RAPPORT DU SECRETARIAT GENERAL SUR LE
PROGRAMME DE DEMINAGE EN AMERIQUE CENTRALE
Le programme de déminage en Amérique centrale a ses origines dans la
requête, individuelle et collective, de collaboration faite à l'OEA en 1992 par les pays
de la région où ont été enterrées des mines. Le programme est exécuté avec la
collaboration et les conseils techniques de l'Organisation interaméricaine de défense.
Les déminage est une tâche extrêmement urgente et importante étant
donné ses implications: Les terrains minés sont une menace constante pour la sécurité
des citoyens et causent fréquemment des tragédies individuelles et familiales; les mines
empêchent d'utiliser de vastes zones de culture fertiles; elles entravent le
développement socio-économique, la création de nouveaux emplois et l'intégration
frontalière. Tout ceci a un effet et un impact négatifs sur les gouvernements
démocratiques de la région.
(On estime qu'il reste encore quelque 170 000 mines en Amérique
centrale dont environ 100 000 au Nicaragua, 30 000 au Honduras, 5 000 au Costa Rica et 35
000 au Guatemala).
Ce problème a une telle importance dans la région que le Secrétaire
général de l'OEA, M. César Gaviria, a réaffirmé qu'il ne fallait pas *lésiner
sur les efforts jusqu'à ce que l'on ait éliminé du sol des Amériques le dernier
explosif+.
L'Unité pour la démocratie de l'OEA et l'Organisation
interaméricaine de défense se sont consacrées ensemble à résoudre ce problème en
collaboration avec le Nicaragua, le Honduras, le Costa Rica (et bientôt le Guatemala),
qui ont leur propres programmes et projets de déminage. L'objectif de cette collaboration
a toujours été d'aider les pays d'Amérique centrale à développer leur capacité
opérationnelle de déminage sur leur territoire.
Ce programme de coopération entre l'OEA et l'Organisation
interaméricaine de défense en matière de déminage a débuté au Nicaragua en 1993 par
un cours de mise à niveau technique à l'intention d'instructeurs, qui a été suivi d'un
programme d'entraînement pour les sapeurs de l'armée nicaraguayenne. Ces effectifs ont
procédé à des déminages jusqu'à la fin de l'année mais ont dû interrompre leurs
travaux en raison du manque de crédits. (Le gouvernement nicaragayen et le Secrétariat
général ont entrepris des démarches pour obtenir ce financement de la communauté
internationale).
Ce projet bénéficie actuellement de la collaboration de pays membres
tels que l'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Chili, le Pérou, l'Uruguay, les
Etats-Unis ainsi que d'autres pays dont l'Allemagne, l'Espagne, la France, la Hollande, le
Japon et la Suède.
--- Le programme de déminage au Honduras a débuté en 1993 par une
première phase de mise à niveau des instructeurs et superviseurs. Cette phase a été
suivie d'une phase d'entraînement des sapeurs de l'armée nationale du Honduras.
--- En mars 1995, sur les instructions du Secrétaire général, le
Programme de déminage a été intégré aux activités spéciales de l'Unité pour la
promotion de la démocratie, comme l'indique le document intitulé *Une
Nouvelle vision de l'OEA+.
--- En avril de cette année, a eu lieu une mission de l'UPD et de
l'OID au Honduras qui était chargée d'évaluer l'état d'avancement du programme de
formation des sapeurs de l'armée hondurienne.
--- Plus tard, au cours du même mois, le Coordinateur du Programme de
déminage de l'UPD a assisté à la IXe Réunion de la Commission de sécurité
d'Amérique centrale qui s'est tenue à Managua (Nicaragua). La Commission et les pays
concernés par le problème des mines ont réitéré leur demande de collaboration à
l'OEA, notamment pour qu'elle coordonne les efforts visant à réaliser une présentation
régionale sur le problème du déminage et les besoins de financement, au siège de
l'OEA, ainsi que pendant la Conférence internationale sur le déminage organisée par les
Nations Unies à Genève en juillet 1995.
Pendant son séjour à Managua, le Coordinateur du Programme de
déminage de l'UPD a également analysé avec les autorités de l'armée nicaraguayenne le
projet de déminage de ce pays et ses besoins de financement.
