de Dominique, Michèle Montas, a mené une campagne
publique sans précédent pour obtenir justice. Cette station de radio a fermé
ses portes pour une période indéterminée à la suite de menaces de mort
constantes adressées à ses employés après la tentative d’assassinat du
25 décembre 2002 contre Michèle Montas, tentative au cours de laquelle son
garde du corps a trouvé la mort. En janvier 2003, le directeur de Radio
Schekina à St. Marc a été blessé par balle alors qu’il se trouvait dans
son studio. À la fin d’avril, Liliane Pierre Paul, membre éminente de Radio Kiskeya, a reçu des menaces de représailles (contre elle et
contre les ressortissants français) si elle ne soutenait pas la campagne du
Gouvernement pour la restitution des sommes payées par Haïti à la France en 1825
en guise de réparations à la suite de la déclaration d’indépendance d’Haïti en
1804. Le recul du respect de la liberté de la presse a été dénoncé par des
organismes nationaux et internationaux de défense des droits de la personne
(dont les experts indépendants pour Haïti de la Commission des droits de
l’homme des Nations Unies) ainsi que par des associations de presse, la Mission
spéciale et la communauté diplomatique. Reconnaissant la tendance négative, et
préoccupée par cette situation, l’Association des journalistes haïtiens a
déposé des plaintes officielles auprès de la Commission interaméricaine des
droits de l’homme dans les cas de Michèle Montas et de sept journalistes de
Gonaïves. Un homme d’affaires, qui aurait des liens étroits avec le Président
Aristide, est récemment devenu actionnaire majoritaire de Telemax,
l’unique station de télévision nationale indépendante, où il exercerait des
pressions pour éliminer les programmes consacrés au débat politique. Le
Gouvernement ou le parti au pouvoir contrôlent actuellement trois autres
stations de télévision.
27. La Commission épiscopale nationale sur
la justice et la paix de l’Église catholique romaine a signalé dans une étude
spéciale qu’il y avait eu 117 morts violentes en Haïti de novembre 2002 à
février 2003. On ne sait pas combien de ces assassinats ont été commis par des
agents de l’État ou par des personnes ayant un lien avec des agents de l’État.
La Mission spéciale a reçu de nombreux rapports dont certains mettent en cause
les chefs de bandes de Cité Soleil, eux‑mêmes employés par des
institutions d’État, dans plusieurs assassinats, enlèvements et disparitions.
L’application du principe de la “tolérance zéro”, selon lequel les suspects de
crimes de droit commun sont sommairement punis, a continué de susciter de
sérieuses préoccupations, tout comme les signalements de dix cas de disparition
forcée qui ont été portés à l’attention de la Mission spéciale. La plupart des
10 hommes qui auraient “disparus”, et qui ont probablement été assassinés,
avaient des liens avec l’opposition et l’un d’entre eux était un ancien
commissaire de police. Les plaintes particulières en matière de droits de la
personne à l’encontre de la police concernaient sa participation à des
exécutions sommaires et à des disparitions, ainsi que des cas de torture, de
brutalité et de grave inconduite telle que la fabrication de preuves dans des
affaires de persécution politique présumée.
28. Rosemond Jean,
le chef des victimes de la crise des coopératives qui a éclaté au milieu de l’année
2002, a bénéficié d’une libération conditionnelle en avril, après six mois de
détention préventive. La détention de Jean est considérée par beaucoup comme un
cas de persécution politique. Le manquement à l’exécution des jugements dans
d’autres affaires politiques demeure un problème important en matière de droits
de la personne en Haïti. L’ancien président, le Général Prosper Avril, est
encore en prison plus de six mois après que la Cour d’appel a ordonné sa
libération.
29. Les quatre déclarations publiques
préparées par le Comité mixte GH/Mission sur les droits de la personne et
diffusées par le Gouvernement en mars ont été de nouveau publiées dans les deux
langues officielles du pays - le français et le créole - par le Gouvernement et
par des journaux privés en avril. Les
déclarations couvrent un large éventail des problèmes clés en matière de droits
de la personne qui se posent aujourd’hui en Haïti, tels que le droit de
manifester et la liberté d’expression, et, partant, elles représentent une réaffirmation
potentiellement importante des engagements découlant de la Constitution d’Haïti
et d’accords internationaux. Bien entendu, c’est seulement si ces textes sont
appliqués, jour après jour, qu’ils auront une véritable incidence sur la
situation en matière de droits de la personne dans le pays.
30. Comme il a été convenu lors des
négociations politiques menées sous l’égide de l’OEA et comme il est précisé
dans le Projet d’Accord initial daté du 12 juin 2002, aux termes de la
résolution 822, le Conseil électoral provisoire (CEP) doit être mis sur pied
par le Président et être composé d’un représentant de chacune des neuf entités
suivantes: Fanmi Lavalas, Convergence Démocratique, les “autres partis politiques”,
la Conférence des évêques catholiques romains d’Haïti, la Fédération
protestante d’Haïti, l’Église épiscopale d’Haïti, le Pouvoir judiciaire, les
ONG de défense des droits de la personne coordonnées par la Commission Justice
et Paix, et la communauté des affaires coordonnée par la Chambre d’industrie et
de commerce d’Haïti. Fanmi Lavalas et le Pouvoir judiciaire ont désigné leurs
représentants; les cinq entités de la “société civile” l’ont fait également,
mais elles ont refusé de leur permettre de prêter serment avant que certains
problèmes ne soient résolus. La Convergence Démocratique et les “autres partis
politiques” ont refusé de nommer des représentants dans les circonstances
actuelles.
