À sa XXVIIIe Session ordinaire, l’Assemblée
générale a adopté la résolution AG/RES. 1568 (XXVIII-O/98) "Appui
au Programme de déminage en Amérique centrale", par laquelle elle
prie instamment le Secrétariat général de continuer à fournir, en
fonction des ressources allouées dans le programme-budget et d’autres
ressources, l’appui nécessaire aux pays d’Amérique centrale pour
les mettre en mesure de poursuivre leurs programmes de déminage ainsi
que l’éducation préventive, la rééducation des victimes, et la
récupération des zones déminées.
Dans le but non seulement de procéder à l’exécution
du mandat en question mais aussi de fournir un appui authentique et
durable à ceux et celles qui sont exposés à un risque constant, il a
été décidé, étant donné l’importance d’adopter une approche
intégrée et complète face à la crise occasionnée par les mines
antipersonnel, de créer, au sein de l’Unité pour la promotion de la
démocratie, un nouveau domaine programmatique dénommé "Action
intégrale contre les mines antipersonnel" (AICMA). Le domaine en
question servira au Secrétariat général de centre de référence en
la matière et traitera les thèmes suivants: a) éducation préventive
de la population civile sur le danger des mines terrestres
antipersonnel; b) appui aux mesures d’expertise, de cartographie, de
localisation et de nettoyage des terrains minés; c) aide aux victimes,
y compris la rééducation physique et psychologique, ainsi que la
récupération socio-économique des zones déminées; d) appui au
processus menant à une interdiction totale des mines antipersonnel; e)
création d’une banque de données sur l’action menée contre les
mines antipersonnel.
Au cours de l’année, la Commission sur la
sécurité continentale du Conseil permanent de l’OEA a été
renseignée périodiquement sur les activités réalisées en la
matière ainsi que sur l’utilisation des fonds alloués.
Programme d’assistance au déminage en Amérique
centrale (PADCA)
Le Programme d’assistance au déminage en Amérique
centrale a été créé par l’Organisation des États Américains en
1991, à la demande des pays d’Amérique centrale touchés par le
problème des mines antipersonnel. À compter de mai 1995, c’est à l’Unité
pour la promotion de la démocratie (UPD), avec la coopération de l’Organisation
interaméricaine de défense (OID), qu’est revenue la responsabilité
de la coordination générale et de la supervision du programme en
question. Le PADCA, intégré au nouveau programme de l’AICMA, a pour
caractéristique principale celle d’être fondamentalement un projet
humanitaire, parce qu’il tente de redonner la sécurité et la
confiance aux citoyens, de diminuer la menace et le danger que
représentent les objets explosifs et de faciliter la réutilisation des
terres agricoles et d’élevage dans les zones touchées. C’est
également un programme de nature multilatérale puisque divers pays
donateurs y participent, notamment l’Allemagne, l’Argentine, le
Brésil, le Canada, la Colombie, le Danemark, l’El Salvador, l’Espagne,
les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Guatemala, le
Honduras, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Pérou, la Russie, la
Suède, le Venezuela et divers organismes tels que l’OEA et l’OID.
La principale responsabilité de l’UPD/OEA dans le
cadre du PADCA est la sollicitation de fonds au sein de la communauté
internationale, l’administration et la supervision de ces fonds, ainsi
que la coordination politique et diplomatique du Programme. Cette
responsabilité signifie également qu’il faut veiller à ce que
toutes les composantes essentielles de chacun des projets nationaux de
déminage soit en place et en état de fonctionner correctement, qu’il
y ait également un système de communication, d’évacuation et de
mesures d’urgence, équipement et alimentation pour les sapeurs, une
couverture d’assurance et une compensation salariale tant pour les
superviseurs que pour les sapeurs qui exécutent les opérations, ainsi
qu’une campagne de sensibilisation permettant d’informer la
population sur le danger latent des mines antipersonnel.
De son côté, l’Organisation interaméricaine de
défense (OID) est l’entité responsable de l’organisation de l’équipe
internationale de superviseurs dans les quatre pays participant au
Programme (Costa Rica, Guatemala, Honduras et Nicaragua). L’équipe
internationale d’experts est composée d’environ trente personnes
chargées de fournir assistance technique et soutien logistique, d’assurer
la formation des sapeurs et de certifier que les opérations de
déminage sont adéquates et qu’elles satisfont en outre aux normes
internationales de sécurité. L’équipe est en poste à Danlí,
Honduras, d’où elle assigne les tâches et assure la formation des
superviseurs pour évaluer et superviser les divers projets nationaux de
déminage.
Les réalisations et succès obtenus par le PADCA
sont dus en grande partie à l’appui généreux de certains États
membres: Argentine, Brésil, Canada, Colombie, El Salvador, Guatemala,
Pérou, Venezuela et États-Unis, ainsi qu’aux contributions de grands
donateurs de la communauté internationale: Danemark, Espagne, France,
Grande-Bretagne, Japon, Norvège, Pays-Bas, Russie et Suède, entre
autres pays. À ce point-là de l’année, cette contribution se monte
approximativement à 5 200 000 dollars.