--- En juin 1995, la XXVe Assemblée générale en Haïti, dans sa
résolution sur le *Programme de déminage+
(AG/doc.3284/95), a relancé son appel aux Etats membres et observateurs de l'OEA, ainsi
qu'à la communauté internationale pour qu'elle continue d'appuyer les travaux de
déminage des Etats centraméricains qui en ont besoin.
--- L'UPD a organisé le 19 juin, à la demande des Etats membres, une
réunion pour les bailleurs de fonds potentiels qui s'est tenue au siège de l'OEA, afin
de les informer des progrès et des besoins de financement du Programme de déminage pour
l'Amérique centrale, notamment des projets au Nicaragua, au Honduras et au Costa Rica. A
cette occasion, les responsables ont également coordonné avec les représentants des
pays d'Amérique centrale la présentation du Programme de déminage en Amérique centrale
à la Conférence internationale sur le déminage organisée par les Nations Unies à
Genève. Seuls les pays de la région ont participé à cette Conférence et y ont fait
des exposés.
--- A la Conférence de Genève qui a eu lieu du 5 au 7 juillet avec la
collaboration de l'OID et en coordination avec les représentants des pays
centraméricains, la délégation de l'UPD et de l'OID a fait une présentation
audio-visuelle sur le Programme de déminage en Amérique centrale au cours d'une séance
spéciale organisée à cet effet. Des séminaires spécialisés ont eu lieu pendant la
Conférence ainsi que des réunions individuelles avec les bailleurs de fonds potentiels
(Allemagne, Espagne, Italie, Japon, Russie, Suède, Suisse, Commission européenne).
Il convient de souligner que le Dr. José B. Pallais, Vice-Ministre des
Relations extérieures du Nicaragua qui représentait les pays d'Amérique centrale
affectés par les mines, a exposé la situation et les besoins de l'Amérique centrale
dans le domaine du déminage, pendant la séance spéciale puis pendant la plénière;
Quelque 20 millions de dollars d'offres de contributions au Fonds
volontaire de déminage des Nations Unies ainsi qu'environ 60 millions en assistance
technique, équipement, matériel et services ont été obtenus.
--- En raison de l'urgence et de l'importance de faire progresser
rapidement les travaux de déminage, le Secrétaire général de l'OEA a envoyé le 20
juin une lettre au Secrétaire général des Nations Unies en lui demandant d'examiner le
financement du Programme de déminage en Amérique latine dans le cadre du Fonds
volontaire créé à cette fin.
--- Le Secrétaire général a également envoyé à la même date une
lettre aux bailleurs de fonds potentiels (pour la plupart des pays observateurs) leur
demandant leur collaboration pour le Programme de déminage en Amérique centrale.
--- Au début d'août, le Coordinateur du Programme et les responsables
de l'OID se sont rendus sur le site du projet de déminage au Honduras afin de mettre au
point les derniers détails organisationnels et logistiques du lancement des opérations
de déminage proprement dites (Troisième phase).
--- A milieu du même mois, il a été convenu avec le gouvernement et
les Forces armées du Honduras que la troisième phase commencerait dès le début de
septembre et durerait six mois, étant donné les limitations budgétaires du projet.
Il convient de souligner que le projet du Honduras bénéficie du
soutien et de l'appui, en termes de financement, de matériel et d'assistance technique,
des gouvernements du Brésil, de la Colombie, des Etats-Unis ainsi que du gouvernement
hondurien sans lesquels il ne pourrait exécuter la troisième phase de ce projet.
--- Au début du mois d'août également, à la demande du gouvernement
du Nicaragua, le Coordinateur du Programme et des responsables de l'OID se sont rendus
dans ce pays pour analyser avec ses autorités la requête de supervision du projet de
déminage des environs de l'usine hydroélectrique d'Amérique centrale. Sans déminage on
ne pourra mener à bien les études de factibilité pour l'expansion de la centrale.
L'ENEL (Entreprise nicaraguayenne d'électricité) assumera les coûts de ce déminage
réalisé par l'armée nicaraguayenne et supervisé par L'UPD/OID.
L'UPD attend un dernier courrier du gouvernement du Nicaragua pour
organiser et envoyer la Mission de supervision requise.
--- Fin août, à la demande du gouvernement du Guatemala, a eu lieu
une mission de l'UPD et de l'OID aux fins de mettre le Comité de déminage de ce pays au
courant des projets de déminage au Honduras et au Nicaragua.