31. Pendant sa visite les 19 et 20 mars, la
Délégation de haut niveau a recommandé que les cinq entités de la société
civile manifestent leur intention de participer immédiatement au CEP si le
Président répond concrètement aux demandes présentées au Gouvernement par la
Délégation, ce qui améliorerait substantiellement le climat de confiance. À ce jour, ni la Convergence ni aucune des
cinq entités de la société civile ne l’ont fait. Dans son annonce du 30 avril,
le Président du Conseil permanent a réitéré cette demande de la Délégation de
haut niveau.
32. Dans les dix jours qui ont suivi la
visite de la Délégation de haut niveau, le Gouvernement d’Haïti a pris des
mesures administratives pour organiser les aspects pratiques de la mise en
place d’un nouveau CEP. Le Ministre des finances a travaillé de concert avec le
personnel du CEP pour dresser un inventaire des ressources matérielles et il a
pris d’importantes mesures pour mettre de l’ordre dans les comptes du CEP
d’alors. À toutes fins pratiques, le Gouvernement
semble prêt, du point de vue administratif, à instituer un nouveau CEP, dès que
tous ses membres seront désignés et qu’ils auront prêté serment. Le
Gouvernement s’est abstenu de donner suite au décret établissant un nouveau CEP
dont la publication le 7 février 2003 avait suscité la controverse (voir CP/doc.3715/03). Dès que le CEP sera formé et entré en
fonction, il devra établir le calendrier électoral et prendre les autres
décisions nécessaires pour assurer un processus électoral fructueux, dont les
résultats seront crédibles, avec la participation des
autres acteurs haïtiens et l’assistance de la communauté internationale.
Entre-temps, à la date de la rédaction du présent rapport, le CEP n’avait pas
été effectivement formé. Par conséquent, aucune date n’a été fixée pour la
tenue des élections législatives et locales.
33. La Convergence Démocratique et d’autres
groupes et partis d’opposition continuent d’affirmer publiquement que le
Président Aristide demeure un obstacle à la démocratie en Haïti et qu’ils ne participeront
pas à des élections tant qu’il restera président. L’opposition et les entités
de la société civile concernées ne se sont pas engagées à participer à la
formation du CEP si le Gouvernement prend les mesures concrètes qui lui sont
demandées, mais elles ont laissé entendre qu’elles pourraient revoir leur
position. La déclaration officielle la plus récente exposant les vues des cinq
entités de la société civile peut être lue dans leur note datée du 10 février
2003, ci-jointe à l’annexe II au Troisième Rapport du Secrétariat général
établi conformément à la résolution CP/doc. 3715 en date du 25 mars 2003. Avant
la séance spéciale du 30 avril du Conseil permanent de l’OEA, suite à une réunion avec la Mission spéciale,
la Convergence Démocratique a envoyé une lettre au Président du Conseil dans
laquelle elle expose son point de vue. Cette lettre est reproduite à l’annexe
C.
34 Le Groupe des 184 a continué d’envoyer
sa Caravane de l’espoir dans des villes et villages du pays pour faire
connaître le contrat social qu’il propose pour Haïti. Tout récemment, les 9 et
10 mai, la Caravane de l’espoir s’est rendue à Fort Liberté et Cap
Haïtien. Le déplacement s’est déroulé de façon satisfaisante du point de vue de
la sécurité, avec le soutien de la police et sous le regard de la Mission
spéciale. Le Groupe des 184 n’a pas exigé publiquement le départ du Président
Aristide avant la tenue d’élections. Cependant, il n|a pas encouragé les cinq
entités de la société civile ou l’opposition à indiquer publiquement qu’elles
participeraient à la formation du CEP si le Président prenait les mesures
concrètes exigées par la communauté internationale.
35.
La communauté internationale a fermement appuyé la mise
en œuvre des résolutions 806 et 822 de l’OEA qui constituent, selon elle, la
meilleure stratégie pour résoudre la crise haïtienne. Lors d’une séance spéciale tenue le 30 avril 2003, le
Conseil permanent s’est engagé à poursuivre ses efforts pour résoudre la crise
haïtienne et a invité tous les acteurs concernés par la mise en œuvre de la
résolution 822 à remplir activement leur rôle avant la session de
l’Assemblée générale en juin 2003 (annexe B).
36. Tout au long de l’année, le Gouvernement
n’a cessé d’accuser la communauté internationale d’imposer des sanctions
économiques ou un embargo contre le pays et de refuser de s’acquitter de son
engagement à normaliser les relations économiques entre Haïti et les
institutions financières internationales. Bien que les relations ne soient pas
encore complètement rétablies, des signes de progrès ont été constatés. La
CARICOM a promis une contribution de plus d’un million de dollars pour aider
Haïti à régler ses arriérés à la Banque interaméricaine de développement qui
s’est attachée de son côté à accélérer le processus. Le parachèvement du
Programme suivi par le FMI devrait faciliter les négociations avec les
bailleurs de fonds.
37. Depuis son arrivée en Haïti le 22 avril 2002, la Mission spéciale n’a cessé de mettre l’accent sur plusieurs éléments clés dans sa façon de concevoir la mise en œuvre des mandats qui lui ont été confiés par les résolutions 806 et 822. Premièrement, ce sont les Haïtiens qui sont responsables de leur avenir et