En 1998-1999, une nouvelle phase opérationnelle est
venue se greffer au PADCA: le programme de chiens détecteurs de mines
antipersonnel. L’utilisation de chiens représente une avance
substantielle au point de vue temps et ressources financières. Quatre
chiens ont été dépêchés au Honduras, quatre au Nicaragua et deux au
Costa Rica. Huit chiens additionnels sont actuellement en voie de
formation et seront affectés dès que possible au programme réalisé
au Nicaragua.
Le passage de l’ouragan Mitch en Amérique centrale
a altéré et aggravé considérablement le problème des mines déjà
en place dans la région (en particulier au Honduras et au Nicaragua);
il a notamment causé le déplacement d’un nombre indéterminé de
mines et d’objets explosifs de l’endroit où ils se trouvaient
initialement. En raison de cette situation, et vu l’ampleur de la
tâche à achever au Nicaragua (enlèvement de quelque 85 000 mines), le
PADCA et le Gouvernement de ce pays se sont vus obligés de fixer à l’an
2004 la date de conclusion du Programme. Le Secrétaire général a
demandé aux États membres, pays donateurs et coopérants, un appui
additionnel sous forme de ressources et de superviseurs afin de
redoubler les efforts visant à l’achèvement du programme de
déminage au Honduras et au Nicaragua.
Il convient ici de faire ressortir la collaboration
financière opportune du Gouvernement du Canada durant la crise
déclenchée par l’ouragan Mitch, ce dernier ayant perturbé les
opérations humanitaires du PADCA au Honduras et au Nicaragua.
Les progrès réalisés dans chaque pays récepteur
de l’aide du PADCA peuvent se résumer de la façon suivante:
Costa Rica. Après une interruption d’environ
un an due à l’absence d’un hélicoptère d’évacuation médicale,
les activités ont repris avec un plan de rechange pour les évacuations,
qui prévoit l’utilisation d’un avion Cessna. En ce moment, deux
superviseurs internationaux et un peloton de 41 sapeurs travaillent à
Cerro las Mercedes (borne 2). Grâce à la réponse qu’a donnée la
population civile à la campagne de sensibilisation publique sur le
danger des mines, une bombe aérienne de 1 000 livres a pu, entre autres
objets explosifs, être détectée et détruite. En outre, le projet a
facilité au Costa Rica l’obtention de prothèses pour certaines des
victimes de ce pays.
Guatemala. Au cours de l’année, des membres du
PADCA et de l’OID ont organisé diverses réunions de planification
avec la Commission de déminage du Congrès, l’Unité de coordination
exécutive et le Corps des ingénieurs de l’Armée pour la
présentation de l’élaboration du Plan de déminage et ses besoins en
équipement en vue de l’exécution des opérations; de même, deux
modules de formation ont été offerts à quelque 60 sapeurs, suivi d’un
troisième module sur les opérations. En ce moment, le module IV est en
voie de réalisation dans la municipalité d’Ixcán, département du
Quiché. De même, dans le cadre de la campagne d’information publique
menée par le Corps de pompiers volontaires du Guatemala, on a inclus,
entre autres, des avis à la radio, à la télévision et dans la presse
écrite, notamment l’historiette "El Asesino Escondido" [L’assassin
caché], adaptée à la réalité guatémaltèque et dans laquelle
on explique le danger que représentent les mines et les objets
explosifs semés dans ce territoire.
Honduras. Les opérations de déminage pour le
module VII, situé dans la municipalité de San Andrés de Bocay dans le
département d’Olancho, ont pris fin et des opérations ont démarré
dans la municipalité de San Marcos de Colón, département de Choluteca.
En outre, les terres récupérées dans le module V ont été remises au
Président de la République, M. Carlos Roberto Flores Facusse, lors d’une
cérémonie officielle à laquelle ont participé des représentants de
l’OEA et de l’OID. En raison de l’ouragan Mitch, des membres du
PADCA/JID ont effectué deux missions de secours en vue d’évaluer les
dommages dans les campements établis dans le cadre du Programme.