--- Le 28 septembre, au siège du IXe régiment d'infanterie du
Honduras, à Jamastran, a eu lieu une cérémonie officielle publique pour marquer le
début des opérations de déminage. Y assistaient le Président de la République, le Dr.
Carlos Roberto Reina, la Représentante permanente du Honduras près l'OEA, l'Ambassadrice
Marlene Villela de Talbot, le Vice-ministre des relations extérieures, le Dr. Roberto
Arita et les plus hautes autorités militaires du pays, ainsi que des représentants du
corps diplomatique en poste au Honduras. La Coordinatrice du Programme de déminage et le
Directeur du bureau de l'OEA au Honduras représentaient l'OEA; le Directeur de
l'état-major et le Chef du Comité de déminage représentaient l'OID. Les autorités
civiles et militaires honduriennes ont remercié chaleureusement l'OEA de sa
collaboration.
Les opérations de déminage au Honduras, qui ont commencé en octobre
1995 dans la zone frontalière qu'il partage avec le Nicaragua, se poursuivent sans
problèmes majeurs et sans accidents graves. Ces opérations sont effectuées par un
détachement de 120 soldats et officiels honduriens sous la supervision de 14 officiels
brésiliens et colombiens.
En dépit des mauvaises conditions existant sur le terrain (densité de
la végétation et climat), et de la monotonie, ainsi que de la délicatesse et des
risques de cette tâche, et malgré le fait qu'il n'existe aucun plan ni aucune
information précise sur la position des mines (étant donné qu'elles ont été posées
par des forces irrégulières), ce qui rend encore plus difficile l'opération de
déminage, les participants accomplissent leur mission avec discipline, bonne humeur et
une attitude positive.
Les observations suivantes peuvent être formulées sur les opérations
effectuées au Honduras: a) quelque 25 000 mètres carrés ont été nettoyés; b) plus de
3 000 engins ont été dégagés (qui ont dû être traités comme des mines lorsqu'ils
ont été dépistés); c) 50 mines ont été désactivées.
Il est important de souligner que ces résultats ont ravivé la
confiance des agriculteurs de cette zone, et l'on rapporte que quelque 100 familles
préparent actuellement leurs terres pour les semailles.
Il convient aussi de mentionner que dans le cadre de ce programme, les
forces armées honduriennes réalisent un vaste et important programme d'éducation
préventive sur les dangers que posent les zones minées pour la population qui y vit.
Il est cependant nécessaire de mettre également en relief que le
programme dispose de fonds limités et qu'en l'absence d'un financement additionnel, les
opérations de déminage au Honduras prendraient fin en mars 1996.
Dans ce contexte, les pays centraméricains et le Secrétariat
général de l'OEA ont entrepris des démarches, en collaboration avec l'Organisation
interaméricaine de défense (OID), au moyen de lettres adressées à des donneurs
potentiels ou de réunions avec eux, notamment avec le Programme de déminage du
Sous-secrétariat aux questions humanitaires des Nations Unies, pour obtenir des fonds
permettant de poursuivre le Programme de déminage au Honduras et au Nicaragua et pour
commencer les travaux au Costa Rica et éventuellement au Guatemala.
En ce qui a trait au programme de coopération OEA/OID pour le
déminage du Nicaragua qui a été suspendu en décembre 1993 pour des raisons
financières, une mission UPD/OID s'est rendue sur place en août 1995 pour analyser la
requête du gouvernement de ce pays concernant la supervision et la vérification des
tâches de déminage de l'Usine hydroélectrique centraméricaine. La mission UPD/OID
attend actuellement une lettre du Gouvernement nicaraguayen pour commencer les travaux de
supervision et de vérification sollicités.
De même, une lettre du Gouvernement du Costa Rica confirmant
l'autorisation d'une visite de coordination et de planification des travaux de déminage
dans ce pays est encore en suspens.
Enfin, il convient de mentionner qu'un membre du Comité de déminage
de l'OID s'est rendu au Guatemala, sur la demande de ce pays, pour mettre les autorités
concernées au courant des expériences acquises par la mission OEA/OID au Nicaragua et au
Honduras, et des pourparlers sont en cours en vue d'une demande officielle de
collaboration.