Nicaragua. Au cours de la période allant d’avril
1998 à avril 1999, quatre modules d’opérations de déminage ont
été exécutés. De plus, la campagne d’information publique et de
sensibilisation de la population s’est poursuivie, notamment dans la
région d’Ocotal, dans laquelle diverses écoles situées dans les
communautés de cette région ont été visitées. À cause de l’ouragan
Mitch, l’hélicoptère d’évacuation a été utilisé temporairement
pour les opérations de sauvetage. En outre, un peloton de sapeurs du
programme a été envoyé sur le terrain pour déminer en urgence le
pont "Esquirín". Comme au Honduras, des membres du PADCA/JID
ont effectué des missions de supervision pour évaluer les dommages
causés au programme. Les autorités nationales estiment qu’il y a
encore au pays quelque 507 objectifs qui doivent être déminés,
notamment ceux qui se trouvent dans les zones frontalières, les tours
à haute tension, les ponts et autres structures. Les régions
contiennent approximativement 85 000 mines qui doivent encore être
enlevées. Il est important de souligner ici la création, par le
Gouvernement du Nicaragua, de la Commission nationale de déminage. Pour
sa part, le PADCA est à collaborer avec le Gouvernement du Nicaragua
pour l’exécution du nouveau Plan national de déminage dans ce pays,
présenté au cours de la première Réunion sur le déminage en
Amérique centrale, qui s’est tenue à Managua, Nicaragua, les 12 et
13 avril.
Lors de cet événement, auquel a d’ailleurs
assisté le Secrétaire général de l’OEA, une déclaration sur le
déminage dans la région a été souscrite conjointement par les
ministres des Relations extérieures des pays d’Amérique centrale; en
outre, le Secrétaire général de l’OEA et le Gouvernement du
Nicaragua ont signé un protocole d’entente pour confirmer leur
intention de poursuivre leur collaboration au programme de déminage
dans ce pays. À cette occasion également, et en présence des
ministres des Affaires étrangères des pays d’Amérique centrale, du
Belize et de la République dominicaine, du Secrétaire général de l’OEA
et du Secrétaire général du Système d’intégration
centraméricaine (SICA), et en application du Traité d’Ottawa, le
Gouvernement du Nicaragua a ouvert son échéancier de destruction des
mines antipersonnel au Nicaragua en procédant à la destruction de 5
000 mines antipersonnel (1 800 unités de type AP PMD-6, 2 000 unités
de type AP PMN et 1 200 unités de type AP PMN-2). À cette occasion, le
Gouvernement du Nicaragua a sollicité de la communauté internationale
un appui financier de 27 millions de dollars pour lui permettre d’achever
le déminage de ce pays.
De toutes les activités réalisées dans le cadre de
l’AICMA, il convient de faire ressortir les suivantes:
- Une mission de recherche et de collecte de données a été
effectuée en Amérique centrale en vue d’identifier les besoins
et les priorités des gouvernements centraméricains dans le domaine
de la réhabilitation physique et psychologique des victimes de
mines et de la récupération socio-économique des zones déminées.
Afin d’unir les efforts déployés en la matière, un processus de
dialogue a été établi avec l’Organisation panaméricaine de la
santé (OPS), l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture
(IICA) et le Secrétariat du Système d’intégration
centraméricaine (SICA).
Il est important de souligner ici la tâche humanitaire exécutée
au Nicaragua par l’entremise du projet "Prise en charge des
victimes civiles délaissées", parrainé par l’OEA et le
Gouvernement de la Suède et dans le cadre duquel quelque 200
victimes de mines antipersonnel ont été prises en charge.
- Il convient aussi de mentionner un événement qui joue un rôle
important dans la campagne d’information publique et de
sensibilisation de la population civile sur le danger des mines, à
savoir le lancement de l’historiette "El Asesino Escondido"
[L’assassin caché], en collaboration avec l’UNICEF, D.C.
Comics, l’Organisation interaméricaine de défense et le
Programme d’aide au déminage en Amérique centrale de l’OEA. L’historiette
a été distribuée dans des écoles du niveau primaire et
secondaire au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras et au Nicaragua.
Cette historiette comprend en outre un guide pour adultes qui
explique les caractéristiques des mines et des objets explosifs les
plus courants.
- Au début de 1999, le récipiendaire du Prix Nobel de la Paix
1999, l’ambassadrice Jody Williams, a visité les installations du
PADCA au Nicaragua et au Honduras et a tenu à souligner l’importance
du Programme. Elle a également félicité non seulement les deux
gouvernements pour avoir signé et ratifié le Traité d’Ottawa,
mais aussi le Nicaragua pour avoir créé la Commission nationale de
déminage.
- Dans le but de diffuser les objectifs et réalisations du PADCA,
des fonctionnaires de l’AICMA ont participé aux événements
internationaux suivants: 1) Séminaire régional sur les mines
terrestres antipersonnel "Respectons notre engagement",
organisé par les gouvernements du Mexique et du Canada et tenu à
Mexico les 11 et 12 janvier 1999. 2) La première "Réunion sur
le déminage en Amérique centrale", organisée par le
Gouvernement du Nicaragua avec l’appui du PADCA et tenue à
Managua les 12 et 13 avril 1999. 3) La première "Conférence
des États parties à la Convention sur l’interdiction de l’emploi,
du stockage, de la production et du transfert des mines terrestres
antipersonnel et sur leur destruction", tenue à Maputo,
Mozambique, du 3 au 7 mai 1999.